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Les Algériens ont voté aux premières législatives depuis la contestation populaire

Une boîte de scrutin transparente est vidée de son contenu en vue du dépouillement,

Quelque 24 millions d'Algériens étaient appelés à élire les 407 députés de l'Assemblée populaire nationale pour cinq ans.

Photo : Reuters / Ramzi Boudina

Agence France-Presse

Les Algériens ont voté samedi pour choisir leurs députés lors d'élections législatives anticipées, rejetées par le mouvement contestataire du Hirak et une partie de l'opposition.

Il s'agit des premières législatives depuis le soulèvement populaire inédit et pacifique, né le 22 février 2019 du rejet d'un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, poussé près de deux mois plus tard à la démission après 20 ans de règne.

Enjeu principal, le taux de participation national n'a atteint que 30,20 %, le score le plus faible depuis au moins 20 ans pour des législatives, selon le président de l'Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), Mohamed Chorfi.

À titre de comparaison, il se situait à 35,70 % lors des dernières législatives de 2017 (42,90 % en 2012). La participation est même en recul par rapport à la présidentielle de 2019, qui avait vu Abdelmadjid Tebboune élu avec seulement 40 % des voix, soit une abstention record pour une telle élection.

Mais quoi qu'il arrive, le pouvoir s'en accommodera.

Pour moi, le taux de participation n'a pas d'importance. Ce qui m'importe, c'est que ceux pour lesquels le peuple vote aient une légitimité suffisante.

Une citation de :Abdelmadjid Tebboune, un électeur d'Alger

La couleur de la prochaine assemblée devrait se dégager dimanche mais les résultats officiels pourraient ne pas être annoncés avant 96 heures, a précisé le président de l'ANIE.

Les bureaux de vote ont fermé à 20 heures locales (15 heures au Québec) après une prolongation d'une heure, selon l'ANIE. Les résultats officiels sont attendus en principe dimanche.

Les opérations de vote se sont déroulées généralement dans le calme à Alger, où les électeurs étaient rares, et en province, sauf en Kabylie, région frondeuse où la participation a été quasi nulle lors des précédents scrutins.

Les Algérois ont défilé au compte-gouttes dans les isoloirs, selon des journalistes de l'AFP sur place.

Je n'ai jamais voté et cette fois c'est pareil. Je ne crois pas que les choses pourront changer, a dit Fatiha, une commerçante cinquantenaire.

J'ai voté pour la stabilité [...] Ceux qui refusent le scrutin ne proposent aucune alternative réaliste, a plaidé de son côté Hamid, un cadre de 60 ans.

Manifestation à Montréal

Quelques dizaines d’Algériens ont manifesté samedi à Montréal pour appeler leurs concitoyens à boycotter les élections algériennes.

Nous ne sommes pas contre les élections. Nous sommes contre des élections organisées dans un contexte de dictature , a scandé l’une des organisatrices à la foule réunie à la Place du Canada. L’Algérie a emprisonné tous ceux qui pouvaient contrecarrer cette mascarade électorale , a déploré Halia Farhat, une manifestante.

Comment peut-on organiser des élections dans un contexte où les journalistes sont arrêtés, les avocats sont arrêtés, les hommes politiques sont arrêtés? C’est une mascarade!

Sofiane Chouiter, avocat spécialiste de la défense des droits de la personne, croit que le Canada peut jouer un rôle très important lors de la prochaine session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies qui s’ouvrira le 21 juin prochain .

Selon lui, le Canada doit rappeler l’Algérie à ses obligations en la matière et doit aussi s’assurer que l’armement et matériel de sécurité qu’il vend à l’Algérie n'est pas utilisé pour réprimer sa population en contravention avec les droits de la personne.

Échauffourées en Kabylie

En Kabylie (Nord-Est), la quasi-totalité des bureaux de vote ont fermé à Béjaïa et Tizi Ouzou, les villes les plus peuplées de la région berbérophone, selon la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme et le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).

Des échauffourées ont éclaté dans plusieurs localités kabyles et les forces de l'ordre ont procédé à des dizaines d'interpellations, selon ces deux ONG. Des images de bulletins de vote jonchant les rues en Kabylie ont circulé sur les réseaux sociaux.

Le CNLD a également fait état d'arrestations à Alger et dans la ville voisine de Boumerdès.

Une femme marche devant des affiches électorales

Une passante marche devant des affiches électorales à Alger.

Photo : AFP / RYAD KRAMDI

Avant les élections, le Hirak, qui réclame en vain un changement radical du système de gouvernance en place depuis l'indépendance (1962), a dénoncé une mascarade électorale. L'opposition laïque et de gauche a boycotté le scrutin.

Le régime, lui, est déterminé à imposer sa feuille de route électoraliste, en ignorant les revendications du Hirak (État de droit, transition démocratique, souveraineté populaire, justice indépendante).

Quelque 24 millions d'Algériens étaient appelés à élire les 407 députés de l'Assemblée populaire nationale pour cinq ans. Ils devaient choisir parmi 2288 listes, dont plus de 1200 s'affichent comme indépendantes.

C'est la première fois qu'un nombre aussi élevé d'indépendants se présentent face à des prétendants endossés par des partis largement discrédités et jugés responsables de la crise dans le pays.

Les vainqueurs des précédentes législatives en 2017, le Front de libération nationale et le Rassemblement national démocratique, associés à l'ère Bouteflika, sont aujourd'hui déconsidérés.

Il faudra aussi compter avec la mouvance islamiste modérée qui a pris part au scrutin.

Avant le scrutin, le chef d'état-major, le général Saïd Chengriha, a mis en garde contre tout plan ou action visant à perturber le déroulement du vote.

Plus de 200 opposants incarcérés

Considéré comme une façade civile de l'institution militaire, le gouvernement s'est efforcé ces derniers mois d'étouffer la contestation, interdisant les manifestations et multipliant les interpellations et les poursuites judiciaires visant opposants, militants, journalistes et avocats.

Des manifestations dans une rue à Alger.

Les manifestants n'ont pu faire leur marche de protestation hebdomadaire cette semaine. (Archives, 9 avril 2021)

Photo : Reuters / RAMZI BOUDINA

Quelque 222 personnes sont actuellement incarcérées pour des faits en lien avec le Hirak et/ou les libertés individuelles, selon le CNLD.

Estimant avoir déjà répondu aux demandes du Hirak, le pouvoir dénie depuis plusieurs mois toute légitimité à ce mouvement sans véritables leaders, qu'il accuse d'être instrumentalisé par des parties étrangères.

Pour le porte-parole du gouvernement, Amar Belhimer, ces élections honnêtes et transparentes battront en brèche toutes les machinations diaboliques fomentées par des laboratoires aux visées destructrices.

Avec les informations de Alexie André-Bélisle.

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