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Analyse

Les terrasses, les écoles et les priorités de Doug Ford

La décision de repousser le retour en classe est une autre preuve que l’économie et l’éducation sont des priorités concurrentes pour Doug Ford.

Doug Ford parle devant un présentoir avec un drapeau de l'Ontario derrière lui pour annoncer que les écoles de l'Ontario vont rester fermées.

Doug Ford lors de la conférence de presse du 2 juin sur les écoles.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Mardi soir, alors qu’en coulisse il avait déjà pris la décision de fermer les écoles jusqu’en septembre, Doug Ford a « embarqué dans son pickup » pour rendre visite à un jeune du voisinage.

Le petit Arthur, 10 ans, avait déposé plus tôt ce jour-là une lettre devant la porte de la maison du premier ministre à Etobicoke, l'implorant de le laisser retourner en classe.

Après des négociations houleuses (je vous jure qu’il ferait un jour un bon premier ministre, a relaté Doug Ford aux journalistes), Arthur lui aurait proposé un compromis : garder les écoles fermées, mais permettre aux élèves de revoir leurs amis pour une cérémonie de remise des diplômes à l’extérieur.

Visiblement, Doug Ford a préféré les conseils d’Arthur à ceux de ses experts en santé publique, parce que c’est exactement ce qu’il a annoncé le lendemain. On se demande comment les écoles pourront organiser ces cérémonies alors que la limite des rassemblements extérieurs doit être de 10 personnes à la mi-juin, mais ce détail n’a pas semblé le préoccuper.

Autrement, les écoles seront fermées jusqu’en septembre pour éviter des milliers et des milliers de cas, parce que le variant indien inquiète et que trop peu d'élèves et d’enseignants sont vaccinés.

Examinons les faits. Le groupe consultatif scientifique ontarien de lutte contre la COVID-19 affirme au contraire (Nouvelle fenêtre) que l'augmentation totale des cas qui résulteraient de la réouverture des écoles est peu élevée et serait gérable, surtout si elles étaient rouvertes dans les régions peu touchées par le virus. Le Dr Williams était d’accord.

D’un autre côté, le variant découvert en Inde, qui est classé comme préoccupant par l'OMS, se propage rapidement. Selon le Dr Troy Day de l’Université Queen’s, qui est membre du groupe d’experts ontarien, ce variant représente 15 % à 20 % de tous les cas en Ontario. Et la province n’a pas encore développé de méthode pour le dépister de manière efficace.

Je pense que nous sommes dans une situation très similaire à celle où nous étions plus tôt cette année avec le variant britannique. C'est un peu une course pour obtenir des niveaux de vaccination suffisamment élevés avant que le variant indien ne se propage trop, dit-il. L’idée d’une nouvelle vague causée par un nouveau variant, c’est du macabre déjà-vu en Ontario.

Mais si cette menace réelle constitue, aux yeux du premier ministre, un bon argument pour garder les écoles fermées, elle semble soudainement se dissiper lorsqu’il est question de l’économie. Doug Ford a causé la surprise en annonçant, dans le même point de presse, sa volonté de devancer les étapes 1 et 2 du déconfinement. Il ne cache pas vraiment le fait que les décisions sont liées.

Les terrasses et les commerces non essentiels risquent donc fort de rouvrir avant le 14 juin. Deux semaines plus tard, ça pourrait être au tour des gyms et des salons de coiffure. Les rassemblements intérieurs de cinq personnes seraient permis.

Le ministre de l'Éducation de l'Ontario, Stephen Lecce, enlève son masque au cours d'une conférence de presse.

Le ministre de l'Éducation de l'Ontario, Stephen Lecce, était aux côtés de Doug Ford mercredi pour annoncer que les écoles allaient demeurer fermées jusqu'en septembre.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

La nouvelle fait beaucoup d’heureux, et pour cause. Certes, les écoles de l’Ontario vont avoir été fermées plus longtemps qu’ailleurs au pays, mais Toronto est aussi l’une des villes au monde qui a été confinée le plus longtemps, si l’on en croit la BBC (Nouvelle fenêtre). Et rappelons que plusieurs experts sont d'accord pour garder les écoles fermées, même si l’opposition rétorque qu’on n’en serait pas là si le gouvernement avait investi davantage pour les rendre sécuritaires et n’avait pas laissé la troisième vague dégénérer.

Reste que la décision est une autre preuve que l’économie et l’éducation sont des priorités concurrentes pour Doug Ford. Gageons aussi qu’une bonne partie de ses partisans sont d’accord et que les restaurateurs feront remarquer qu’une terrasse est beaucoup plus sécuritaire qu’une salle de classe fermée.

De toute manière, soulignait le premier ministre, les enfants pourront bientôt retrouver leurs amis dans les camps d’été. Il vaut mieux sacrifier deux ou trois semaines d’école que de sacrifier le début de l’été avec une hausse de cas.

Mais la pente va être difficile à remonter. Les parents sont à bout de souffle. Le groupe consultatif scientifique ontarien de lutte contre la COVID-19 notait samedi une détérioration évidente de la santé mentale des jeunes Ontariens marquée notamment par une augmentation du recours aux soins ambulatoires et des admissions à l'hôpital, surtout chez les enfants et les adolescents souffrant de troubles de l'alimentation.

Difficile d’imaginer qu’un bel été sera un baume suffisant pour tous les enfants.

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