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Racisme en milieu scolaire : où en est-on?

Une salle de classe avec des élèves

Certains considèrent que les événements de London sont loin d'être des épiphénomènes. (Archives)

Photo : iStock

Plusieurs jours après le renvoi du directeur de l’école secondaire catholique Monseigneur-Bruyère de London à la suite d'accusations de racisme, des parents appellent à l'action les responsables scolaires et les élus.

La situation, qui s’est produite dans une école de London, pose la question plus globale du racisme en milieu scolaire, selon Jacques Lehani Kagayo, président de la communauté congolaise de Windsor.

Il se dit attristé et heurté par cet incident qui est, selon lui, une énième attaque contre les Noirs.

Ça nous a vraiment choqués de voir ça au 21e siècle, dans une école, un lieu où devraient être enseignées les valeurs humaines, là où l’Homme devrait respecter son égal, explique-t-il.

Nous constatons avec amertume que c’est dans ce lieu là où [...] la personne qui est en charge de ces enfants qui, elle, se permet de pouvoir faire des actes de racisme dans une école. Notre réaction est une réaction de dégoût.

Une citation de :Jacques Lehani Kagayo, président de la communauté congolaise de Windsor

La vidéo de Luc Chartrand arborant les cheveux d’un élève noir a été publiée sur Instagram par le groupe Black Lives Matter London.

M. Chartrand a présenté ses excuses, disant avoir honte d'avoir agi de la sorte.

Jacques Lehani Kagayo, président de la Communauté congolaise de Windsor-Essex

Jacques Lehani Kagayo veut de vrais changements.

Photo : Fournie par Jacques Lehani Kagayo

Jacques Lehani Kagayo ne veut pas entendre ces excuses. Il est exaspéré par cette rhétorique éculée.

Ce texte, nous l’avons déjà écouté. D’autres l’ont précédé, d’autres l’ont fait. Et ils ont toujours répété le même texte. C’est comme si c’est un texte qui est là, dès qu’on a posé un acte, dès que l’acte est condamné on ressort le même papier pour lire le même texte, explique-t-il.

Un problème systémique?

M. Lehani Kagayo se dit d’autant moins ému par les excuses de l’ancien directeur d’école que ce dernier est un récidiviste.

Ce monsieur-là, si vous revenez un peu en arrière, il n’était pas à son premier coup. [...] Si aujourd’hui, en 2021, c’est là où on remet en cause, c’est là où maintenant on rouvre le dossier et on le suspend et c’est aujourd’hui qu’il dit : "Je réalise", explique-t-il.

Des élèves de l’école Monseigneur-Bruyère ont en effet confié à CBC News que Luc Chartrand avait arboré ces cheveux à deux reprises.

Gentil Katembo, résident de Windsor depuis plus de 20 ans, se dit peu surpris par ces événements qui ont souvent été dénoncés sans succès.

Franchement, on manque même de mots depuis que nous crions tout haut contre le racisme. Ce genre de choses ne devrait pas se répéter dans une école, surtout que c’est un grand responsable de l’école qui a fait ça, explique-t-il.

Ça a piqué le cœur des enfants. Vous savez combien d’enfants sont traumatisés juste à cause de ça?

Une citation de :Gentil Katembo, résident de Windsor

M. Katembo affirme que ses enfants ont été victimes de discrimination alors qu’ils étaient élèves dans des écoles franco-ontariennes de Windsor.

L'intervention souvent de l’enseignant, il y avait des penchants. Je peux dire qu’il y avait beaucoup de tolérance quand c’est l’enfant noir qui est agressé ou bien qui est provoqué. Les enseignants ne semblaient pas prendre ça au sérieux, précise-t-il.

Un homme arborant des lunettes de vue est assis à son bureau et répond à des questions.

Gentil Katembo affirme que ses enfants ont été victimes de discrimination dans des écoles ontariennes.

Photo : Elvis Nouemsi Njiké

Des changements structurels

Le Conseil scolaire catholique Providence, auquel appartient l’école dont Luc Chartrand était le directeur, affirme condamner de manière ferme ce type de comportement.

Vanessa Kaboré, conseillère en droits de la personne et en équité au sein du Conseil, indique qu’une enquête est en cours qui sera faite de manière neutre et impartiale afin de prendre la décision la plus adaptée pour mettre fin à des pratiques qui pourraient être inappropriées.

