•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Rio Tinto a de l'argent pour investir dans la région, clament les syndicats

Un panneau indique où se trouve l'entrée de l'aluminerie Rio Tinto, à Arvida.

Le Complexe Jonquière de Rio Tinto à Arvida

Photo : Radio-Canada / Titouan Bussiere

Gilles Munger

Le prix de l'aluminium est à un niveau atteint seulement une fois en dix ans, si bien que Rio Tinto réaliserait des profits de près de 2000 dollars américains la tonne, estiment les syndicats et un consultant régional.

L'aluminium se vend autour de 2450 dollars américains la tonne ces derniers jours, presque 1000 $ de plus qu'à pareille date l'an dernier, selon les données du London Metal Exchange. Il faut remonter à l'été 2018 pour retrouver un prix aussi élevé pendant une courte période. Plus loin dans le temps, un pareil prix se payait en 2011.

Pour Marc-Antoine Dumont, économiste chez Desjardins, il s'agit actuellement d'une période prospère dans le secteur de l'aluminium. C'est un métal de plus en plus convoité dans les procédés de fabrication. C'est ça qui vient beaucoup aider sa demande. Puis, au niveau conjoncturel, la relance industrielle et aussi les gros projets en infrastructures, principalement en Chine, ont donné un sérieux coup à la demande, a analysé celui qui se spécialise dans les ressources naturelles

L'expert a indiqué aussi que la capacité de production mondiale a été réduite ces derniers mois, notamment en Chine. Là-bas, ils ont simplement fermé des alumineries pour des raisons environnementales. Puis, on voit ces alumineries rouvrir parce que la demande est très élevée, a-t-il poursuivi.

L'économiste constate aussi que les inventaires d'aluminium ont chuté depuis cinq ans. Il était alors question de quatre millions de tonnes de réserve mondiale alors que cet inventaire se situe actuellement à 1,7 million de tonnes. Marc-Antoine Dumont n'est toutefois pas en mesure d'indiquer si la demande a réellement dépassé l'offre à long terme ou s'il s'agit simplement d'un effet causé par la pandémie de COVID-19. C'est encore trop tôt pour dire si c'est vraiment structurel ou si on a juste des perturbations de courte durée sur le marché, a-t-il mentionné.

Des alumineries très rentables

Selon le consultant Roger Boivin, président du Groupe Performance stratégique, Rio Tinto vend son aluminium encore plus cher que le prix du LME.

Il évalue qu'une tonne de métal gris sortant des usines de la région se vend actuellement au-delà de 3100 dollars américains en raison de la prime dite du Midwest et de la valeur des alliages.

Les coûts de production des alumineries de la région seraient nettement en bas de 1400 dollars la tonne, ce qui en ferait les alumineries les plus rentables au monde. Ce sont ces deux montants qui permettent d'évaluer un profit avoisinant les 2000 $ la tonne.

Le dernier rapport aux investisseurs de Rio Tinto, à Londres, soutient clairement que les meilleures alumineries du monde sont ici au Saguenay-Lac-Saint-Jean et à Kitimat (en Colombie-Britannique), a noté Roger Boivin.

L'aluminerie Rio Tinto à Arvida laisse échapper d'importantes volutes de fumée.

Selon le consultant Roger Boivin, président du Groupe Performance stratégique, Rio Tinto vend son aluminium encore plus cher que le prix du London Metal Exchange.

Photo : Radio-Canada / Titouan Bussiere

Un bénéfice de deux milliards de dollars

Sans vouloir accorder d'entrevue, Rio Tinto renvoie à son rapport annuel de l'an dernier pour résumer l'état actuel du marché. Alors même que les ventes d'aluminium avaient chuté de 3 % en raison de la pandémie, l'entreprise avait enregistré un bénéfice d'exploitation de 26 %, soit 2,15 milliards de dollars, comme le rapportait Radio-Canada en février dernier.

L'aluminium de Rio s'était alors vendu en moyenne 1946 dollars la tonne en incluant les primes, soit plus de 1000 $ en bas du prix actuel du marché.

La relance des grands projets

Pour les syndicats des alumineries du Saguenay-Lac-Saint-Jean, il est clair que l'occasion est idéale pour relancer les grands projets comme la seconde phase de l'aluminerie d'Alma et l'usine pilote AP-60 d'Arvida. On pense que là, à l'heure actuelle, c'est vraiment le temps d'investir précise Sylvain Maltais, président du Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma, affilié aux Métallos.

Le fer est à des sommets historiques, l'aluminium, on approche des sommets historiques, le cuivre, c'est la même chose aussi. Tout est au vert partout, a-t-il énuméré en faisant références aux autres secteurs d'activité de la multinationale.

Sylvain Maltais précise que de tels investissements permettraient d'augmenter la capacité de 175 000 tonnes par année et de compenser les pertes d'emplois prévisibles avec l'arrivée de la technologie Elysis. Environ 175 000 tonnes annuellement, ça représente quoi? Ça représente deux machines de coulée à l'usine d'Alma fort probablement de plus. Puis, c'est là qu'on va venir chercher des emplois de compensation, a calculé le président syndical.

Un homme se trouve devant un cours d'eau.

Sylvain Maltais, président du Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma

Photo : Radio-Canada / Jean-François Coulombe

À ses yeux, Rio Tinto est redevable moralement en raison de l'entente signée avec le gouvernement du Québec, en juillet 2018, parce que l'entreprise n'a pas augmenté concrètement sa capacité de production dans la région. Cette entente se voulait une nouvelle mouture de l'accord signé en 2006 avec l'ancien propriétaire des alumineries, Alcan.

Au Syndicat national des employés de l'aluminium d'Arvida, le président Donat Pearson rappelle par ailleurs que la fermeture des vieilles cuves précuites est prévue en 2025 et que l'entreprise n'a rien annoncé quant à leur remplacement. Il serait temps, selon lui, que l'entreprise annonce la phase deux de l'usine AP-60 en faisant passer sa capacité de 63 000 tonnes à 200 000 tonnes par année. Oui, avec les prix, le marché est là, la demande est là. Ce n'est pas moi qui ai les cordons de la bourse, mais ce serait le temps qu'il y ait une annonce, a-t-il insisté.

Roger Boivin donne raison aux syndicats dans leurs demandes, d'autant plus que Rio Tinto vient d'enregistrer un bénéfice d'exploitation de 12 milliards de dollars, selon l'agence Reuters et que l'Amérique du Nord doit actuellement importer de l'aluminium de l'Asie. Les dirigeants de l'entreprise ont l'argent, ils ont l'occasion, ils ont l'énergie, ils ont le complexe intégré, ils ont la technologie. On est prêt à se mettre au travail, a-t-il plaidé.

Rio Tinto a investi un montant record

Pour sa part, Rio Tinto précise qu'en 2020, l'entreprise a investi environ 500 millions de dollars dans ses installations au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Par exemple, nous avons complété la réfection d’un premier four à cuisson des anodes à l’Usine Alma, dans le cadre d’un projet de 135 millions $ [...] Nous avons investi 160 millions dans le remplacement des vannes à la centrale Isle-Maligne, 70 millions de dollars pour la modernisation de l’Usine Vaudreuil et 11 millions de dollars pour accroître la capacité de recyclage à l’Usine Laterrière. En février 2021, nous avons aussi annoncé un autre investissement de 105 millions $ pour moderniser nos Installations portuaires de Port-Alfred, précise l'entreprise par courriel.

Avec des informations de Michel Gaudreau

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !