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Toronto : augmentation marquée de la violence dans les refuges pour sans-abri

L'intérieur d'un dortoir du refuge St. Simon, à Toronto.

La violence dans les refuges pour sans-abri de Toronto est en augmentation. (Archives)

Photo : CBC/Nick Purdon

Radio-Canada

De nouvelles données montrent que le nombre d'incidents violents dans les refuges de Toronto a plus que triplé pendant la pandémie de COVID-19. Ce phénomène est en partie à l'origine d'une augmentation des campements extérieurs, selon ceux qui utilisent le système de refuges de la Ville.

Les données de la Ville révèlent qu'il y a eu, en moyenne, 120 incidents violents par mois dans le système des refuges en 2016. Ce chiffre est passé à une moyenne de 270 incidents par mois en 2020 et a atteint un pic de 368 incidents en janvier 2021.

Au total, 11 677 incidents violents ont eu lieu entre mars 2016 et la mi-février 2021.

Les données, obtenues grâce aux lois sur la liberté d'information et fournies à La Presse canadienne, montrent que le nombre de surdoses a également augmenté.

La Ville soutient que son système de refuges est sûr et souhaite que les centaines de personnes qui vivent dans des campements de fortune installés dans les parcs de Toronto déménagent à l'intérieur.

Michael Eschbach n’aime pas les refuges de Toronto. Le système de refuges doit être démoli et réévalué de fond en comble, dit-il. Tout le monde devrait pouvoir avoir son petit espace privé.

Le sexagénaire a vécu dans ces refuges pendant huit ans. Il dit qu’il y a vécu trop d’événements de violence pour se souvenir de chaque anecdote. Il ajoute avoir appris rapidement à faire profil bas et à s'attendre à l'inattendu.

Le moindre accrochage accidentel se transforme en match de boxe, parfois même les tables volent dans tous les sens, raconte M. Eschbach. C'est tout simplement fou. Et le pire, c'est le caractère aléatoire : rien ne vous prédispose à l’anticiper, puis tout d'un coup, il y a cette explosion de rage, de violence et de sang.

Un jour, alors qu'il était sous la douche, un homme nu l'a attaqué et a tenté de le violer. M. Eschbach lui a donné un coup de poing et a pu s'échapper.

Il dit avoir vu des amis être assommés et d’autres être victimes de vol. Il a vécu dans la peur pendant la majeure partie de son séjour dans les refuges.

Absolument misérable

L'odyssée de Brian Cleary dans les refuges a commencé dans le sous-sol absolument misérable d'une vieille église. Depuis, il a fait le tour du système et a été un témoin direct de violence.

Il raconte qu’il y a quelques années, l'homme qui occupait le lit d'à côté a renversé du jus sur ses chaussures. M. Cleary affirme qu’il nettoyait ses chaussures quand l’homme en question a tenté de l’étrangler. Tous deux ont été mis à la porte du refuge.

De son côté, Gru - dont le nom légal est Jesse Allan - affirme ne jamais avoir été victime de violence. Par contre, il en a été témoin maintes fois. C'est pourquoi il préfère vivre à l'extérieur, dit-il. Je ne me sens pas en sécurité dans les refuges.

Gru affirme être arrivé à Toronto il y a six ans après une rupture amoureuse. Il avait un emploi à temps plein comme coursier à vélo, mais son salaire ne lui permettait pas de payer un loyer. Il a acheté une tente et a vécu dans un ravin pendant un certain temps.

Mais il a perdu son emploi en raison de la pandémie de COVID-19.

Terrifié à l'idée de contracter la COVID-19 et désireux de se tenir à l'écart des gens, il a décidé de quitter la ville pour l'été et a passé des mois à parcourir le sud-ouest de l'Ontario sur son vélo.

À son retour, il a vécu plusieurs semaines dans la vallée du Don.

C'est alors qu'il a entendu parler des gens qui vivaient dans des tentes dans les parcs du centre-ville. Il a fini par s'installer au parc Trinity Bellwoods, où il est resté tout l'hiver.

Un campement de sans-abri dans le parc Trinity Bellwoods.

Il y a des campements dans plusieurs parcs de la ville, dont Trinity Bellwoods.

Photo : Radio-Canada / Paul Smith/CBC News

Il s’agit d’une vraie communauté, dit-il à propos des sans-abri qui y vivent. Nous prenons soin les uns des autres.

Gord Tanner, directeur des initiatives pour les sans-abri et des services de prévention de la Ville, admet qu'il y a eu une augmentation de la violence dans les refuges.

À bien des égards, cela est lié au fait que nous travaillons avec des personnes ayant des besoins plus complexes; ils souffrent de problèmes de santé, de santé mentale ou de toxicomanie non traités, explique-t-il.

Selon M. Tanner, les caractéristiques démographiques des utilisateurs des refuges ont commencé à changer en 2020. Il ajoute que plus de gens célibataires et moins de familles utilisent les services de refuge de la Ville. Selon lui, ce changement est peut-être lié à l’augmentation d'incidents violents.

MM. Eschbach, Cleary et Gru espèrent tous que le système des refuges pourra être modifié.

Les trois hommes ont fini par se rendre dans un des hôtels loués par la Ville pour les sans-abri. Ils affirment s’y sentir plus en sécurité puisqu’ils ont leurs propres chambres qu’ils peuvent fermer à clé.

Toutefois, des problèmes subsistent, selon Gru. Il affirme que des agents de sécurité effectuent des contrôles de bien-être au cours desquels des gardes, qui ont aussi les clés donnant accès à toutes les chambres, y entrent comme bon leur semble, à toute heure du jour ou de la nuit.

C'est traumatisant quand ils entrent comme ça, surtout si je suis en train de dormir, dit-il.

Ce sont les mêmes systèmes de surveillance et de harcèlement que ceux que nous avons dans les parcs, où des policiers passent régulièrement pour nous surveiller.

Il dit avoir persuadé la direction d'arrêter les contrôles de bien-être après des semaines de négociation.

M. Eschbach est sur une liste d'attente pour un logement et espère emménager dans un nouvel immeuble du centre-ville que la Ville est en train de rénover pour fournir des logements supervisés à 250 personnes.

En attendant, il loge à l'hôtel Comfort, près de l'aéroport international Pearson.

Il n'y voit pas autant de violence, mais il y en a encore. Au cours de sa première semaine, par exemple, il raconte qu'un résident a pété les plombs et saccagé le hall, lançant des ordinateurs partout et terrifiant la réceptionniste.

M. Eschbach estime que le principal inconvénient de l'hôtel est son isolement.

Je suis au milieu de nulle part, dit-il, faisant référence à l'emplacement de l'hôtel dans une banlieue située bien à l'ouest du centre de Toronto.

Si je veux aller chercher quelque chose à la pharmacie, je dois marcher un kilomètre et je suis handicapé. C'est le pays de la voiture. Et puis, les sans-abri ont tous leurs soutiens au centre-ville.

M. Eschbach a accès à d'autres commodités, notamment une télévision dans sa chambre, le wi-fi, ainsi qu’un médecin et une infirmière sur place.

M. Cleary a emménagé dans le même hôtel que M. Eschbach en juin 2020 et partage ses préoccupations. En mars, la Ville l'a aidé à trouver un appartement à loyer indexé sur le revenu.

J'ai enfin un peu de paix, dit-il. Je souhaite juste que mes amis à l'extérieur et dans les refuges puissent avoir leur propre place aussi.

Avec les informations de La Presse canadienne

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