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La tordeuse des bourgeons de l'épinette, la mal-aimée des forêts

Une tordeuse des bourgeons de l'épinette sous sa forme larvaire.

La tordeuse des bourgeons de l'épinette cause des dommages aux arbres lorsqu’elle est sous sa forme larvaire (chenille).

Photo : Christian Bélisle, ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Elle s’empiffre comme s’il n’y avait pas de lendemain, grignotant depuis quelques années des millions d’hectares de forêt au Québec. Manger, tant qu’elle le peut, c’est le seul objectif de la tordeuse des bourgeons de l’épinette.

Elle est toujours présente dans les forêts de la province, mais nous sommes en plein coeur d’une épidémie. Ça revient tous les 30 à 40 ans et ça peut durer plusieurs années. Certaines régions sont particulièrement touchées en ce moment, c'est notamment le cas de la Gaspésie, du Bas-Saint-Laurent et du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, l'insecte ne tord pas les bourgeons de l'épinette. En fait, il s'attaque davantage au sapin baumier. 

Ce qui défavorise le sapin, c'est que l'éclosion des bourgeons est bien synchronisée avec le développement de la larve, ça fait que la larve se développe en mangeant le développement du bourgeon. L'épinette est aussi nutritive. C'est juste que ce qui la protège, c'est qu'elle ne produit pas de feuillage en même temps que le développement de la larve , explique le professeur-chercheur au département des sciences fondamentales de l’Université du Québec à Chicoutimi, Hubert Morin.

Dans ses recherches, il s’intéresse à la dynamique forestière et aux perturbations qui affectent la forêt, dont les feux et les épidémies d’insectes. 

Il explique que lorsque la population de tordeuse est très élevée, elle n’a pas le choix de se rabattre sur les aiguilles des années passées. Ça crée de la défoliation, la croissance diminue, puis les arbres finissent par mourir.

Quand il y a un parterre de coupe par exemple qui contient beaucoup de sapins, à ce moment-là, après deux ans d'infestation sévère dans le secteur, si on ne récolte pas, on risque d'avoir beaucoup de mortalité puis de perdre beaucoup de valeur de bois , explique Hubert Morin.

Voilà le noeud de l'affaire : l'argent. Si la tordeuse ne s'attaquait pas à une ressource qui intéresse aussi les humains, il y a fort à parier que le sujet défraierait moins la manchette.

Un avion combat la tordeuse des bourgeons de l'épinette dans le nord du Nouveau-Brunswick.

Un avion en pleine opération d'arrosage contre la tordeuse des bourgeons de l'épinette (archives)

Photo : Radio-Canada

Lutter contre la tordeuse

Pour tenter de limiter les ravages, la Société de protection des forêts contre les insectes et les maladies (SOPFIM) va pulvériser avec un insecticide près de 750 000 hectares de forêt cet été, dont 156 000 au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Cependant, les efforts ne permettent pas d'endiguer complètement l'épidémie. 

C'est vraiment des actions très locales qui vont permettre de préserver des forêts de valeur pour permettre de les faire durer assez longtemps pour pouvoir les récolter, puis ne pas perdre un investissement par exemple. Ça, c'est faisable, mais on ne peut pas arroser l'ensemble du Québec, c'est impossible, soutient Hubert Morin.

Sans pulvérisation, l’épidémie suivrait un cycle naturel et finirait par s’atténuer. La forêt détruite se régénérerait ensuite.

Depuis qu’il y a du sapin dans la région, il y a de la tordeuse et il y a encore de la forêt, rappelle-t-il.

L'épidémie pourrait s'étendre encore dans les prochaines années puis elle devrait graduellement diminuer, mais les scientifiques ont un peu de difficulté à faire des projections en raison des conditions climatiques changeantes.

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