•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Archives

Sur les traces du hip-hop québécois

Pierre Perpall fils exécute un mouvement de chandelle en dansant. Ses deux partenaires de breakdance regardent en arrière-plan.

Pierre Perpall fils et son groupe New Energy participent à faire connaître le hip-hop au public québécois en offrant une performance de breakdance à l'émission « Au jour le jour », en 1984.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le hip-hop, un mouvement qui a mis du temps à être abordé par de grands médias comme Radio-Canada. Nos archives retracent les premiers reportages cherchant à comprendre cette culture marginale devenue bien populaire au Québec.

Le hip-hop repose sur quatre formes d’expression : le rap, la danse, le graffiti et l’art du DJ, soit le scratching.

C’est la danse — plus spécifiquement le breakdance — qui permettra au mouvement hip-hop d’être traité pour une première fois à l’antenne de Radio-Canada.

Dans les années 80

Telex Arts, 23 février 1984

À l’hiver 1984 se tient au Spectrum de Montréal la compétition Break Dance ’84, un événement majeur pour la scène hip-hop montréalaise.

Soutenu par des acteurs locaux, l’événement réunit sur scène des breakers qui se disputent un grand prix de 1000 $, mais aussi les meilleurs rappeurs et DJ de la métropole québécoise.

Du ghetto new-yorkais au plancher du Spectrum, le breakdancing séduit principalement des adolescents en urgence de se prouver à eux-mêmes.

Une citation de :L’animateur Winston McQuade

Cet extrait de nos archives du 23 février 1984 montre que cet événement fondateur est brièvement mentionné par l’animateur Winston McQuade au bulletin culturel Télex Arts.

Des images filmées de ces breakers ivres de vitesse en action sont ensuite présentées.

Au jour le jour, 28 mars 1984

Le breakdancing : une danse spectaculaire dont on parle de plus en plus. C’est la rage en ce moment à Montréal.

Une citation de :L’animatrice Ghislaine Paradis

Un mois plus tard, le 28 mars 1984, le grand gagnant de la compétition Break Dance ’84, Pierre Perpall fils, est invité à l’émission Au jour le jour avec son groupe New Energy.

Le groupe de breakdance offre une prestation de trois minutes sur le plateau du magazine socioculturel avant d’être interviewé par l’animatrice Ghislaine Paradis.

Plusieurs jeunes ont découvert le breakdance dans le film Flashdance, confie le breaker Pierre Perpall fils. Bien que la métropole québécoise ait au moins deux ans de retard sur New York, le nouveau style de danse est déjà très populaire chez les jeunes Montréalais.

Répondant à cet engouement, Pierre Perpall fils s’est d’ailleurs lancé dans l’enseignement du breakdance.

Ses cours se composent majoritairement d’exercices d'étirement (stretching) qui donnent au corps l'assouplissement nécessaire pour se risquer dans le jeu de pieds de base, puis dans les techniques pour tourner sur le dos et sur la tête.

Il faut le pratiquer. Il faut mettre beaucoup d’heures. Il faut beaucoup aimer ça.

Une citation de :Pierre Perpall fils

Sur quelle musique peut-on s'exercer au breakdance? « Il y a du rapping pour la danse. Il y a du scratching pour le breaking », explique le danseur et enseignant à l’animatrice.

Le breakdance a un côté spectaculaire. « Ça flashe, c’est beau, ça défoule », résume Pierre Perpall fils. Et les performances de son groupe peuvent se tenir n’importe où.

On s’est d’abord produit dans la rue, puis dans des clubs punks, des discothèques, des écoles, énumère le leader de New Energy.

Le groupe de breakdance — qui surfera sur cet engouement jusqu’en 1987 — participe ainsi à faire connaître à un public de plus en plus large cette facette du hip-hop.

Dans les années 90

À la fin des années 80 et dans les années 90, la scène hip-hop est foisonnante à Montréal, mais cet envol ne trouve pas écho dans la programmation télévisuelle de Radio-Canada.

Il faudra attendre 1997 — surnommée « l’année Dubmatique » — pour que des journalistes se penchent davantage sur la culture hip-hop au Québec.

Montréal ce soir, 26 décembre 1997

Dubmatique a triomphé au Spectrum en novembre dernier, annonce la chroniqueuse culturelle Marie-Christine Trottier au bulletin de nouvelles Montréal ce soir du 26 décembre 1997.

