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La chèvre & le chou : petit marché, grand succès

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La vagabonde cap st ignace

Photo : Radio-Canada / Hans David Campbell

Au bord du gouffre avant la pandémie, le marché virtuel des MRC de Montmagny et de L’Islet a vu ses ventes augmenter de 583 % en un peu plus d’un an. Si l’engouement pour l’achat local et la crainte des contacts humains pendant la crise sanitaire sont en partie en cause, un plan de restructuration lancé en 2019 a aussi permis d’attirer producteurs et consommateurs dans l’aventure.

Mercredi, 11 h. Les producteurs se succèdent pour livrer leurs marchandises dans le sous-sol du presbytère de l’église de Cap-Saint-Ignace. Après avoir vagabondé d’un lieu à l’autre, faute d’espace assez grand pour l’accueillir, le marché La chèvre & le chou, anciennement appelé L’Islet-sur-Terre, a finalement posé ses pénates en juillet 2020.

Légumes, fromage, tofu, viande, café, savons : il est possible de faire une épicerie complète de produits locaux sur le site Internet du marché. C’est ce que fait Léonie Brouillette depuis un an. Ma facture à l'épicerie et mes déplacements ont beaucoup réduit, je fais pratiquement tous mes achats sur La chèvre & le chou, dit-elle.

On a accès à différents produits locaux, donc on se sent proche des producteurs.

Une citation de :Léonie Brouillette, cliente du marché

Plus de 200 clients font comme elle et achètent leurs victuailles par l'entremise du marché.

Maxime Laplante remet une commande de nourriture à une cliente du marché virtuel La chèvre & le chou.

Une cliente vient chercher sa commande dans le sous-sol du presbytère de L'Islet.

Photo : Radio-Canada / Marie Maude Pontbriand

La livraison se fait toutes les deux semaines dans neuf différents points de chute répartis sur le territoire. Nouveauté, cette semaine : les habitants de L'Isle-aux-Grues peuvent aller chercher leur commande à l’aéroport insulaire.

Avec la pandémie s'est ajouté aussi le prêt-à-manger. Une façon d’encourager les restaurateurs cuisinant avec des ingrédients locaux qui ont dû fermer leurs salles à manger pendant une partie de la crise sanitaire.

Si le poisson ne figure pas parmi l’offre du marché, ce n’est qu’une question de temps, assure le coordonnateur Maxime Laplante.

Plan de restructuration

Tenu à bout de bras par quelques bénévoles, L'Islet-sur-Terre était sur le point de s’éteindre quand les MRC ont décidé de lui donner amour et argent.

Un peu plus de 200 000 $ en subventions ont été injectés dans la restructuration du marché, rebaptisé La chèvre & le chou, pour le rendre plus inclusif. Quelque 25 000 $ ont été utilisés pour la refonte du site Internet afin de le rendre plus convivial pour les clients, les producteurs et l’administration.

Résultat : de 37 000 $ de ventes en 2019, le marché est passé à plus de 250 000 $ en 2020.

Maxime Laplante pose devant le camion réfrigéré du marché La chèvre & le chou.

Maxime Laplante est agent de développement à la MRC de Montmagny.

Photo : Radio-Canada / Marie Maude Pontbriand

Pas encore rentable, La chèvre & le chou prélève des frais de gestion de 15 % sur chaque facture dans le but de ne pas dépendre indéfiniment des subventions gouvernementales. La plupart des producteurs ont choisi de réduire leurs prix pour ne pas refiler la dépense aux consommateurs.

Convaincre des producteurs

Maxime Laplante a trimé dur pour attirer des producteurs dans le marché vivotant.

Il y a un an de ça, j'allais supplier les producteurs d'être sur le marché avec nous [...] et puis, depuis déjà plusieurs mois, je suis débordé d'appels de producteurs qui veulent rentrer sur le marché.

Une citation de :Maxime Laplante, coordonnateur du marché La chèvre & le chou

Ils sont maintenant 43 à vendre quelque 1300 produits.

Parmi eux, Catherine Lapointe, qui élève seule un petit troupeau de chèvres, à Montmagny. Celle qui se surnomme elle-même Caprine, tant elle aime ses bêtes, a démarré sa fromagerie en pleine pandémie. Le marché lui a permis de mettre ses produits en vente et de les faire connaître aux gens de la région, à une époque où les acheteurs directement à la ferme étaient plutôt rares.

Catherine Lapointe entourée de ses chèvres.

Catherine Lapointe a lancé sa fromagerie en pleine pandémie.

Photo : Radio-Canada / Hans David Campbell

Ce qui est intéressant au niveau de La chèvre & le chou, c'est qu'on sait quel client reprend les produits, on voit une régularité qui s'établit, on sent une appréciation de la part du client alors que, quand on dépose dans les épiceries, on ne sait jamais qui goûte et qui en reprend, constate-t-elle.

L’artisane savonnière Élisabeth Beaulieu Lamoureux vend entre 10 et 15 % de ses produits grâce au marché virtuel. En attendant d’avoir sa propre boutique, elle estime que La chèvre & le chou lui permet de se faire connaître au-delà de sa municipalité.

La ferme Vallée des prairies vendait ses produits au marché avant la restructuration. C'était des petites ventes avant la pandémie. On se demandait si ça valait la peine de continuer, explique sa propriétaire Francine Pomerleau. L’emballage et la livraison des produits représentaient trop de travail pour les faibles ventes enregistrées au marché L’Islet-sur-Terre. Ses ventes ayant triplé dans la dernière année, elle a décidé de rester.

Acheter local ou manger local

Maraîchère à Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud depuis plus de 30 ans, Mme Pomerleau vend environ 1 % de ses 75 000 livres de carottes et autres légumes au marché virtuel. Elle écoule la majorité de ses produits à l’extérieur de sa région, ils parcourent jusqu'à 300 kilomètres.

Francine Pomerleau conduit un tracteur.

Francine Pomerleau cultive des légumes depuis l'âge de 12 ans.

Photo : Radio-Canada

Je ne suis pas fière de ça, précise-t-elle. À une époque où bon nombre de gens d’affaires se targuent de percer les marchés à l’extérieur de leur région, Mme Pomerleau, elle, s’inquiète plutôt des gaz à effet de serre générés par le transport de ses produits.

Depuis que je fais de l'agriculture, mon rêve, c'est de vendre local.

Une citation de :Francine Pomerleau, propriétaire de la ferme Vallée des prairies

Elle souligne la nuance entre acheter local et se nourrir localement. Les gens sont nombreux à acheter localement quelques fois par année, mais rares à se nourrir localement, dit-elle.

Pour elle, se nourrir localement, c’est se procurer la majorité de ses aliments à une trentaine de kilomètres de chez soi. Personnellement, elle y arrive à 80 %, mais professionnellement, ce sont moins de 5 % de ses légumes qui sont consommés près de chez elle.

Si elle a constaté un engouement pour l’achat local au début de la pandémie, elle se désole de voir qu’il s’estompe déjà. Peut-être que ça ne se réalisera jamais mon rêve de vendre local, se désole-t-elle.

Le coordonnateur du marché, lui, reste plus optimiste. Il souligne que certains producteurs lui ont récemment mentionné avoir réduit leurs ventes à l’extérieur de la région pour pouvoir mieux répondre à la demande locale.

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