•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Grippe et COVID : quels sont les risques d’une co-infection?

Gros plan sur l'injection d'un vaccin dans un bras par une personne aux mains gantées.

Faudra-t-il réfléchir à l'ordre dans lequel on offrira les vaccins contre la grippe et la COVID-19, si cette dernière revient de manière saisonnière?

Photo : Reuters / Fabrizio Bensch

Très discrète depuis plus d’un an, l’influenza va sans doute regagner du terrain à l’automne, selon des experts. Dès lors, comment la grippe va-t-elle interagir avec la COVID-19? Quels risques y aurait-il à contracter les deux maladies? Des chercheurs tentent de le prédire.

Contracter simultanément plus d’une maladie respiratoire est loin d’être impossible. On sait que les co-infections sont assez fréquentes, explique Rodica Gilca, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Selon la Dre Gilca, jusqu’à 15 % des patients hospitalisés pour des virus respiratoires au Québec sont atteints d’une infection multiple, qui peut entraîner des complications. Or, on en sait très peu sur les conséquences possibles d’attraper à la fois la COVID-19 et l’influenza.

Il faut néanmoins se préparer à cette éventualité, dit-elle, en raison des assouplissements des mesures sanitaires qui vont survenir dans les prochains mois. Les contacts sociaux vont augmenter et la grippe, entre autres, risque d’en bénéficier.

Étant donné que la population n'a pas rencontré ces virus depuis plusieurs mois, c'est une niche écologique, qui est ouverte. On craint effectivement que l'influenza et les autres virus à l'automne vont recommencer à circuler dans la population.

Une citation de :Dre Rodica Gilca, médecin-conseil à l'Institut national de santé publique du Québec

Premiers indices

Dans son laboratoire du Centre de recherche du CHU de Québec, le microbiologiste et infectiologue Guy Boivin étudie depuis quelques mois les interactions entre le virus qui cause la COVID-19 (SRAS-CoV-2) et une souche d’influenza (H1N1).

On voulait voir si un virus qui se multiplie avec une bonne charge virale [...] pouvait avoir un effet sur un autre virus, donc interférer avec la réplication d’un deuxième virus.

Pour ce faire, il a infecté des cellules nasales et bronchiques humaines d’abord avec le virus H1N1, puis ensuite avec le SRAS-CoV-2. Il a aussi fait l’inverse, soit infecter les cellules avec le SRAS-CoV-2 en premier, puis avec le virus H1N1 en deuxième.

Bien que préliminaires, les résultats obtenus jusqu’ici sont spectaculaires, selon le Dr Boivin : contracter la grippe en premier semble empêcher la COVID-19 de se développer.

Le virus influenza va presque bloquer complètement la multiplication du virus de la COVID-19.

Une citation de :Dr Guy Boivin, microbiologiste et infectiologue au CHU de Québec
Dr Guy Boivin, microbiologiste et infectiologue au CHU de Québec.

Dr Guy Boivin, microbiologiste et infectiologue au CHU de Québec.

Photo : Radio-Canada

Le virus H1N1 semble en effet sécréter de l’interféron, une molécule antivirale qui inhibe la multiplication d’un autre virus, pendant une période de quelques jours.

L’inverse n’est toutefois pas vrai. Quand on commence avec une infection avec le virus de la COVID-19, suivi d’une infection au virus H1N1, le virus de la COVID-19 n’interfère pas avec la réplication du virus de la grippe, indique le Dr Boivin.

Dans quel ordre vacciner?

Sur la base de ces résultats, le Dr Boivin se permet d’extrapoler sur ce qui pourrait arriver, dans les prochaines années, si la COVID-19 devient un virus saisonnier au même titre que l’influenza.

Si on commence la saison par une grosse épidémie de grippe, on s’attend à ce qu’il y ait peu de dommages causés par la COVID-19. Par contre, si on commence avec une bonne épidémie de COVID-19, là, ça n’empêchera pas la venue d’une épidémie de grippe en même temps, illustre-t-il.

À ce moment-là, on pourrait avoir des gens infectés par les deux virus, avec des conséquences beaucoup plus dramatiques.

Une citation de :Dr Guy Boivin, microbiologiste et infectiologue au CHU de Québec

Tout en demeurant prudent, il réfléchit à ce qui serait alors la meilleure stratégie pour protéger la population contre les deux maladies à la fois.

Ça pourrait être plausible de dire qu’il faudrait faire vacciner contre la COVID-19 en premier, suivi de l’influenza dans un deuxième temps.

Des limites

Les travaux du Dr Boivin ont toutefois leurs limites. En n’utilisant que le virus H1N1, il est impossible de savoir comment les autres souches de la grippe interagissent avec le virus qui cause la COVID-19.

Chaque saison, ce n'est pas juste le H1N1 qui circule, mais aussi le H3N2 et le virus de l'influenza B. À ma connaissance, je n'ai pas encore vu de résultats d'interaction entre ces autres sous-types d'influenza et avec le SRAS-CoV-2, analyse Rodica Gilca.

Les travaux du Dr Boivin ne tiennent pas compte non plus d’autres virus respiratoires, qui ne sont ni la grippe ni la COVID, qui sont pourtant bien présents et qui pourraient aussi interagir avec le SRAS-CoV-2.

Enfin, les travaux ont été menés sur des cellules vierges, qui n’avaient jamais été exposées au virus H1N1 ou au SRAS-CoV-2. Cela signifie que l’immunité acquise grâce aux anticorps ne fait pas partie des variables étudiées.

Une fois ces limites énoncées, l’INSPQ juge tout de même les résultats du Dr Boivin très intéressants, surtout considérant le peu de données disponibles sur ce sujet pourtant fondamental.

Ça nous fournit des éléments additionnels qui peuvent aider à la prise de décision.

Une citation de :Dre Rodica Gilca, médecin-conseil à l'Institut national de santé publique du Québec

La Dre Rodica Gilca croit cependant que les mesures sanitaires auxquelles les gens se sont habitués durant la pandémie, que ce soit le lavage des mains ou le port du masque, contribueront à mieux lutter contre la grippe dans les années à venir.

Notre façon de vivre notre vie au quotidien peut prévenir pas juste le SRAS-CoV-2, mais aussi d'autres virus [...] Ça pourrait nous aider à combattre cette possibilité des infections mixtes dont la sévérité est encore inconnue à ce moment.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !