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Pensionnats autochtones : la découverte à Kamloops ravive des plaies à Kitigan Zibi

Le mémorial en hommage aux enfants de la communauté qui ont fréquenté les pensionnats indiens.

Des deux côtés de la plaque, la couleur orange a été mise en évidence, pour rendre hommage à ces 215 enfants.

Photo : Radio-Canada / Christian Milette

Radio-Canada

À Kitigan Zibi, dans le nord de Gatineau, la récente découverte des restes de 215 enfants autochtones à Kamloops, en Colombie-Britannique, a ravivé de douloureux souvenirs à des survivants de ces mêmes pensionnats autochtones.

David Decontie avait trois ans lorsque sa sœur et lui ont été transférés dans un pensionnat dans le Nord de l’Ontario, à la fin des années 50. Pour cette raison, les découvertes de Kamloops l’ont mis en colère, dit-il.

J’avais du chagrin. J’étais mélancolique toute la journée, juste parce que j’ai lu qu’il y avait des enfants de trois ans. J’avais le même âge quand j’ai été envoyé à Kenora la première fois. Pour ces enfants, de partir et de ne pas revenir, c’est choquant.

Il dit qu'il était trop jeune, de sorte qu’il ne conserve pas beaucoup de souvenirs de cette période de sa vie. Sa sœur lui en a raconté quelques-uns, notamment qu’à leur arrivée, elle avait plaidé que son petit frère était trop jeune pour être à cet endroit-là.

David Decontie en entrevue à Radio-Canada.

David Decontie est un survivant des pensionnats autochtones.

Photo : Radio-Canada

Frank Coté a lui aussi fréquenté le même pensionnat. La tragédie qui ébranle présentement le Canada l’a choqué, mais il n’a pas été surpris. Au contraire. Ils vont en trouver davantage quand ils vont regarder tous les autres pensionnats qui ont existé. Je me considère chanceux d’avoir pu rentrer à la maison.

Il raconte qu’à Kenora, cela ressemblait à une prison, 90 % du temps, à un tel point qu’il n’avait même pas le droit de parler avec son frère, même s’ils étaient dans la même chambre.

Selon moi, ils essayaient de se débarrasser de moi, de ma langue, de ma culture.

Frank Coté en entrevue.

Frank Coté avoue ne pas avoir été surpris de la découverte des 215 corps. Il croit qu'il y en a d'autres ailleurs au pays.

Photo : Radio-Canada

De son côté, l’ancien chef de la communauté de Kitigan Zibi, Gilbert Whiteduck, peine à trouver les mots pour exprimer sa douleur. Ce n’est pas facile, souffle-t-il après un long silence.

Étant lui-même un grand-père, il se demande comment il aurait pu vivre avec la perte d’un petit-enfant dans un tel contexte. Ça resterait où dans mon cœur tout ça? se questionne-t-il. Très profond. On essaie d’oublier, mais on ne peut jamais oublier.

Du soutien offert à la communauté

Depuis l’annonce de la tragédie, la communauté de Kitigan Zibi tente d’alléger sa peine et de faire le deuil de ces enfants qui ne sont jamais rentrés à la maison. Le Centre d'amitié autochtone de Maniwaki a également été sollicité afin d'offrir du soutien à ceux et celles qui le désirent.

De nombreux résidents portent un chandail orange où il est écrit : La vie de chaque enfant compte.

Le chandail orange est très significatif pour les Autochtones, puisqu’il vise à reconnaître les dommages causés par le système des pensionnats autochtones du Canada. D’ailleurs, chaque année, le 30 septembre, il y a la Journée du chandail orange, qui a pour but de reconnaître le tort que ces pensionnats ont fait au bien-être des enfants.

Un drapeau en berne.

Comme partout au pays, le drapeau est en berne dans la communauté.

Photo : Radio-Canada

La guérison prendra du temps, prévient l’ancien chef, Gilbert Whiteduck, qui souhaite de tout cœur que ces victimes et leurs familles retrouvent leur dignité.

J’aimerais voir que l’on trouve le nom de ces enfants et qu’on les connecte à des familles, qu’il y ait des cérémonies pour l’enterrement de ces enfants-là. Mais, après ça, qu’on aille voir dans tous les pensionnats du Canada pour voir s’il y a d’autres corps qui sont là, et que cela se fasse avec des gens qui ont vécu ces pensionnats.

Gilbert Whiteduck en entrevue à Radio-Canada.

Ému, Gilbert Whiteduck veut que l'on se souvienne des 215 enfants de Kamloops, mais aussi « des 130 autres pensionnats au Canada ».

Photo : Radio-Canada

Cérémonie au Parlement

À Ottawa, une cérémonie en l’honneur de ces 215 enfants a été organisée devant le parlement. Sur place, il y avait un survivant d’un pensionnat autochtone, Severe Rott, qui y a passé neuf ans. Il tenait à être présent.

Je sais quel est le feeling d’arriver [dans un pensionnat autochtone], c’est très dur. Le feeling que j’ai aujourd’hui, c’est celui que j’avais quand je suis parti. J’ai ça dans mon cœur pour toujours. Je sais ce qui s’est passé [à Kamloops], car je l’ai vécu moi-même.

Les derniers jours ont été difficiles pour Severe Rott, qui s’est remémoré beaucoup de souvenirs éprouvants.

Dorénavant, il souhaite que la société reconnaisse ce qui s’est passé et qu’au lieu de juger, les gens apprennent quelle est la vraie histoire du Canada.

Avec les informations de Christian Milette et Mama Afou

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