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Nouvelle escouade du SPVM contre le trafic d’armes : loin des effectifs promis

Radio-Canada a appris que les ressources mises en place ne sont pas suffisantes pour contrer la hausse des fusillades, comme le promettait Valérie Plante.

Le groupe d’intervention du SPVM.

Montréal a été le théâtre d'une « hausse atypique » du nombre d'événements impliquant une arme à feu dans les derniers mois.

Photo : Radio-Canada / Simon-Marc Charron

Seulement 12 policiers travaillent à temps plein pour l'instant au sein de l'Équipe dédiée à la lutte contre le trafic d’armes (ELTA) du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Pourtant, en annonçant la création de cette escouade, le 17 décembre, la mairesse Valérie Plante et le directeur du SPVM, Sylvain Caron, avaient affirmé qu'elle serait constituée à terme de 40 membres. À ce stade-ci, une vingtaine d'agents devraient la composer.

Des informations recueillies par Radio-Canada révèlent que les effectifs et les ressources actuellement déployés, trois mois après la mise sur pied de l’ELTA, sont loin d’être suffisants pour « inverser la tendance » à la hausse des incidents avec armes à feu et pour « maintenir la paix à Montréal », comme la mairesse Plante l’avait promis.

Une pancarte où il est inscrit non à la violence est entourée de fleurs et de peluches.

L'équipe permanente dédiée à la lutte contre le trafic d’armes (ELTA) a été lancée après la mort d'une adolescente de 15 ans tuée par balle dans l'arrondissement de Saint-Léonard, qui s'était retrouvée au mauvais endroit au mauvais moment pendant une fusillade.

Photo :  Radio-Canada / Simon Nakonechny

L’escouade est pour le moment composée d’à peine un peu plus que la moitié des effectifs prévus pour la première phase, soit 12 sergents-détectives permanents au lieu de 20, et il faudra attendre l’automne pour qu’elle soit complète.

La deuxième phase du projet, qui ferait passer à 40 le nombre de policiers y participant, semble même remise en question par le SPVM.

L’ELTA devait être opérationnelle dès la fin de janvier 2021. C’est finalement le 22 février qu’elle a entamé ses activités.

Un retard expliqué par la nécessité de faire la sélection du personnel, de trouver des locaux et l’équipement requis, explique l’inspectrice Christine Christie. On voulait vraiment qu’au moment où l'équipe serait mise en place, tous les outils soient disponibles pour que les enquêteurs puissent commencer leur mission.

Trois mois plus tard, les effectifs promis ne sont toujours pas au rendez-vous.

Des informations obtenues par Radio-Canada et confirmées par le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, Yves Francoeur, révèlent que seulement une dizaine de policiers sont affectés en permanence à l’escouade ELTA pour le moment, plutôt que les 20 annoncés.

Un nombre bien insuffisant, explique-t-il, se disant du même souffle inquiet à l’idée de voir la situation prendre la même tournure qu’à Toronto ou à Ottawa où, dit-il, le nombre de fusillades a augmenté de façon « fulgurante ».

Un homme se tenant devant une caméra et regardant hors champ.

Yves Francoeur, président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal

Photo : Radio-Canada / Pascal Robidas

Ça prendrait facilement le double [d’effectifs] pour être efficace. Présentement, avec le nombre d’armes en circulation sur l’île, une dizaine de policiers à l’ELTA, ça ne fait pas le travail!

Une citation de :Yves Francoeur, président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal

Une source proche du dossier a par ailleurs indiqué à Radio-Canada que le SPVM avait promis plusieurs autres outils pour appuyer l’ELTA, tels qu’une équipe de filature et un analyste. Rien de tout ça n’aurait encore été mis en place en raison du manque d’effectifs dans les rangs policiers, toujours selon cette source.

Entre-temps, les informations au sujet de la circulation d’armes à feu s’accumulent sans qu'on ait les ressources nécessaires pour agir, ajoute cette source, appuyée par Yves Francoeur.

Lorsque Radio-Canada demande à ce dernier si le SPVM avait les moyens de ses ambitions concernant l’ELTA, sa réponse est sans équivoque : Non, pas du tout. Il y avait une volonté au service de police, mais les ressources n’y étaient pas.

Quel est le mandat de L’ELTA?

L'Équipe dédiée à la lutte contre le trafic d’armes a pour mandat « d’aller plus loin dans les enquêtes policières », de s’attaquer aux réseaux de distribution et d'approvisionnement d'armes à feu et d’arrêter leurs têtes dirigeantes, comme l'ont expliqué Sylvain Caron et Valérie Plante lors de l'annonce du 17 décembre dernier.

Une policière en pleine entrevue.

L'inspectrice Christine Christie est la responsable de l’Équipe de lutte contre le trafic d’armes (ELTA) depuis sa création.