La journaliste couvre ce soir-là un spectacle du groupe de rap montréalais pour la période des Fêtes.

On va rester fidèles à notre philosophie qu’est le hip-hop, c’est-à-dire des solos de scratch, du breakdance et puis une grosse fête qui unit les gens dans l’amour, la paix et l’unité, exprime le rappeur OTMC sur le programme de la soirée.

L’album du groupe montréalais dépasse les 60 000 ventes, souligne Marie-Christine Trottier dans son reportage.

Au bout du compte, 125 000 exemplaires du disque La force de comprendre seront vendus, un record pour le rap québécois.

Cette année-là, le groupe Dubmatique remporte le Félix de l’album de rock alternatif de l’année au Gala de l’ADISQ. La catégorie hip-hop n’existe pas.

L’année suivante, la catégorie Album de l’année – Hip-hop/Techno est créée par l’ADISQ. Dubmatique décroche plutôt pour ce gala le Félix du groupe de l’année.

De bouche à oreille, 30 novembre 1997

Le phénomène Dubmatique n’est que la pointe de l’iceberg, déclare le journaliste Alain Brunet à l’émission culturelle De bouche à oreille du 30 novembre 1997.

Muzion, Sans Pression, Extrémiste Zen et La Gamic sont quelques groupes auxquels il s’attarde dans son reportage.

Alain Brunet contextualise l’émergence du hip-hop au Québec, qu’il associe à la diversité culturelle des jeunes de certains quartiers de la métropole québécoise.

Montréal, c’est une ville cosmopolite, ce qui fait qu’ici le hip-hop n’a pas de couleur, affirme un membre du collectif Karnageez N’ Kombinn Lakaill, issu du quartier Saint-Michel. C’est du cœur que ça part.

Le rap, ce n’est pas une mode. Le rap, c’est un mode de vie.

Une citation de :Le journaliste Alain Brunet

Le reportage du journaliste fait aussi une parenthèse sur les DJ qui apprennent leur métier et leur art à Montréal.

La sensation des tables tournantes est alors le jeune A-Trak qui a remporté le championnat mondial des DJ de la scène hip-hop quelques mois plus tôt.

Et comment se distingue le rap produit à Montréal? Par la force des textes, répond au journaliste la rappeuse J.Kyll du groupe Muzion.

Le rap à New York s’ancre dans le freestyle. À Paris, il s’oppose au système. À Montréal, il se veut plus poétique, suggère son collègue Dramatik.

À Montréal, le ghetto, c’est dans ta tête. Tu peux t’en sortir, soutient J.Kyll.

Donner une importance aux textes et au message qu’ils envoient participera de la pérennité du hip-hop, croit la rappeuse.

Dans les années 2000

5 sur 5, 12 septembre 2004

À l’émission 5 sur 5 du 12 septembre 2004, le hip-hop n’est plus présenté comme une culture marginale, mais bien comme un mouvement global qui a franchi les frontières culturelles.

À la suite d’une question d’une téléspectatrice française, le journaliste Jean-Hugues Roy s’intéresse à l’influence du hip-hop au Québec comme dans l’Hexagone.

Le hip-hop, à travers ses quatre disciplines, permet de canaliser les énergies négatives en énergies positives, croit DJ Dee Nasty, un pionnier du mouvement hip-hop à Paris.

Pendant deux ans, il a accompagné musicalement « les battles », soit les défis de rap et de breakdance, qui se tenaient près du métro Lachapelle.

À Montréal, le journaliste Jean-Hugues Roy assiste à des épreuves de freestyle qui s’organisent au bar Foufounes électriques.

Il dresse aussi le portrait de rappeurs qui se manifestent aux quatre coins du Québec pour exprimer leur réalité, leur expérience personnelle.

Le rap a parfois du mal à être bien décodé en raison de sa dimension subversive, montre le journaliste, mais il reste d’abord et avant tout une forme contemporaine de poésie.

Le mouvement hip-hop commence à être assez reconnu, témoignent deux breakers de Paris, mais on lui donne peu d’espace comme forme d’art.

Espérons qu’un jour, on sera écoutés et reconnus comme artistes, exprime le breaker Smurf en 2004.

Encore plus de nos archives

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.