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Les villes peuvent agir pour réduire l’intensité des allergies saisonnières

Les politiques arboricoles municipales influent sur le taux de pollen dans l'air.

Une femme masquée est entourée d'arbres en fleurs.

Le port du masque est une manière pour les personnes incommodées par les allergies saisonnières de réduire leur exposition au pollen.

Photo : iStock

Les villes ont un rôle grandissant à jouer pour réduire l’intensité de la saison des allergies, affirment des experts. Celle-ci s'allonge d’année en année au Canada, principalement en raison des changements climatiques.

C’est un problème de santé publique, dit Cecilia Sierra Heredia, chargée de cours à la Faculté des sciences de la santé de l’Université Simon-Fraser (SFU).

De nombreux indicateurs montrent que les allergies saisonnières s’intensifient partout dans le monde, affirme-t-elle, donnant en exemple l’augmentation des ventes de médicaments antihistaminiques.

Si l’allongement de la saison des allergies en raison du réchauffement planétaire en est l’une des causes principales, Cecilia Sierra Heredia mentionne aussi les politiques arboricoles municipales et la pollution atmosphérique.

Lorsque nous avons un niveau élevé de pollution de l’air et un haut taux de pollen, les deux agissent ensemble et, lorsqu’ils se retrouvent dans nos poumons, notre nez et notre gorge, ils font des ravages, explique-t-elle.

La chercheuse postdoctorale au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) Rita Silva ajoute que la température plus élevée dans les villes que dans les zones périurbaines et rurales y rend la saison des allergies plus longue.

Planter plus d’arbres femelles

Mme Sierra Heredia et Mme Silva critiquent le fait que les municipalités plantaient, jusqu’à très récemment – et encore aujourd’hui dans plusieurs cas – presque uniquement des arbres mâles pour éviter la production de graines et de fruits, considérées comme salissants pour les rues et les trottoirs. Or les arbres mâles ne sont pas stériles pour autant : ils produisent généralement du pollen.

Et en même temps, comme on n’a pas d'arbres femelles dans les villes, on n’a pas d’arbres pour capturer leur pollen, note Rita Silva, ce qui empire la situation.

Le manque de diversité des arbres dans les villes peut aussi contribuer à intensifier les allergies des citadins, puisque la sévérité des symptômes est liée à la quantité de pollen dans l’air, souligne la chercheuse. Si on a des arbres qui sont tous de la même espèce, on va augmenter le pollen de cette espèce.

Un quartier boisé de Vancouver.

La création d'une canopée urbaine est souvent l'un des objectifs des politiques de foresterie urbaine, mais pas toujours la limitation des quantités de pollen.

Photo : Courtoisie Vancouver Park Board

Le pollen, un critère à considérer

Les municipalités devraient donc prendre en considération la production de pollen lorsqu’elles choisissent les arbres et les herbes à planter, disent les deux expertes.

Outre l'augmentation du nombre d’arbres femelles et de diversifier les essences, le choix d’arbres entomophiles, c’est-à-dire pollinisés par les insectes plutôt que grâce au vent, doit être encouragé, indique Rita Silva.

La plupart des arbres fruitiers et des arbres dont les fleurs sont très voyantes (comme les cerisiers ou les magnolias, nombreux dans les villes du sud de la Colombie-Britannique) sont dans cette catégorie.

La Ville de Victoria dit tenir compte du pollen lorsque vient le temps de planter de nouveaux végétaux.

Les allergènes sont toujours une de nos considérations lorsque nous sélectionnons les arbres à planter, déclare un porte-parole de la Ville, Bill Eisenhauer. Nous prenons aussi en considération les conditions du sol et le drainage, les autres arbres qui se trouvent dans la rue, les chances que la croissance soit un succès et la disponibilité.

Un magnolia en fleur.

Les magnolias sont un exemple d'arbres qui libèrent peu ou pas de pollen.

Photo : Radio-Canada / Hélène Bardeau

Mais ce n’est pas le cas partout. À Surrey, en banlieue de Vancouver, on ne tient pas compte de ce facteur.

La Ville de Surrey n’a pas de politique concernant le pollen en ce moment, dit le directeur des parcs, Neal Aven. Il ajoute cependant que cela pourrait faire partie d'une nouvelle stratégie de gestion des forêts urbaines que la Municipalité est en train d’élaborer.

À Vancouver, une porte-parole de la Commission des parcs indique que l’organisme ne fonde pas ses décisions arboricoles uniquement sur la production de pollen, mais n’a pas précisé si c’était bel et bien un critère ou une considération à Vancouver.

Le fait de réfléchir aux effets de la foresterie urbaine sur les allergies de la population des villes est très récent, fait remarquer Rita Silva.

De plus, un manque de données fiables sur la quantité et le type de pollen qu’on retrouve dans les villes n’aide pas, dit-elle. La scientifique mène d’ailleurs un projet de recherche à Montréal qui vise à mieux quantifier, par quartiers, les allergènes dans l’air.

Impact sur la santé et l’économie

Il faut absolument prendre en compte la santé humaine dans ces décisions liées à l’urbanisme, soutient Cecilia Sierra Heredia, pour ne pas risquer de créer des problèmes de santé publique, mais aussi de productivité.

Si les allergies sont pour plusieurs très incommodantes, mais gérables, pour d'autres, elles sont beaucoup plus handicapantes et peuvent même les obliger à recourir à une assistance médicale.

Et c’est sans compter l’impact sur la productivité au travail ou à l’école, ajoute Mme Sierra Heredia. Elle explique qu'il n'est pas rare que les personnes atteintes ressentent de la fatigue, parfois exacerbée par la prise de médicaments, et certains doivent s'absenter lorsque les symptômes deviennent insupportables. Mieux on prend soin de ce problème, mieux notre société s’en portera, conclut-elle.

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