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Ces radars qui scrutent le sol à la recherche de restes humains

Un géoradar sur trois roues sur un sentier de gravier.

Un géoradar est un appareil mobile formé notamment d'un émetteur et d'un récepteur de micro-ondes qui permet de créer une image de ce qui se trouve dans le sol.

Photo : GeoScan

Radio-Canada

La découverte potentielle de restes anonymes près de l’ancien pensionnat autochtone de Kamloops, en Colombie-Britannique, est l’aboutissement de recherches qui ont été menées à l’aide d’un géoradar. Voici quelques informations sur cette technologie dont l’utilisation était, jusqu’à maintenant, plutôt méconnue.

Avertissement : des informations contenues dans cet article pourraient être troublantes pour certains lecteurs.

Avant que les ondes ne pénètrent le sol à la recherche de restes non identifiées près de l’ancien pensionnat autochtone de Kamloops, des archéologues ont d’abord délimité la zone à étudier grâce aux témoignages d’anciens élèves.

Quand on peut parler aux survivants qui ont des informations spécifiques, ça nous permet de circonscrire l’aire de recherche, explique le professeur adjoint en archéologie Terence Clark, de l’Université de la Saskatchewan.

Une fois l’aire de recherche déterminée, un technicien l’a sondée à l’aide d’un géoradar. Si cette technologie est couramment utilisée pour détecter des tuyaux d’eau, de gaz ou des égouts, par exemple, elle permet aussi de retrouver des restes dont aucune trace ne subsiste en surface.

Pour soutenir cette quête d’un passé oublié ou réduit au silence, un appareil sur roues parcourt le sol en apparence ordinaire en le bombardant d’ondes à haute fréquence, qui le pénètrent.

Certaines de ces ondes se répercutent au gré des variations dans la composition du sol et reviennent vers l’appareil, formant une image de ce qui peut se trouver sous les pieds de l’opérateur, explique l’entreprise spécialisée en recherche par géoradar GeoScan.

Diviser pour mieux chercher

Pour obtenir l’image la plus précise possible, une zone d’environ 50 mètres sur 50 mètres est quadrillée, puis parcourue par bandes de 25 centimètres, soit la largeur de l’appareil, explique la professeure adjointe Kisha Supernant, du département d’anthropologie de l’Université de l’Alberta.

Ça nous assure de couvrir tout ce qui se trouve sous le géoradar lui-même, précise-t-elle.

Avant que la première de ces ondes ne touche le sol, il faut faire le ménage, car l’appareil doit être en contact avec le sol. Il est donc nécessaire de retirer toutes les brindilles et de couper l’herbe, ajoute Mme Supernant.

C’est un long processus, confie-t-elle. Je travaillais justement à un autre projet de recherche de sépultures anonymes, cette semaine, et notre équipe a passé beaucoup de temps à enlever des débris de toutes sortes afin qu’on puisse voir le sol.

Une dame sonde le sol d'un champ avec un radar alors qu'un homme observe au loin.

Kisha Supernant (à droite) et Terence Clark (à gauche) utilisent des géoradars pour détecter des restes anonymes.

Photo : Kisha Supernant

Un programme informatique assemble ensuite les bandes d’images captées par le géoradar pour former une projection de ce qui est enfoui.

C’est complexe, parce que quand on passe sur une petite tombe, on ne voit qu’une infime partie à chaque passage. Le passage suivant donne le reste de l’image, ce qui nous permet alors de comprendre ce qui est vraiment sous terre.

Des variations dans le sol, pas nécessairement des restes humains

Si le géoradar peut indiquer l’emplacement et la forme de variations dans la composition du sol, il ne peut, en revanche, détecter la matière organique. Il n’est donc pas en mesure de dire s’il s’agit de restes humains.

Au fil du temps, les os absorbent les minéraux du sol environnant et finissent par avoir une composition très similaire, explique le propriétaire de l’entreprise ontarienne Global GPR Services, Steve Watson.

Si le géoradar passe sur une tombe récente, le technicien qui l’opère peut voir des os ou des objets qui en ont la forme, explique-t-il.

Si ça date d’il y a 50, 60, 100 ou 200 ans, vous ne verrez pas d’os, précise-t-il. Dans ce cas, le technicien cherche plutôt des sols retournés.

Un sol est composé d’une série de microcouches. Lorsqu’une pelle s’y glisse, on mélange le tout, ce qui fait que le sol [à cet endroit] est différent de la composition naturelle qui l’entoure, dit M. Watson.

Quand vient le temps de trouver des restes, les chercheurs voient d’abord des images montrant une stratigraphie constante, tout est toujours pareil, souligne Terence Clark.

Puis, ont voit un endroit où on a creusé, [l’image] montre une anomalie qui apparaît beaucoup plus douce que ce qui l’entoure.

Le défi du temps

Malgré la technologie, retrouver des restes enfouis depuis longtemps sans laisser de trace à la surface et sans autre guide que des souvenirs marquants, mais aux contours rendus imprécis par le passage du temps, est une source de défis, note M. Clark.

Il y a beaucoup de variations près de la surface causées par des racines, des terriers de marmotte et toutes sortes de choses qui rendent flou les premiers 30 à 40 centimètres.

Sans compter que l’absence de marquage des tombes ou la réutilisation des lots d’un cimetière peut aussi cacher de multiples restes, ajoute-t-il.

Il peut y avoir une sépulture à un endroit, puis, une trentaine, une quarantaine ou une cinquantaine d’années plus tard, on enterre quelqu’un d’autre à peu près au même endroit.

L’important, souligne Kisha Supernant, est de ne pas s’emballer trop tôt lorsque le géoradar détecte quelque chose.

Dans les explications qu’elle donne aux Premières Nations, elle insiste pour dire qu’il y a quelque chose, que c’est probablement une sépulture, mais qu’il n’y pas nécessairement de restes humains.

On ne parle pas de corps, [parce que] nous ne faisons pas de radiographie, [mais] nous pouvons voir ce qui apparaît être une sépulture. S’il y a un cercueil, on peut parfois le voir dans le signal, explique-t-elle.

Habituellement, on peut dire immédiatement s’il y a quelque chose ou non. Il faut toutefois des recherches plus poussées pour déterminer s’il s’agit d’une sépulture.

Avec les informations de Mark Gollom et de l’émission Day 6

Aide et soutien

  • Une ligne téléphonique bilingue d'aide aux anciens des pensionnats autochtones et aux personnes touchées par les pensionnats offre du soutien psychologique et fournit des références pour l'obtention d'aides. Elle est disponible 24 heures sur 24, au 1 866 925-4419.
  • La Colombie-Britannique propose également deux services de soutien en anglais. La ligne téléphonique KUU-US est offerte aux membres des Premières Nations, en tout temps, par téléphone, au 1 800 588-8717, ou sur le web, au kuu-uscrisisline.com (Nouvelle fenêtre). L'Indian Residential School Survivors Society, en Colombie-Britannique, offre également une ligne de crise, au 1 866 925-4419.
  • La Ligne d'écoute d'espoir pour le mieux-être (Nouvelle fenêtre) offre une aide immédiate à tous les membres des peuples autochtones, avec des conseillers sensibilisés aux réalités culturelles, au téléphone, au 1 855 242-3310, ou par clavardage. De l'aide est également disponible sur demande en cri, en ojibwé ou en inuktitut.

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