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Les jeunes LGBTQ+ sont plus vulnérables face à la pandémie

Drapeau aux couleurs LGBT et une personne en ombre chinoise.

Les jeunes LGBTQ+ sont plus vulnérables aux problèmes de santé mentale une fois coupés de leur cercle social, selon des experts. (Archives)

Photo : La Presse canadienne / Canadian Press

Marianne Depelteau

Avec la pandémie et la fermeture des écoles, les jeunes se sont retrouvés isolés. Il s'agit d'une situation particulièrement difficile pour ceux issus de la communauté LGBTQ+. Ceux-ci sont davantage vulnérables aux problèmes de santé mentale une fois coupés de leur cercle social.

Alors que son école secondaire offre normalement un comité de soutien aux élèves LGBTQ+, Lola Bisaillon, en 12ème année, s'est retrouvée sans appui depuis le début de la pandémie.

On ne pouvait pas aller à l’école, on ne pouvait pas parler avec les enseignants puisque tout était en ligne. Et même une fois de retour en classe, il n’y avait vraiment rien, déplore-t-elle.

Des lieux de soutien en milieu scolaire à cet âge-là sont pourtant essentiels, selon l’étudiante franco-ontarienne.

Ça aide beaucoup les jeunes qui vivent des choses qu’ils ne comprennent pas complètement à trouver un espace où ils peuvent se sentir confortables et trouver des amis, explique Lola Bisaillon.

Quand j’étais plus jeune et que je faisais mon coming out, j’avais de la difficulté à trouver des gens de mon âge qui vivaient la même expérience que moi. Quand j’étais en 7ème et 8ème j’avais l’impression que j’étais la seule personne gaie dans ma cohorte!

Une citation de :Lola Bisaillon, élève au secondaire
Une peinture aux couleurs de la fierté.

Une peinture faite à l'École secondaire catholique Franco-Cité, à Nipissing Ouest.

Photo : Marie-Josée Sylvestre

Marie-Josée Sylvestre, enseignante à l’École secondaire catholique Franco-Cité, constate que les enseignants sont parfois le seul contact d’adultes bienveillants à qui ils peuvent se confier.

C'est arrivé quand même assez souvent que des élèves soient venus me voir parce qu'ils avaient besoin de faire un coming out, puis ils n'avaient personne d'autre à qui parler, raconte Mme Sylvestre.

Plus de détresse

Le centre d’aide l’Interligne a constaté une augmentation de 30 % des demandes de soutien depuis le début de la pandémie, principalement chez les jeunes et les aînés de la communauté LGBTQ+.

Les appels ont explosé dans les périodes de confinement, affirme le directeur général de l’organisme, Pascal Vaillancourt.

Une femme autochtone clavardant sur son cellulaire.

Le centre d'aide Interligne permet d'offrir un soutien aux personnes LGBTQ+ à travers le Canada.

Photo : Getty Images / eyecrave

Cet isolement dû à la pandémie affecte particulièrement la santé mentale de la communauté LGBTQ+, notamment chez les jeunes, explique le neuroscientifique Robert-Paul Juster.

Dans la dernière année, les jeunes issus des minorités sexuelles et de genre ont fait face à plus de dépression, plus d'anxiété, plus de fatigue, plus de traumatismes, poursuit le chercheur, dont les études se concentrent sur les 18 ans et plus en raison de la difficulté d’intégrer des mineurs à des recherches scientifiques.

Ce ne sont pas des résultats surprenants, parce que même avant la pandémie, la communauté LGBTQ+ souffrait déjà plus de problèmes de santé mentale à cause de la stigmatisation, explique le professeur spécialisé sur les effets de l’identité de genre et de l’orientation sexuelle sur le stress chronique.

Cette vulnérabilité aux problèmes de santé mentale chez les jeunes de la communauté LGBTQ+ s’explique, selon lui, par le manque d’espaces sécuritaires et sociaux qui leur sont consacrés. Le manque de service et de soutien a été accentué par la pandémie.

C’est sûr qu’il y a encore des espaces virtuels, par contre ce ne sont pas chaque enfant ni adolescent qui peuvent en bénéficier parce que certains ont un peu peur que leurs parents rentrent dans leur chambre et les voient avec du monde de la communauté, indique le neuroscientifique.

Certains jeunes n’ont pas nécessairement le soutien de leur famille [...] et c’est ce monde-là, sans soutien, qui souffre le plus pendant la pandémie.

Une citation de :Robert-Paul Juster, professeur au Département de psychiatrie de l'Université de Montréal

À la suite d'une étude menée pendant les 100 premiers jours de la pandémie, le chercheur a constaté que le soutien social protège quatre fois plus les membres de la communauté LGBTQ+ comparativement aux personnes hétérosexuelles et cisgenres face à de la détresse psychologique.

Être entouré des personnes qui ont fait face au même "stresseur" que toi et qui ont trouvé des stratégies d’adaptation, ça fait une grande différence, affirme Robert-Paul Juster.

Peu de ressources

Même si la pandémie limite l’accès à des espaces sécuritaires pour les jeunes LGBTQ+, il manque de services qui leur sont consacrés en temps normal dans le Nord-Est de l’Ontario, selon Matthieu Villeneuve, président de Fierté Timmins Pride.

On manque de tout : l’éducation, la santé mentale, les services médicaux et sociaux.

Une citation de :Matthieu Villeneuve, président de Fierté Timmins Pride
Des gens sur un trottoir avec des drapeaux arc-en-ciel.

Le défilé de Fierté Timmins Pride en 2017 (archives)

Photo : Radio-Canada / Jean-Loup Doudard

On a beaucoup de personnes qui sont à Kapuskasing, Kirkland Lake, Hearst ou des membres des Premières Nations qui nous demandent des services… et on ne peut pas les aider, déplore-t-il.

Afin de déterminer les besoins de la communauté et de cibler les ressources déjà disponibles, Fierté Timmins Pride invite la population à remplir un sondage sur son site web (Nouvelle fenêtre) (en anglais) jusqu’au 20 juin. L’organisme mènera par la suite des groupes de discussion et des entrevues avec des personnes-ressources.

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