•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un Gatinois hospitalisé pour une encéphalite après sa première dose d'AstraZeneca

Donald Poirier.

Le Gatinois Donald Poirier a été hospitalisé plusieurs semaines à l'Institut-hôpital neurologique de Montréal, puis à l'Hôpital de Hull.

Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Après avoir reçu sa première dose du vaccin d'AstraZeneca au printemps, Donald Poirier a vécu l’enfer, passant plus d’un mois à l’hôpital en raison d’une encéphalite. Même si les médecins soupçonnent une réaction grave au vaccin, le Gatinois continue de croire qu’il a pris la bonne décision.

M. Poirier s’est fait vacciner contre la COVID-19 le 9 avril dernier. Dès que son groupe d’âge a été admissible, il s’est précipité au centre de vaccination. J’y suis allé volontairement, avec beaucoup d’entrain, pour pouvoir passer à autre chose, affirme-t-il. Il connaissait les risques de thrombose, mais faisait confiance à la science et aux décideurs.

Neuf jours après avoir reçu sa première dose, il s’est toutefois retrouvé à l’hôpital dans un état léthargique. Il ne parlait plus, il n’était plus capable de s’habiller lui-même. Il était très confus, explique sa conjointe, Sylvie Bergeron.

Les médecins ont diagnostiqué chez lui une encéphalite auto-immune, une inflammation du cerveau créée par son propre système immunitaire.

Je n'avais aucune idée de ce qui m’arrivait. Les mots que j’ai répétés le plus souvent, c’est : "Je ne comprends pas..."

Une citation de :Donald Poirier

Mme Bergeron a passé les dernières semaines, inquiète, au chevet de son conjoint. Elle se souvient très bien des explications des neurologues quant aux causes possibles de l’encéphalite auto-immune. Ça peut être un caillot, ça peut être une tumeur, ça peut être des convulsions épileptiques ou des choses comme ça, énumère-t-elle. Tous les tests se sont révélés négatifs.

Puisqu'ils ont écarté toutes les autres causes, les médecins qui ont traité Donald Poirier soupçonnent une grave réaction au vaccin d’AstraZeneca. Un formulaire de Déclaration de manifestations cliniques inhabituelles après une vaccination, que Radio-Canada a pu consulter, doit d’ailleurs être acheminé à la Direction de la santé publique du Québec.

Donald Poirier hospitalisé.

Donald Poirier a subi des manifestations cliniques inhabituelles après avoir reçu le vaccin d'AstraZeneca.

Photo : Courtoisie

Une hospitalisation éprouvante

M. Poirier a passé plusieurs semaines à l'Institut-hôpital neurologique de Montréal. Les trois premières semaines, je vous dirais que c’était la confusion totale. Il ne savait pas son nom, il ne savait plus manger, il ne savait plus rien, précise Sylvie Bergeron avec émotion.

Ce n’est que lors de son transfert à l’Hôpital de Hull que le quinquagénaire a commencé à reprendre conscience. Le 5 mai, j’ai commencé à savoir que j’existais, parce qu’auparavant, j’avais des flashs de quelques images, mais c’était très vague, explique-t-il.

Le Gatinois a eu très peur à certains moments. Il dit s’être senti possédé par le démon, avoir ressenti un mal de vivre inexplicable.

Puisque Donald Poirier se souvient très peu de cet épisode traumatique, c’est surtout sa conjointe qui a vécu un véritable cauchemar dans les dernières semaines.

Sylvie Bergeron.

La conjointe de Donald Poirier, Sylvie Bergeron

Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Ç’a été énormément d’inquiétudes… Ce n’est pas une thrombose, ce n’est pas un décès, mais une encéphalite, ce n’est pas rien... Ça change une vie.

Une citation de :Sylvie Bergeron

Donald Poirier a dû subir plusieurs interventions inefficaces avant de prendre du mieux grâce à des traitements de plasmaphérèse. On a remplacé 20 litres de son plasma. Les traitements se sont terminés le 14 mai et Donald Poirier a enfin pu sortir de l’hôpital.

