•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Insultes et intimidation, sources de plusieurs départs d'élus municipaux

Des logos de médias sociaux sur un écran de téléphone intelligent.

Plusieurs élus observent que des personnes en colère se permettent des commentaires agressifs derrière leurs écrans (archives).

Photo : Getty Images / bigtunaonline

Radio-Canada

L’intimidation sur les réseaux sociaux et la frustration liée à la pandémie pourraient expliquer le choix de plusieurs élus municipaux de ne pas se représenter aux prochaines élections, en novembre.

Plusieurs élus de l’Est-du-Québec ont déjà annoncé qu’ils ne brigueraient pas un nouveau mandat. C’est notamment le cas de Réjean Porlier, maire de Sept-Îles, Jérôme Landry, son homologue de Matane ou Sylvain Hudon à La Pocatière.

Si une multitude de raisons sont évoquées pour expliquer ces départs, la détérioration des relations avec les citoyens est parfois évoquée.

Yvon Soucy, préfet de la MRC de Kamouraska, a aussi annoncé son intention de quitter son poste.

C’est une réflexion qui date de plusieurs mois, indique l’élu, qui a constaté durant la pandémie la colère de certains citoyens.

Portrait de M. Soucy devant l'édifice Claude-Béchard

Le préfet de la MRC de Kamouraska, Yvon Soucy (archives).

Photo : Courtoisie Table régionale des élus municipaux du Bas-Saint-Laurent

La proximité, arme à double tranchant

Si le palier municipal se félicite souvent d’être le plus près des citoyens, ses représentants peuvent aussi rapidement faire les frais de cette proximité.

C’est plus facile d’interpeller un élu municipal que des élus à d’autres niveaux. Pour nous, ça n'a vraiment pas été facile.

Une citation de :Yvon Soucy, préfet de la MRC de Kamouraska

Yvon Soucy indique que cette dynamique était particulièrement évidente durant la pandémie.

En premier, c’était quand même assez facile parce que personne ne s’imaginait ce qu’on avait devant nous.

Au fur et à mesure que les mois passaient, on sentait la fatigue des citoyens, de l'exaspération, poursuit le préfet.

La pandémie a aussi ralenti des projets. C'est une réalité difficile pour les élus, selon M. Soucy.

Daniel Côté, le maire de Gaspé et président de l'Union des municipalités du Québec (UMQ), indique que le phénomène s’observe partout au Québec et que plusieurs élus d’expérience ont choisi de mettre un terme à leur engagement public.

Ils sont tannés de se faire rentrer dedans par des trolls sur les médias sociaux. C’est facile de critiquer, d’être caché derrière un écran, derrière un clavier. Est-ce que ces gens-là oseraient faire cela de visu, face à face avec les humains que sont les élus? J’en doute, avance le maire de Gaspé.

Il ajoute comprendre la détresse et la frustration que peut engendrer les mesures sanitaires et la pandémie chez des citoyens. En même temps, je comprends le ras-le-bol de certains élus, nuance-t-il.

Le maire de Gaspé, Daniel Côté

Le maire de Gaspé, Daniel Côté (archives).

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

L’importance de la majorité silencieuse

Ancien maire de Témiscouata-sur-le-Lac, Gilles Garon a démissionné en 2018, notamment en raison des attaques personnelles qu’il dit avoir reçues.

Il indique que dans les petites municipalités, la situation peut être pénible pour les élus, mais aussi pour leurs proches, qui peuvent aussi être victimes d’insultes ou de commentaires désobligeants.

On va là pour servir et faire grandir notre communauté, pas pour se faire détruire, se rappelle M. Garon.

Pour lui, une des solutions à l’intimidation est la prise de position d’une majorité de citoyens.

Gilles Garon pose pour la caméra.

L'ancien maire de Témiscouata-sur-le-Lac, Gilles Garon.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Lévesque-Boucher

Les gens, dans toutes ces tempêtes-là, n’osent pas se prononcer [...], dire aux gens qui ont des propos disgracieux que ce n’est pas correct, explique-t-il, ajoutant que les élus apprécieraient que ces citoyens se fassent entendre.

Ça amènerait la petite méchanceté à se taire ou à baisser le volume, croit-il.

L’effet des réunions virtuelles

Daniel Côté, qui a déjà annoncé qu'il briguerait à nouveau les suffrages à la mairie de Gaspé, note également que le fait de se rencontrer surtout virtuellement dans la dernière année a aussi pu exacerber les tensions tout en minant le climat dans certaines municipalités.

Le contact humain nous manque tous et toutes. Les petites discussions de corridors qu’on peut avoir parfois pour atténuer des tensions, elles ne peuvent plus avoir lieu. Le blanc des yeux n’existe plus, indique celui qui a nouvellement été élu président de l'Union des municipalités du Québec (UMQ).

Daniel Côté croit toutefois que le retour à la normale devrait permettre de rétablir un meilleur climat.

Avec les informations de Djavan Habel-Thurton et de Philippe Arseneault

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !