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Malnutrition, violence et exploitation : des générations d’horreurs répertoriées

Le rapport de la Commission de vérité et réconciliation donne un aperçu de la vie au pensionnat de Kamloops.

Une femme autochtone en habit traditionnel devant le Parlement à Ottawa.

Une cérémonie devant le Parlement à Ottawa en hommage aux enfants dont les restes ont été retrouvés à Kamloops.

Photo : Radio-Canada / Andrew Lee

Avec l’annonce de la découverte des restes d'environ 215 enfants sur le site d’un ancien pensionnat autochtone à Kamloops, en Colombie-Britannique, des générations d’horreurs se confirment.

Avertissement : Ce texte comporte des éléments choquants concernant les pensionnats autochtones. Si vous, ou quelqu'un que vous connaissez, souffrez d'un traumatisme en lisant ce contenu, appelez la ligne d'aide aux anciens des pensionnats autochtones, au 1 866 925-4419.

Ce qui m’a surpris, c’est que, même aujourd’hui, il faut qu’on en arrive à des faits sinistres de la sorte pour nous sortir de la torpeur, déclarait cette semaine l’historien Maurice Guibord au micro de l’émission de radio Boulevard du Pacifique, à Vancouver.

Déjà en 2015, le rapport de la Commission de vérité et réconciliation (Nouvelle fenêtre) témoignait des atrocités commises dans les pensionnats autochtones, où on cherchait à tuer l’indien dans l’enfant. Entre 1863 et 1996, au cours du régime des pensionnats autochtones – qualifié de véritable génocide culturel – 150 000 enfants et 10 générations ont transité par ces établissements.

Officiellement, la Commission y a signalé 3200 décès d'enfants, dont près du tiers d’entre eux n'ont pas été identifiés, mais les auteurs affirmaient qu’il était fort probable que ce nombre soit 5 à 10 fois plus élevé.

Une des histoires les plus fréquentes que nous avons entendues est celle de survivants à propos d’enfants qui sont morts dans ces écoles, rappelait d’ailleurs le président de la Commission, l’ex-sénateur Murray Sinclair, cette semaine.

Malgré leurs efforts, les commissaires n’ont pas réussi à accéder aux documents qui leur auraient permis de faire la lumière sur ces écoles.

Il est fort probable que les restes d'environ 215 enfants repérés à la suite des recherches effectuées par la Première Nation Tk’emlúps te Secwépemc ne fassent pas partie du décompte de la Commission.

Le quatrième volume du rapport final, intitulé Enfants disparus et lieux de sépulture non marqués, donne toutefois une idée de la vie de ces enfants une fois qu'ils ont été séparés de leurs parents.

Un édifice de trois étages comportant de multiples fenêtres.

L'édifice principal du pensionnat autochtone de Kamloops en 1970, après sa conversion en école de jour.

Photo : Radio-Canada / Bibliothèque et Archives Canada

Accidents, fugues et maladies

Dans le rapport, les bâtiments abritant les enfants autochtones sont décrits comme étant peu solides et mal entretenus et représentant des pièges en cas d’incendie. Le pensionnat de Kamloops ne fait pas exception, ayant été la proie des flammes en 1925.

Deux ans plus tard, en 1927, les inspecteurs du gouvernement dénonçaient la piètre construction, qui a mené au développement d’une multitude d’infections, de rhumes, de bronchites et de pneumonies au cours de l’hiver précédent.

La vie, dans ce pensionnat géré par les Oblats de Marie Immaculée et les sœurs de Sainte-Anne, prend des airs d’un roman de Charles Dickens.

Les congrégations religieuses étaient laissées à elles-mêmes pour faire fonctionner les pensionnats. C’est ce qui explique que, durant la moitié de la journée, les enfants étaient mis au travail forcé dans les champs, les granges et les blanchisseries de l’établissement, raconte l’historien Maurice Guibord. Il faut imaginer l’ampleur de leur travail quotidien.

Des centaines d'élèves en rangées devant le pensionnat de Kamloops.

Le pensionnat autochtone de Kamloops à une date indéterminée.

Photo : Inconnu

À Kamloops, un seul décès est explicitement signalé par la Commission de vérité et réconciliation, celui d’une pensionnaire, Christina Jacob, en 1962, lorsqu’un avion piloté par un employé du pensionnat s’est écrasé près de l’établissement.

La tuberculose, prévalente au sein des populations autochtones de l’ouest du Canada au début du XXe siècle, semble toutefois avoir été la cause la plus importante de mortalité.

À l'époque, 3,7 % de la population britanno-colombienne était formée d'Autochones, mais ceux-ci comptaient pour 34 % des décès dus à la tuberculose.

Le rapport fait aussi état de dizaines d’enfants ayant trouvé la mort en tentant de s’enfuir de pensionnats. Or, la Commission de vérité et réconciliation du Canada n’a trouvé aucun document ni circulaire de politique énonçant les procédures qui devraient être suivies lorsqu’un élève fait une fugue.

Bannière-image du dossier.

Discipline allant jusqu’au sadisme

Le rapport de la Commission signale aussi des mesures disciplinaires qui semblent avoir frisé le sadisme. Dès 1920, en Colombie-Britannique, des agents des Indiens prennent connaissance et dénoncent ces allégations de sévices et de brutalité, qui se poursuivent pendant des décennies.

Dans les années 1960, le père Allan Noonan, un missionnaire oblat décédé en 2013, préconise un traitement particulier pour les adolescents refusant de s’excuser après une bataille.

À titre de directeur du pensionnat de Kamloops, il suggère : Mettez-les dans le ring avec des gants et surveillez un match de boxe jusqu’à ce que les deux garçons soient trop fatigués pour encore s’en faire. C’est également un bon remède pour une brute — laissez cinq petits gars portant des gants lui faire faire le tour du ring. La brute se fatiguera, surtout si elle doit boxer à genoux.

En 1969, le pensionnat passe aux mains du gouvernement fédéral, qui l'a géré comme école de jour jusqu’en 1979. Depuis, le bâtiment du pensionnat a été converti en centre culturel.

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