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Les adeptes de NFT, des pionniers d'un nouveau « Far West » numérique?

Trois images apparaissent sur de grands écrans, disposés sur trois murs différents, dans une pièce sombre.

Des œuvres sont exposées à l'occasion d'une vente de NFT organisée à New York en juin 2021 par la maison d'enchères Sotheby's.

Photo : Getty Images / Cindy Ord

Agence France-Presse

Les NFT (pour non fungible tokens), des objets numériques certifiés très en vogue, ont fait émerger une nouvelle génération de collectionneuses et collectionneurs convaincus de leur potentiel.

Brandon Kang, vidéaste de 25 ans, a commencé à acheter des NFT en décembre dernier, et il en possède déjà plus de 500. En février, ce Californien a même dépensé 50 000 dollars américains (60 000 dollars canadiens) pour Reflection, une œuvre numérique de l'artiste de musique électronique Feed Me.

Dans sa collection : des dessins numériques de têtes de singe (Bored Ape), d'une cannette ou d'un cube, ou l'animation d'une voiture filant sur une route, tous créés par des artistes inconnus du grand public.

Ces objets numériques sont exposés sur des écrans chez lui. À quelques exceptions près, il n'a pas l'intention de les vendre.

M. Kang a converti plusieurs de ses proches. Le truc qu'ils et elles trouvent cool, c'est de pouvoir vérifier la propriété de ces NFT, dit-il.

Un marché qui a explosé en 2020

Les non fungible tokens, ou jetons non fongibles, sont des certificats de propriété d'un objet numérique : image, dessin, vidéo, animation, fichier texte ou son.

Peu connus avant 2020, les NFT ont généré, dans les cinq premiers mois de 2021, près de 2,5 milliards de dollars américains (3,02 milliards de dollars canadiens) de transactions, une estimation basée sur des chiffres du site spécialisé NonFungible. Les grandes maisons d'enchères en vendent désormais régulièrement.

La traçabilité des NFT a été décisive pour Brandon Kang, pourtant investi depuis longtemps dans les cryptomonnaies, qui utilisent aussi la technologie de la chaîne de blocs (blockchain en anglais). Auparavant, il n'y avait pas moyen de prouver qu'on était bien propriétaire d'objets numériques, explique-t-il.

Cette même garantie d'authenticité a poussé Devan Mitchem, ingénieur informatique installé à Singapour, à collectionner des objets numériques, après en être resté à l'écart faute de formats stables, de plateformes d'échange et de possibilités de stockage.

Avec l'émergence de sites comme OpenSea ou Nifty Gateway – qui permettent à des artistes de vendre directement leurs œuvres, puis à d'autres de les acheter, de les stocker et de les revendre –, le monde des NFT offre désormais une facilité d'utilisation proche des placements boursiers.

La « période fondatrice » des NFT

Devan Mitchem, qui travaille à Google Cloud et qui s'est spécialisé dans la chaîne de blocs, a accumulé plus de 200 NFT. Comme Brandon Kang, il n'envisage pas de les vendre.

C'est risqué, mais j'ai le sentiment que des œuvres créées entre 2017 et 2021 resteront comme issues de la période fondatrice de cette nouvelle catégorie, dit-il. Cette ère aura une place à part dans les futures collections.

Ingénieur informatique, Pankaj Patil s'est séparé, en 2020, de quelques uns des 150 objets numériques qu'il avait amassés, car il doutait de l'avenir des NFT. Aujourd'hui mordu, ce résident du New Jersey regrette la plupart des ventes, même s'il reconnaît que ce milieu n'est pas facile à digérer pour tout le monde.

Je comprends tout à fait le scepticisme, abonde Devan Mitchem, car il y a beaucoup de choses à appréhender.

Aux personnes qui s'y intéressent, M. Mitchem suggère de se renseigner d'abord sur la technologie de la chaîne de blocs. C'est encore pas mal le Far West, admet l'ingénieur, mais c'est aussi un terrain de possibilités.

M. Kang met en garde les internautes en quête d'argent facile qui ne prendraient pas le temps de l'apprentissage. Ce sont ces gens qui risquent le plus de se faire plumer, estime-t-il.

À ses yeux, la récente correction du marché, qui a vu baisser les prix moyens et le nombre de transactions, n'hypothèque en rien les perspectives des NFT.

Le milieu est en train de mûrir et, à long terme, c'est une bonne chose d'évacuer les gens qui ne sont là que pour le profit, plaide-t-il.

Ruée vers l'or ou vers l'art?

Devan Mitchem se dit, comme beaucoup d'autres, sincèrement attiré par la valeur artistique de nombre de créatrices et créateurs numériques émergents, là où le grand public voit souvent dans les NFT une mode, un gadget, voire une escroquerie.

Il parle avec passion de Picasso's Bull, représentation cubiste d'un taureau par l'artiste multisupports Trevor Jones, achetée 23 000 dollars américains (27 800 dollars canadiens); une œuvre phare, selon lui.

Travaillant souvent dans le milieu de la programmation, les collectionneurs et collectionneuses de NFT, des hommes pour la plupart, ont aussi un intérêt pour l'innovation permanente de ce milieu.

Les adeptes entrevoient un univers dans lequel les NFT pourront voyager entre plateformes, sites et univers virtuels, dépassant les possibilités du monde physique.

On souligne aussi que le milieu a entrepris d'améliorer son bilan carbone, actuellement catastrophique, avec notamment l'instauration progressive de protocoles de création de NFT et de cryptomonnaies moins énergivores.

Devan Mitchem croit à ce point aux NFT qu'il imagine déjà la disparition même du terme, avec la banalisation de cette technologie. Ce seront simplement des objets numériques, dit-il.

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