Une femme assise sur un fauteuil regarde l'appareil photo.

Vanessa Kaboré explique que des changements systémiques sont progressivement mis en place au sein du Conseil scolaire Providence.

Photo : Gracieuseté de Vanessa Kaboré

Mme Kaboré, qui est entrée en fonction le 1er mars dernier, dit avoir procédé à un état des lieux de ce qui existe au sein du conseil et sur ce qui doit être révisé dans le traitement et la prévention de situations comme celle qui s’est produite à London.

Il y a beaucoup d’activités qui sont faites dans les écoles pour faire en sorte que les élèves entre eux soient plus conscients de la diversité qui existe au sein du milieu scolaire. Il y a de la formation aussi qui est effectuée au sein des membres du personnel, explique-t-elle.

Il y a un travail qui est fait pour faire en sorte que les plaintes, les dénonciations, les signalements qui sont effectués soient traités de façon neutre et confidentielle de façon à ce que la décision appropriée soit prise.

Une citation de :Vanessa Kaboré, conseillère en droits de la personne et en équité

Elle affirme que tout est mis en œuvre en ce moment pour que des changements systémiques se produisent.

Une fois qu’on a la compréhension globale et spécifique du [d’un dossier], qu’est-ce qui s’est passé, comment ça s’est passé, dans quel contexte ça s'est passé, on est en mesure de prendre la décision appropriée vis-à-vis des personnes qui sont concernées et puis on est en mesure aussi de réviser les pratiques, les procédures en place au niveau systémique, au niveau organisationnel, au niveau structurel, précise-t-elle.

La formation des formateurs

Pour que le racisme soit de moins en moins présent au sein des écoles, Gentil Katembo interpelle, au-delà des conseils scolaires, les politiciens, les députés notamment.

Les députés sont là, je pense qu’ils peuvent faire quelque chose pour en parler auprès du gouvernement, explique-t-il.

Lucille Collard, députée provinciale d’Ottawa-Vanier, partage cet avis.

Il y a quelques jours à peine, la députée du Parti libéral de l'Ontario a présenté un projet de loi privé sur l'équité pour les jeunes de l'Ontario et contre le racisme, qui a été défait.

Lucille Collard, députée provinciale d'Ottawa-Vanier

Lucille Collard souhaite que les enseignants sont formés sur les questions de racisme.

Photo : Radio-Canada

Elle affirme regretter la situation. Elle considère que les actes racistes sont souvent posés par des gens en raison de la méconnaissance de sujets comme la colonisation et ses impacts sur les Autochtones et les populations radicalisées.

C’est dommage que le gouvernement conservateur ait décidé de ne pas appuyer ce projet de loi-là en donnant comme raison que c’était contre-productif parce que le gouvernement a déjà en place des stratégies pour adresser le racisme, indique-t-elle.

Quand on voit des événements comme ce qui s’est passé avec ce directeur, on voit que peu importe ce que le gouvernement fait présentement, c’est définitivement pas suffisant et on a besoin d’aller plus loin.

Une citation de :Lucille Collard, députée provinciale d’Ottawa-Vanier

Mme Collard, mère de quatre enfants, affirme qu’elle est est préoccupée par le fait qu’un éducateur est à l'origine de ce qui s'est passé à London.

C’est la raison pour laquelle elle souhaitait également, dans son projet de loi, que les enseignants aient la formation pour livrer des contenus liés au racisme et à la discrimination de manière appropriée et respectueuse.

La formation de ces enseignants-là elle est primordiale et ça doit être fait de la bonne façon. [...] Ça doit venir des communautés qui connaissent ces enjeux-là parce qu’ils les subissent, indique-t-elle.

Mme Collard pense que les incidents racistes qui se produisent dans le système scolaire sont dûs au fait que le racisme systémique n’est pas suffisamment pris en charge.

Elle affirme que les changements sociétaux doivent commencer par l’école, notant au passage que le milieu scolaire n’est que le reflet de la société.

Il faut se rendre à l’évidence. Notre société n’est pas à l’endroit où elle devrait être au niveau du racisme parce que ça se passe encore. Puis, c’est clair que si ça se passe à l’extérieur de l’école, ça se passe aussi à l’école, indique-t-elle.

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