Des réactions méconnues

Bien que les risques de thrombose liés au vaccin d’AstraZeneca aient été fortement médiatisés dans les derniers mois, les autres réactions graves aux vaccins attirent moins l'attention. Un neuvième cas de thrombose a d’ailleurs été confirmé récemment au Québec.

Même si elle se considère comme une provaccin, Sylvie Bergeron se dit déçue de cette méconnaissance de certains risques associés à la vaccination. On n’en parle pas. En tout cas, moi, je n’en ai pas entendu parler du tout, du tout, indique-t-elle.

Toutefois, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) collige les statistiques au sujet des manifestations cliniques inhabituelles (MCI) liées à tous les vaccins contre la COVID-19. Les MCI comprennent notamment les réactions locales au site d'injection, les réactions allergiques et les manifestations neurologiques ou systémiques.

Les données les plus récentes montrent que 68 déclarations de MCI ont été faites au Québec pour chaque tranche de 100 000 doses administrées, tous vaccins confondus. Dans le cas d’AstraZeneca, cette proportion s’élève à 187 déclarations pour 100 000 doses.

En Outaouais, le Centre intégré de santé et de services sociaux rapporte 127 MCI sur un total de 267 000 doses administrées depuis décembre, dont 30 sont liées au vaccin d'AstraZeneca.

La grande majorité des MCI répertoriées par l'INSPQ pour l'ensemble du Québec sont considérées comme sans gravité.

Au Québec, la Loi sur la santé publique stipule que tout professionnel de la santé habilité à poser un diagnostic ou à évaluer l'état de santé d’une personne qui constate chez une personne qui a reçu un vaccin ou chez une personne de son entourage une manifestation clinique inhabituelle, temporellement associée à une vaccination, et qui soupçonne un lien entre le vaccin et cette manifestation clinique inhabituelle doit déclarer cette situation au directeur de santé publique du territoire dans les plus brefs délais. Toutefois, il n’est pas nécessaire de prouver l’existence d’une relation de cause à effet entre la vaccination et la manifestation. Le fait de présenter une déclaration n’implique pas l’existence d’une telle relation.

Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec, lors d'une entrevue à son bureau.

Gaston De Serres est médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec.

Photo : Radio-Canada

Le médecin-épidémiologiste à l'INSPQ, Gaston De Serres, estime qu'il pourrait être difficile, dans un cas isolé d’encéphalite auto-immune, de conclure que celle-ci a été causée par le vaccin.

Il faut qu’on fasse des études épidémiologiques où on va comparer la fréquence de ces maladies-là chez les vaccinés et chez les non-vaccinés.

Une citation de :Le Dr Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l'INSPQ

Le Dr De Serres n’exclut pas pour autant que l’encéphalite de Donald Poirier ait pu être causée par le vaccin, mais dans plusieurs cas, c’est impossible de déterminer la cause exacte, selon lui. Il y a [des encéphalites] où on fait l’ensemble des tests, même en dehors d’un contexte de vaccination, pour lesquelles on ne trouve pas de maladie spécifique qui ont amené ce problème-là, explique le médecin.

Un avenir incertain

Donald Poirier entame une convalescence qui pourrait durer plusieurs mois. Il se sent beaucoup mieux, mais devra faire l'objet d'un suivi médical neurologique. Le Gatinois ne sait pas ce qui l’attend pour la suite, pas même s’il devra recevoir une deuxième dose de vaccin contre la COVID-19. Il doit consulter sa neurologue à ce sujet prochainement.

Le vaccin, je n’ai rien contre. Si on me suggère de ne pas prendre la deuxième dose, je ne la prendrai pas, mais si on me suggère de la prendre, je la prendrai…

Une citation de :Donald Poirier

Sa conjointe, elle, demeure méfiante. Donald avait un dossier médical vierge; maintenant, il est loin d’être vierge. [...] Il y a des risques de récidive, il y a des risques d’épilepsie, il y a toutes sortes de choses qui peuvent arriver. On ne le sait pas, s’inquiète-t-elle.

M. Poirier admet qu’il aura certainement des craintes s’il doit recevoir une deuxième dose du vaccin d’AstraZeneca. Malgré ce qu’il a vécu, il continue de faire confiance à la science.

Avec les informations de Daniel Boily

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !