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Que signifient les acronymes BIPOC et PANDC?

BIPOC est un acronyme anglais né aux États-Unis qui gagne en popularité dans la lutte contre le racisme.

Sur le sol d'une route asphaltée, on peut lire en caractère majuscule multicolore : Bipoc lives matter, les vies napdc comptent.

Vue aérienne d'une peinture au sol sur la rue Elgin au centre-ville de Sudbury.

Photo :  Facebook - Black Lives Matter - Sudbury

Le concept de BIPOC fait référence aux Noirs, aux Autochtones et aux personnes de couleur. En anglais, d'où il tire son origine, l’acronyme BIPOC signifie « Black, indigenous and people of color ». Des francophones font usage de ce terme également employé par certains organismes francophones sur leur site Internet, voire dans des campagnes de communication.

Selon Boulou Ebanda de B'Béri, professeur au département de communication à l’Université d’Ottawa, si l’usage de ce mot paraît nouveau, ce n’est pas le cas pour les trois dernières lettres qui le composent. People of Colour était déjà dans le langage courant depuis des décennies. On l’entendait souvent, mais sans l’acronyme POC auquel on a ajouté le BI au début, ce qui donne un nouveau sigle, dit-il.

Boulou Ebanda de B'Béri en entrevue dans un quartier résidentiel.

Le professeur Boulou Ebanda de B'Béri est conseiller spécial sur l'antiracisme et excellence en matière d’inclusion à l’Université d’Ottawa.

Photo : Radio-Canada

Depuis le mois de février, le terme BIPOC et son équivalent en français PANDC personnes autochtones, noires et de couleur figurent même dans la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada ainsi que sur le site de l’Office québécois de la langue française.

Boulou Ebanda de B'Béri considère BIPOC comme plusieurs autres sigles qui ont émergé dans les sociétés occidentales pour créer des formations identitaires . Il cite le terme LGBTQ en exemple.

Rachel Décoste, consultante en diversité et immigration, pense que l’usage de l’acronyme BIPOC prend tout son sens.

Rachel Décoste devant la caméra sur la rue Sparks à Ottawa.

Rachel Décoste indique qu'elle aime être désignée comme personne noire, afro-descendante.

Photo : CBC/Jean Delisle

Le terme BIPOC sépare les personnes de couleurs aux racisés des autochtones et des afro-descendants. Souvent quand on parle de diversité ou des minorités visibles on regroupe toutes les communautés dans une  catégorie et les autochtones et les afro-descendants sont souvent oubliés, souligne Rachel Décoste.

Elle ajoute que le fait de créer des groupes à part entière pour ces trois communautés est une façon de les mettre à l’avant pour qu’ils ne soient pas oubliés.

Connor Randy près d'un cours d'eau.

Connor Randy ne considère pas l'acronyme BIPOC comme une révolution, mais plutôt regroupant une grande communauté de personnes qui partagent les mêmes défis.

Photo : Fournie par Connor Randy

Connor Randy, membre de la Première Nation Dokis, connaît l’acronyme BIPOC depuis peu et l’a adopté. J'ai vraiment aimé le concept, la première fois quand je l’ai entendu. Ça crée une belle relation et une compréhension entre les membres, déclare-t-il. Selon lui, le terme BIPOC contribue à mieux éduquer les gens sur les différentes minorités ethniques. Quand tu vois chaque lettre, tu comprends de qui il s’agit. Ceux qui ne comprennent pas s’interrogent : c'est quoi cet acronyme? Et du coup, ils font des recherches sur sa signification.

DeiJaumar Clarke debout face à la caméra dans une rue de Toronto.

Le Torontois DeiJaumar Clarke.

Photo : Radio-Canada

DeiJaumar Clarke, jeune militant de la cause noire à Toronto, utilise quelquefois le terme BIPOC. Selon lui, l’usage de ce mot contribue à lutter contre le racisme dont sont victimes certains groupes racialisés. Parfois, des organisations ou le gouvernement oublient ces groupes et le terme BIPOC permet de les intégrer tous. C’est plus représentatif , dit-il.

