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Une vague de dénonciation de sexisme secoue l'industrie de la bière artisanale

La consultante en bière Jake Clark.

La consultante en bière Jake Clark a publié une liste d’incidents troublants qui ont eu lieu dans le cadre de son travail.

Photo : Radio-Canada / Madeline Green

Radio-Canada

Une vague de dénonciations de cas de misogynie et de violences sexuelles bouleverse l’industrie de la bière artisanale. Partout au Canada, des femmes qui travaillent dans ce secteur témoignent du sexisme auquel elles font face au quotidien.

Dans une publication sur Instagram, la consultante en bière britanno-colombienne Jake Clark a publié une liste d’incidents troublants qui ont eu lieu dans le cadre de son travail.

Si, depuis lors, de nombreuses femmes ont communiqué avec elle pour témoigner d’histoires semblables, elle a également reçu son lot de messages violents et menaçants.

Travaillant dans l’industrie hôtelière depuis l’adolescence, Jake Clark, âgée de 38 ans, a entendu bien des commentaires sexistes et des blagues gênantes. Pourtant, la dénonciation a toujours été difficile, selon elle.

Soit on n'est plus invitée à participer aux discussions, soit on se fait dire de se taire ou qu'on devrait en rire.

On remarque très rapidement que, étant une femme, surtout dans la bière, on doit en savoir 10 fois plus que tout le monde.

Une citation de :Jake Clark, consultante en bière

Les femmes ne sont pas considérées comme étant égales à leurs collègues masculins dans cette industrie, déplore pour sa part Julia Hanlon, brasseuse en chef de Steamworks Brewing Company, à Burnaby.

La brasseuse Julia Hanlon.

La brasseuse Julia Hanlon a remporté plusieurs prix au cours de ses 16 ans de carrière.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Celle qui a remporté de nombreux prix s’estime chanceuse d’avoir été traitée équitablement par ses employeurs. Or, lors de conférences ou de festivals organisés par l’industrie, elle doit souvent expliquer qu'elle est brasseuse en chef plutôt qu'assistante.

Je pense que nous sommes arrivés à un point où nous demandons : pourquoi est-ce ainsi?

Manque de diversité

Le sexisme dans le monde de la bière artisanale découle en partie de son succès rapide, croit Jake Clark. Le nombre de brasseries à travers le pays a presque doublé pour atteindre 1210 au cours des cinq dernières années, selon l'association de l'industrie Beer Canada.

En Colombie-Britannique, les brasseries artisanales emploient 4500 personnes et ont généré 319 millions de dollars de revenus en 2020, indique la guilde provinciale.

En tant que consultante, Jake Clark a vu bien des petites brasseries empressées de se développer afin de répondre à la demande. Avec de nombreux propriétaires sans expérience dans la gestion de grandes équipes, le personnel est resté sans protection, selon elle.

Ils n’ont pas eu le temps de mettre en place une politique et des procédures, ou de réfléchir aux responsabilités de la gestion d'une entreprise, dit-elle.

Quatre verres de bière en palette de dégustation sur fond de coucher de soleil.

Les dirigeants de l'industrie reconnaissent qu'il y a un problème de sexisme dans leurs rangs.

Photo : iStock / BristolDen

Il y a un manque notable de diversité et de femmes dans le secteur de la bière artisanale, un phénomène aggravé par le fait que ces dernières peuvent quitter l’industrie lorsqu’elles ne se sentent pas soutenues.

Il n'existe pas encore de statistiques précises sur l'industrie canadienne, mais, aux États-Unis, une enquête menée par la Brewers Association en 2019 a révélé que seulement 7,5 % des personnes exerçant le métier de brasseur étaient des femmes.

La présidente de Pink Boots Canada, un organisme à but non lucratif qui vise à aider les femmes de l'industrie par le réseautage, l'éducation et les bourses, Natasha Peiskar s'engage à se battre comme un diable dans l'eau bénite pour apporter des changements dans l'industrie.

Assurons-nous aussi que nous ne laissons pas derrière nous les femmes de couleur, la communauté LGBTQ, les personnes non binaires, dit la brasseuse d'Establishment Brewing Company, à Calgary.

La reconnaissance du problème, un premier pas

Les dirigeants de l'industrie reconnaissent qu'il y a un problème.

En juin 2020, l'Association canadienne des brasseurs artisanaux (CCBA) a formé un comité d'inclusion, dont les groupes de discussion de l'industrie ont fait un constat. Toutes les formes de discrimination sont des problèmes importants au sein de notre industrie, a déclaré le président de la CCBA, Steve Beauchesne.

Au final, la responsabilité du changement incombe aux hommes, croit Jake Clark.

Que cela nous plaise ou non, les personnes qui occupent des postes de pouvoir et qui ont la capacité d'apporter de réels changements en ce moment sont les hommes hétérosexuels blancs, dit-elle. S’ils y mettent des efforts, le changement se produira beaucoup plus rapidement.

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