Photo : Radio-Canada / Pascal Robidas

Un bilan satisfaisant, dit le SPVM

L’inspectrice Christine Christie, responsable de l’ELTA, reconnaît que l’escouade n’est pour le moment formée que de 12 ressources à temps plein. Elle promet toutefois qu’à l'automne, elle sera dotée de façon complète, avec une vingtaine de personnes.

Entre-temps, une dizaine de ressources issues des équipes de soutien spécialisées en enquêtes appuient l'escouade dans ses opérations.

Pourquoi ces délais sont-ils requis afin d'avoir tout le personnel permanent? Christine Christie indique qu’il faut laisser la chance aux formations de se poursuivre et faire la sélection finale [du personnel] pour que tout soit bel et bien permanent.

Jusqu’à présent, l’ELTA a été à l’origine de 15 arrestations et de la saisie de 14 armes, dont 11 armes à feu, indique l'inspectrice. Elle ajoute que des dossiers d’enquête sont en cours et que, vu la nature du mandat de l'unité, il est normal qu’il s’agisse le plus souvent d’enquêtes de longue haleine.

Si on tient compte du fait que l'équipe est encore relativement jeune, nous sommes très satisfaits de ce qui a été fait jusqu'à présent.

Une citation de : Christine Christie, inspectrice responsable de l’ELTA

Mme Christie ajoute qu’il est important de se rappeler que l’ELTA n’est pas la seule équipe d’enquête à travailler à la problématique de la criminalité par armes à feu.

Les équipes d’enquête des quatre sections régionales du SPVM, la nouvelle équipe multisectorielle en armes à feu, les équipes des stupéfiants et des crimes majeurs ainsi que les patrouilleurs mettent eux aussi la main à la pâte pour répondre à cette préoccupation-là.

Il n’y a pas d'inaction policière. On unit nos efforts, nos expertises, parce qu’ultimement, ce qu'on souhaite, c'est rendre Montréal sécuritaire. On a à cœur la sécurité des Montréalais.

Une citation de :Christine Christie, inspectrice responsable de l’ELTA

La mairesse Plante réitère que la sécurité des Montréalais est vraiment une priorité, la première! et que l’augmentation des événements impliquant une arme à feu est préoccupante.

La mairesse Valérie Plante affirme qu'elle est en pourparlers avec le gouvernement du Québec pour obtenir des budgets supplémentaires pour aider le SPVM à remplir ses nombreuses missions, dont la lutte contre les armes à feu illégales.

La mairesse Valérie Plante affirme qu'elle est en pourparlers avec le gouvernement du Québec pour obtenir des budgets supplémentaires pour aider le SPVM à remplir ses nombreuses missions, dont la lutte contre les armes à feu illégales.

Photo : Radio-Canada / Radio-Canada/Pascal Robidas

Elle indique que le SPVM gère ses effectifs, mais que son administration travaille avec le SPVM dans ce dossier.

La moitié de l’équipe est montée. Nous, ce qu’on veut continuer à faire, c’est accompagner le SPVM pour qu’on ait tous les effectifs le plus rapidement possible. On a besoin de cette équipe-là. [...] Il ne faut pas lésiner sur les efforts pour compléter cette équipe-là.

Une citation de :Valérie Plante, mairesse de Montréal

Mme Plante tient toutefois à rassurer la population en disant que même si on n’a pas la pleine capacité, le travail se fait, avant d’ajouter que d’aucune manière il n'y a une volonté que ça [en reste là]. On veut que ça prenne tout son envol!

Une deuxième phase incertaine

Questionné sur la « deuxième phase » du projet de l’ELTA annoncée en décembre, qui hausserait à 40 le nombre de personnes affectées à l'escouade, le SPVM demeure flou et ne confirme pas qu’il ira de l’avant avec celle-ci : Pour le moment, nous nous consacrons à l’évaluation des équipes en place. Avant de penser à bonifier l'ELTA, il est essentiel d’évaluer l’impact que cette équipe a et l’impact que l’équipe multi a également.

Valérie Plante, de son côté, affirme que la deuxième phase est toujours prévue, qu’il n’y a pas de doute , sans toutefois confirmer un échéancier à ce sujet. Terminer la première phase de l’ELTA pour aller vers la deuxième, c’est absolument nécessaire, dit-elle. Ce sont des conversations que j’ai avec Sylvain Caron, le chef de police.

L’équipe est financée à même les budgets existants du SPVM, ce qui a demandé une réorganisation et une restructuration à l’interne, confirme Christine Christie.

Sans affirmer que le financement est un problème pour le déploiement de l’ELTA, l'inspectrice révèle que des discussions sont présentement en cours avec le ministère de la Sécurité publique « pour voir la possibilité que certaines sommes soient octroyées afin de financer une partie des activités de l’ELTA.

Des sommes supplémentaires pourraient permettre d’avoir plus de ressources, plus de moyens encore, ajoute celle qui confirme que sa nouvelle escouade doit composer avec une hausse atypique du nombre d’informations reçues au sujet d’armes à feu en circulation.