Je suis à l'aise quand on dit que je suis membre de la communauté BIPOC, partage DeiJaumar Clarke.

Pas unanime, mais « important  »

Mohamed Boudjenane pose devant la caméra.

Mohamed Boudjenane, porte-parole de la Fédération canado-arabe.

Photo : Fournie par Mohamed Boudjenane

Mohamed Boudjenane, porte-parole de la Fédération canado-arabe, souligne que le terme BIPOC n’est pas inclusif. On se sent exclu en tant que membre de la communauté arabe. Il y a beaucoup de groupes qui sont victimes du racisme en fonction des différents contextes et ils ne sont pas nécessairement inclus dans cette définition , déclare-t-il. Le Torontois reconnaît que les communautés noires et autochtones ont subi et continuent de subir des actes racistes au Canada et ailleurs . Mais il pense que l'acronyme BIPOC divise plus les communautés victimes de racisme au lieu de les unir.

Lorsqu’on se bat contre le racisme, l’injustice et l'intolérance, il faut rallier les communautés pour pouvoir faire face à ce fléau qui nous touche tous. Il y a aussi la question de l’antisémitisme et de l’islamophobie par exemple, note Mohamed Boudjenane.

Pendant une manifestation, une personne brandit une affiche sur laquelle est écrit « Ensemble éradiquons le racisme ».

Manifestation Black Lives Matter le 1er juin 2020 à Moncton, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Pascale Savoie-Brideau

DeiJaumar Clarke dit comprendre des réactions comme celle de Mohamed Boudjenane. Il rappelle cependant que l’expression est liée à l’histoire des Noirs et des Autochtones en Amérique. Je sais que d’autres groupes sont aussi victimes de racisme, mais en Amérique où le terme a vu le jour, les Noirs et les Autochtones ont été les plus discriminés, réagit-il.

Pour le professeur Boulou Ebanda de B’Béri, des groupes autres que les Noirs et les Autochtones sont inclus dans le POC (people of color). Au-delà de la symbolique, il s’agit de plusieurs formes d’histoires et de contestations. […] Je pense que les Asiatiques pourraient revendiquer un espace dans cette nouvelle identité , soutient-il. Toutefois, Boulou Ebanda de B’Béri pense qu’au fil du temps, l'acronyme BIPOCpeut évoluer comme le terme LGBTQIA+ , qui au départ n'était que LGBT. Au lieu d'être dans le gros lot de personnes de couleurs. On peut donc dire IBAPOC (Indigenous, Black, Asian and People of Color), explique le professeur.

Une identité n'est jamais fixe, surtout quand c’est un sigle, d'autres identités peuvent s’y joindre, explique Boulu Ebanda de B’Béri.

Rachel Décoste souligne la difficulté d’avoir un acronyme dans lequel tous les groupes se reconnaîtront.

Ça peut froisser certaines personnes […] mais c’est important. Il n’ a y aucun terme qui fait unanimité y compris BIPOC. Trouver un terme qui va englober tout le monde, c’est probablement un objectif qui n'est pas réaliste, déclare-t-elle. Également militante des droits des Noirs, Rachel Décoste indique comme DeiJaumar Clarke que l'acronyme BIPOC s’inscrit d’abord dans le contexte de la lutte pour l'équité raciale dans l’histoire américaine.

Souvent, ceux qui luttent le plus fort et qui ont perdu leur vie sont les afro-descendants et les Autochtones, mais ce sont souvent ceux qui ont la peau plus claire comme les latinos, les personnes d'origine arabe et d’autres minorités qui en bénéficient, précise Rachel Décoste.

Rachel Décoste ajoute que le terme BIPOC permet d'éviter tout amalgame identitaire. Souvent, quand on utilise le terme personne de couleur, ça fait un amalgame qui mine [ le combat] de ceux qui sont le plus affectés par la discrimination raciale. Les Autochtones et les Noirs ont des enjeux qui les différencient des autres communautés de couleur, explique-t-elle.

Pour sa part, Mohamed Boudjenane préfère parler des communautés ethniques ou des communautés racialisées au lieu de BIPOC. C'est plus clair, précis et adéquat.

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