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Venise : les croisières reprennent, de même que les manifestations

 Un paquebot blanc tiré par des remorqueurs à Venise.

Le MSC Orchestra quitte la lagune aidé des remorqueurs.

Photo : AP / Antonio Calanni

Associated Press

Le premier navire de croisière depuis le début de la pandémie a traversé samedi le coeur de Venise, escorté par des bateaux-remorqueurs et des travailleurs portuaires ravis alors qu'il descendait le canal de la Giudecca, mais il y avait également des centaines de manifestants et une petite armada de bateaux en bois portant des drapeaux avec l'inscription « Pas de gros bateaux ».

La querelle concernant l'avenir de Venise a repris de plus belle alors que le MSC Orchestra a embarqué quelque 1000 passagers. Le voyage annonce le retour des navires de croisière dans la ville historique après plus de 18 mois, et par le fait même, ravive le mouvement anticroisière qui, pendant plus d'une décennie, s'est opposé au passage d'énormes navires dans la lagune fragile en raison des dommages à l'environnement et des problèmes de sécurité.

Le gouvernement du premier ministre italien Mario Draghi s'est engagé ce printemps à sortir les navires de croisière de la lagune de Venise, mais atteindre cet objectif prendra du temps. Même une solution provisoire détournant les plus gros navires du canal de la Giudecca n'est pas probable avant l'année prochaine. Débarrasser le lagon des navires, qui mesurent plus de 250 mètres de long et pèsent plus de 90 000 tonnes, pourrait prendre des années.

667 navires et 700 000 passagers

Venise est devenue l'une des destinations de croisière les plus importantes au monde au cours des deux dernières décennies, et en 2019 a servi d'escale lucrative pour 667 navires de croisière transportant près de 700 000 passagers, selon l'association Cruise Lines International (CLIA).

Les passagers arrivant samedi pour la croisière d'une semaine à bord du MSC Orchestra de 92 409 tonnes et 16 ponts, avec des escales dans le sud de l'Italie, sur deux îles grecques et à Dubrovnik, en Croatie, ont été accueillis au port avec des panneaux indiquant bienvenue aux croisières.

Des embarcations remplies de militants contre les paquebots de croisière à Venise.

Mobilisation sur l'eau et sur la rive contre les paquebots de croisière à Venise.

Photo : AP / Antonio Calanni

Le message s'adressant aux passagers qui scrutaient Venise depuis les ponts du navire était mitigé alors que le paquebot naviguait sur le canal de la Giudecca, devant la place Saint-Marc et le palais des Doges. Des centaines de Vénitiens se sont rassemblés lors d'une manifestation bruyante au bord du canal pour exiger l'arrêt immédiat des navires de croisière traversant le lagon, citant une série de décrets passés qui, selon eux, n'ont jamais été appliqués.

Le MSC Orchestra a répondu par de bruyants coups de klaxon, tandis que deux douzaines de bateaux remplis d'employés du port circulaient à côté, célébrant le renouvellement des croisières et le retour au travail de centaines d'employés du port.

Des milliers d'emplois

Selon le comité d'entreprise de Venise, plus de 1700 travailleurs traitent directement avec les navires de croisière, des conducteurs de bateaux-remorqueurs aux porteurs de bagages, tandis que 4000 autres emplois dépendent du trafic des croisières.

La longue bataille autour des navires de croisière à Venise s'est intensifiée après le naufrage du navire de croisière Costa Concordia au large de la Toscane en 2012, tuant 32 passagers et membres d'équipage. Elle s'est accentuée après que le MSC Opera a heurté un quai et un bateau de tourisme, blessant cinq personnes, alors qu'il manœuvrait dans le canal de la Giudecca il y a deux ans cette semaine.

Au cours de toutes ces années, aucune alternative viable n'a jamais vu le jour.

L'Association environnementale de Venise, l'un des groupes qui s'opposent aux navires, exige que les responsables culturels et portuaires italiens interdisent immédiatement les navires de la lagune, menaçant de poursuites judiciaires s'il n'y a pas d'action dans les 15 jours.

C'est une grande provocation qu'un navire soit passé, a déclaré Andreina Zitelli, experte en environnement et membre de l'association. On ne peut pas comparer la défense de la ville avec la défense des emplois dans l'intérêt des grandes compagnies de croisières.

L'association commerciale de l'industrie des croisières a déclaré qu'elle soutenait le déplacement de plus gros navires vers d'autres zones pour éviter de traverser le canal de la Giudecca, mais maintient que les navires de croisière ont toujours besoin d'accéder à la lagune de Venise.

Nous ne voulons pas être une mauvaise entreprise. Nous ne pensons pas que nous devrions être traités comme tels. Nous pensons que nous sommes bons pour les communautés.

Une citation de :Francesco Galietti de Cruise Lines International Italy

Francesco Galietti a déclaré que les navires de croisière ne représentent qu'un faible pourcentage du tourisme à Venise, environ 5 %, et que de nombreux passagers restent dans la ville avant ou après leurs croisières, contribuant en moyenne 200 $ par jour à l'économie dépendante du tourisme.

Victime de son succès

Avant la pandémie, Venise était aux prises avec le surtourisme, recevant 25 millions de visiteurs par an. L'administration de la ville était sur le point d'imposer une taxe aux excursionnistes avant que la pandémie ne frappe durement l'industrie du tourisme.

À Rome, le gouvernement italien a déclaré qu'il organisait des appels d'offres pour une alternative viable en dehors de la lagune, et la demande de propositions devrait être publiée d'un jour à l'autre.

Pourtant, même une route alternative provisoire vers le canal de la Giudecca – déplacer de plus gros navires vers un port industriel à l'ouest de Venise – ne sera pas prête avant l'année prochaine, a déclaré le ministère italien des Infrastructures et de la Mobilité durable à l'Associated Press.

La préparation du port de Marghera, qui se trouve toujours dans la lagune, nécessite l'allongement des jetées existantes pour accueillir de plus gros navires ainsi que le dragage d'un canal à l'approche, selon les responsables de l'industrie des croisières. Selon les plans actuels, les navires de plus de 250 mètres, représentant environ 70 % du trafic de croisière, seraient déroutés.

Alors que certaines compagnies de croisières ont expérimenté Trieste à l'est ou Ravenne au sud comme points de débarquement pour ceux qui visitent Venise pendant la pandémie, les responsables de l'industrie affirment que la ville lagunaire avec 1600 ans d'histoire reste un port d'escale clé pour les croisières dans la mer Adriatique et la Méditerranée orientale.

Une industrie qui doit changer, disent les écologistes

Mais les écologistes disent que l'industrie des croisières doit changer.

Venise est au niveau de l'eau. Il y a des jours où Venise est sous le niveau de l'eau, a déclaré Jane da Mosto, directrice générale de We Are Here Venice, qui représentait également le Global Cruise Activist Network.

Nous voulons des navires qui utilisent des énergies renouvelables. Nous voulons des navires qui n'amènent pas des milliers de personnes dans nos ruelles étroites en même temps. Nous voulons des visiteurs qui souhaitent en savoir plus sur Venise, résume-t-elle.

Avec les informations de La Presse canadienne

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