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C’est le moment de restaurer l’image des Autochtones, dit Richard Kistabish

Dans une entrevue coup-de-poing accordée à Céline Galipeau, celui qui a passé 10 ans dans un pensionnat autochtone revient sur la découverte des restes de 215 enfants à Kamloops.

Richard Kistabish, au lutrin

Richard Kistabish

Photo : Gracieuseté : Minwashin

Radio-Canada

Des représentants de Dieu qui ont posé des actions avec la complicité des gouvernements pour faire disparaître les Autochtones. Une grande haine qui a mené à des explosions de colère, mais surtout un grand travail de restauration, notamment de la mémoire, qui s’impose.

Dans une entrevue coup-de-poing accordée à Céline Galipeau, au Téléjournal, Richard Kistabish revient sur la découverte des restes de 215 enfants à Kamloops, en Colombie-Britannique. Celui qui a été pensionnaire pendant 10 ans à Saint-Marc-de-Figuery, près d'Amos, en Abitibi-Témiscamingue, est membre d’un groupe de travail de l’UNESCO sur la revitalisation et la promotion des langues autochtones.


Céline Galipeau – Comment vous avez réagi quand vous avez appris la nouvelle concernant la découverte de 215 corps d'enfants en Colombie-Britannique?

Richard Kistabish  La colère. La colère. J'ai beaucoup de difficulté à passer au travers, parce que ça déclenche en moi quelque chose que ça fait longtemps que j'essaye de me débarrasser. Et ça revient tout le temps, ces maudites histoires-là. C'est une confirmation des choses horribles qu'on a vécues.

C.G. – Mais on sent que ça a causé une prise de conscience. Sauf qu'on a l'impression que c'est loin du Québec. Or, est-ce possible que ça se soit passé ici?

Richard Kistabish C'est la même attitude, le même esprit qui a géré ces pensionnats. Autant au Québec qu'en Colombie-Britannique, il y avait la même maudite attitude dans laquelle il fallait qu'ils soient les maîtres à bord qui contrôlent tout. Et ça, ç'a été pénible pour les gens comme moi qui ont fréquenté ces écoles. Il y a eu aussi des morts dans ces institutions-là. Déjà, dans les archives du début du 20e siècle, de 1900 à 1920, on parlait des morts, de personnes, d’enfants qui allaient dans ces écoles-là.

C.G. – De quoi mouraient-ils : de maladie, de manque de soins, de mauvais traitements?

Richard Kistabish Ils mouraient de tout. On les abusait, on les battait à mort. C'est comme si on était devenus des punching bags pour déverser leur colère sur nous, pour qu’on ait peur d’eux autres, pour nous dominer de façon incroyable, nous humilier tous les jours.

Tu finis après des années de ce traitement-là par te fermer sur toi-même et à avoir de la haine en dedans de toi. Cette haine-là, on essaye de l’exploser, de l’envoyer dehors. Mais avec les comportements et les attitudes qu’on a dans la vie quand on sort des pensionnats, on fait des crises pour dégager cette colère-là, cette haine-là.

Ça n’a aucun bon sens, les impacts que ça a eus sur les communautés, le traitement qu’on a subi.

Une découverte macabre qui choque les autochtones au pays

C.G. – On voulait enlever votre culture, votre identité.

Richard Kistabish C’est juste une facette de notre vie qu’ils ont voulu enlever. Ils ont voulu enlever notre identité, ils ont voulu tuer notre esprit, ils ont même essayé de prendre nos âmes. La plupart des enfants qui ont passé par là, ce sont de grands brûlés de l’âme. Tu dois accepter ton état, mais tu dois aussi te faire accepter dans la société.

J’ai eu du mal à surmonter tout ça. J’avais des comportements qui n’étaient pas du tout acceptables, des comportements destructeurs. J’avais beaucoup de haine envers les Blancs. J’avais de la haine pour ma culture, pour ma langue, pour mon identité. J’avais de la haine pour mes parents.

Nos parents ne pouvaient pas concevoir que des prêtres, des représentants de Dieu, puissent commettre des choses aussi ignobles, mais c’est ce qui est arrivé. Il n’y a personne qui nous croyait.

C.G. – Ces enfants, on les a enterrés sans sépulture, sans les identifier, c’était impossible pour leur famille de les retrouver.

Richard Kistabish C’est inhumain. Ce ne sont pas des humains qui ont fait ça. La bêtise humaine, je veux bien croire qu’on peut la définir, mais celle-là, elle dépasse tout entendement. Ce sont des représentants de Dieu qui ont fait ce genre d’actions là avec la complicité des gouvernements pour nous faire disparaître. Qu’est ce qu’il y a de plus ignoble que ça? C’est comparable à ce que Hitler a fait, c’est comparable à ce qui s’est passé au Rwanda.

C.G. – Qu’est-ce qu’on doit faire? Est-ce qu’on doit faire des fouilles au Québec comme à Kamloops?

Richard Kistabish Je ne sais pas si ça va se faire maintenant. Mais il faut commencer à réparer ça. Quel est le moyen que je vois pour réparer ça? C’est de restaurer notre image, c’est de restaurer la mémoire de nos parents, de nos grands-parents, de nos ancêtres.

Pour dire que les Indiens ce n’étaient pas des gens paresseux, qui buvaient tout le temps, qui étaient tout le temps saouls. Au contraire, nous étions un très beau peuple, nous étions vaillants, nous entretenions le territoire comme il faut pour qu’il puisse demeurer beau, pour qu’il puisse profiter aux autres générations qui nous suivaient. C’était la raison de notre existence.

Il faut d’abord reconnaître que ça existe avant de parler de réconciliation. J’ai vu mes parents souffrir. Mais je ne peux imaginer la souffrance des parents, dont leurs enfants partaient et qui ne revenaient jamais.

Les propos recueillis ont été édités pour des raisons de concision et de clarté.

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