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Ouri et Helena Deland : Hildegard ou le pouvoir de l’expérimentation

Deux femmes se tiennent sous ce qui semble être un pédalo renversé.

La productrice et multi-instrumentiste Ouri (à gauche) et la chanteuse Helena Deland (à droite) forment le duo éclectique Hildegard, qui lance aujourd'hui son premier album.

Photo : Page Facebook d'Hildegard

Charles Rioux

Les trajectoires musicales d’Ouri et d'Helena Deland se croisent le temps d’un album lancé sous le titre Hildegard, un opus qui nous offre huit pièces aux rythmes et aux arrangements audacieux, déstabilisants et intrigants.

La première est une multi-instrumentiste et productrice d’origine française qui baigne dans l’électro depuis plusieurs années. La deuxième est l’une des nouvelles coqueluches du indie rock et du folk montréalais. Si Ouri et Helena Deland se connaissent depuis un bout de temps, il n’y a pas grand-chose dans leur musique respective qui, à première vue, laissait présager qu’elles collaboreraient un jour.

C’est à l’invitation de leurs gérants – qui travaillaient tous deux dans le même bureau – que les deux femmes se sont attelées, en 2018, à la création de chansons pour une nouvelle expérimentation musicale.

« On faisait partie du même groupe d’amis, on gravitait autour d’un noyau. Et finalement, nos managers nous ont suggéré de faire des sessions ensemble. Cinq ans [après s’être rencontrées], et on s’est retrouvées ensemble », explique Ouri en retraçant les origines de cette collaboration. Malgré leurs carrières jusqu’ici assez différentes, l’affinité musicale entre les deux femmes s’est vite confirmée.

On a juste échangé de la musique et l'on s’est rendu compte qu’on avait quand même des goûts compatibles, donc c’était une découverte excitante, affirme Ouri. Que ce soit de l’électro, du hip-hop ou de l’indie rock, le ping-pong d’influences entre les deux artistes a donné lieu à une production éclectique qui ne s’embarrasse pas des étiquettes traditionnelles.

Se donner carte blanche en studio

Huit jours en studio, huit chansons, qui portent simplement pour titre le nom de leur journée de création (Jour 1, Jour 2, etc.) : voilà la formule adoptée par les deux artistes pour la création de leur premier album homonyme. Elles ont entamé chaque journée de création en se donnant carte blanche, sans rien avoir pensé au préalable, laissant libre cours à leur imagination.

C’était beaucoup d’appels et de réponses. Quelqu’un était sur le Sub Phatty [un synthétiseur analogique de Moog] et faisait une ligne de basse. [L’autre] faisait une ligne plus mélodique sur un autre instrument, puis on se renvoyait la balle, explique Helena. Un processus créatif qui laisse place à la pureté de l’instantanéité, selon elle.

Pas question, non plus, de s’attribuer des tâches en avance : sur l’album, tout le monde joue de tout. On changeait de place tout le temps. C’est pourquoi ça a été aussi facile de créer quelque chose de différent de nos projets respectifs, affirme Ouri.

Et surtout, il n'y a eu aucune intervention de l’extérieur, à l’exception du père d’Helena, qui est venu en studio enregistrer de la flûte sur le titre Jour 5. C’était insulaire, on a vraiment été super protectrices, avoue Helena. C’est Ouri elle-même qui s’est chargée du mixage et le matriçage (mastering) de l’album.

Autre particularité de l’album : même si les chansons ont une sonorité électro, elles ne contiennent aucun instrument virtuel, ce qu’on appelle communément des instruments de VST (Virtual Studio Technology) ou des plug-ins en production musicale.

On avait des synthétiseurs électroniques, des synthétiseurs analogiques, des instruments acoustiques, mais pas de VST, explique Ouri. On entend également sur l’album du violoncelle, de la flûte traversière et de la harpe, un des instruments de prédilection d’Ouri.

Hildegarde de Bingen et les Chants de l’extase

Le nom adopté par le duo, Hildegard, est venu d’un cours d’écriture médiévale et de contrepoint qu’avait suivi Ouri à l’Université Concordia. Il fait référence à Hildegarde de Bingen, une religieuse bénédictine née en 1098 qui, en plus de ses travaux en médecine, a composé plus de 70 chants liturgiques, hymnes et séquences.

J’avais trouvé ses Chants de l’extase, que je trouvais absolument fantastiques. Tout était absolument édifiant, positif et grandiose, et je me suis rendu compte que c’était Hildegarde qui les avait écrits. Je les ai montrés à Helena, et on a commencé à découvrir la figure multiple qu’était Hildegarde et qui avait traversé les siècles, explique Ouri.

La beauté de l’improvisation

Avec Hildegard, Ouri et Helena Deland ont voulu aborder la création musicale d’une autre manière, loin des attentes et des contraintes de leurs carrières respectives. L’album qu’elles ont conçu n’est parti d’aucune intention manifeste et n’avait pas l’ambition de plaire à un public en particulier. Le résultat témoigne de toute la beauté de l’improvisation.

Ça a de la valeur, dans une époque où la musique est souvent réfléchie en fonction de la manière dont elle est consommée, sur les plateformes de streaming et tout ça. C’est intéressant de mettre l’accent sur le fait qu’il y a une certaine pureté dans l’instantanéité du processus, conclut Helena Deland.

Hildegard a quelques dates de concert prévues pour cet été, mais le duo souhaite attendre un peu pour se lancer dans une tournée en bonne et due forme. Le tout dépendra grandement de l’évolution de la pandémie.

Helena devrait également partir en tournée pour faire la promotion de son premier album, Someone New, lancé à l’automne 2020. Ouri, quant à elle, est déjà bien avancée dans la production de son deuxième album, qui fera suite à Superficial (2017) et au microalbum We Share Our Blood (2018).

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