Une femme portant un sac à dos et regardant hors champ.

Sophie Laquerre-Duchesne est la directrice du centre des jeunes l’Escale à Montréal-Nord depuis sept ans.

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

Sophie Laquerre-Duchesne est la directrice du centre des jeunes l’Escale à Montréal-Nord. Elle a été aux premières loges ces derniers mois pour observer l’accentuation des incidents par armes à feu. C'est exponentiel en ce moment! Je pense que les armes sont plus accessibles, notamment grâce au cyberespace, dit-elle. Et ce sont les trafiquants d’armes qui gagnent dans ces transactions-là et qui profitent de la vulnérabilité des jeunes.

Au moment de l’annonce de Mme Plante en décembre dernier, Mme Laquerre-Duchesne a été soulagée d’apprendre que la Ville de Montréal déploierait une équipe consacrée exclusivement au démantèlement en profondeur des réseaux d’approvisionnement et de distribution d’armes. Il faut aller à la source, explique Sophie Laquerre-Duchesne. Et la source du trafic, des tirs, des balles perdues, c’est les trafiquants, les groupes criminels qui donnent aux jeunes l'accès à des armes.

Elle qualifie toutefois de déconcertant le lent démarrage de l’ELTA. Ça devrait déjà être en place! On devrait déjà avoir les effectifs nécessaires pour lutter contre le trafic d’armes, s’insurge-t-elle.

Il y a eu perte de vies humaines, et ça, c’est insoutenable. C'est pour ça qu'on a décidé de mettre l’ELTA en place. Donc, il faut aller au bout de nos promesses. C’est urgent!

Une citation de :Sophie Laquerre-Duchesne, directrice du centre des jeunes l’Escale à Montréal-Nord

La directrice de l’Escale ajoute que l’enjeu est d’autant plus pressant que l’été est à nos portes et que la saison chaude est généralement plus propice aux événements violents impliquant des armes.

Il va falloir permettre aux policiers de faire leur travail, renchérit-elle, d'avoir les effectifs nécessaires pour répondre à cet enjeu-là, qui est un enjeu de taille, grave et complexe.

Même si elle se dit déçue de l’état actuel des choses, elle préfère lancer un message positif.

J’ai envie de faire confiance à la mairesse Plante, à la ministre de la Sécurité publique pour qu’elles déploient les ressources nécessaires. Mais là, on sent l’urgence et il faut que ça se passe maintenant!

Une citation de :Sophie Laquerre-Duchesne, directrice du centre des jeunes l’Escale à Montréal-Nord
Les fêtards sont évacués par les policiers.

La Société du Vieux-Port de Montréal inc. a annoncé le 2 juin le retour du couvre-feu sur son territoire, entre minuit et 6 h du matin, à la suite de débordements dans la foulée de la levée du couvre-feu au Québec le 28 mai dernier.

Photo : Radio-Canada / Stéphane Grégoire

Sous-financement et manque de ressources

Selon Yves Francoeur, la difficulté de compléter l’ELTA n’est qu’un des symptômes d’un définancement et d’un manque d’effectifs policiers au SPVM. Une réalité compliquée par la multiplication des mandats donnés au service de police et par l’ajout de nouvelles escouades comme l’ELTA, affirme-t-il.

Présentement, il manque de policiers partout sur l’île. Il en manque dans tous les postes de quartier. [La cause de ce manque de ressources policières], ce sont les budgets. Depuis 2001, la population de Montréal a augmenté de 200 000 personnes. Les budgets et les ressources, eux, n’ont pas augmenté.

D'après les sources d'Yves Francoeur, le SPVM serait intéressé à créer une escouade consacrée à la violence conjugale, dit-il.

On aurait besoin de policiers affectés exclusivement aux dossiers de violence conjugale, signale-t-il. On serait plus efficace. [...] Faute de ressources, le service de police est incapable d’aller de l’avant.

Que la Société du Vieux-Port soit obligée d'imposer son propre couvre-feu, c’est une preuve que nous ne sommes pas capables de faire notre ouvrage. Et que nous n’avons pas les ressources nécessaires.

Une citation de :Yves Francoeur

Valérie Plante répond que les difficultés vécues par l'ELTA sont, selon elle, dues à d’autres enjeux.

Bon an mal an, des policiers partent à la retraite et il faut les remplacer, explique-t-elle. C’est l'un des problèmes. Et il faut faire de la formation. C’est ce qui se passe avec l'ELTA.

Son cabinet précise que la Ville de Montréal a toujours maintenu le financement du SPVM à la hauteur de l’inflation. Il reconnaît toutefois que le financement des services de police est un enjeu récurrent et que des représentations auprès du gouvernement du Québec sont faites afin d'avoir du financement pour la création d’escouades additionnelles.

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