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Indignation et polémique autour des primes versées aux dirigeants d’Air Canada

En avril, Ottawa a accordé plus de 5 milliards de dollars en prêts remboursables à Air Canada.

Des avions d'Air Canada.

Des avions d'Air Canada sur le tarmac de l'aéroport international Pearson, à Toronto

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Radio-Canada

Des primes d’atténuation à la pandémie de la COVID-19 totalisant 10 millions de dollars ont été versées en 2020 à de hauts dirigeants et gestionnaires d’Air Canada, ce qui suscite l’indignation du syndicat et des partis d’opposition à Ottawa.

Le versement de primes motivation et d'options d’achat d’actions spéciales aux gestionnaires d’Air Canada a été rendu public, lundi, dans un rapport destiné aux actionnaires de la compagnie. On y apprend notamment que le conseil d'administration avait approuvé une somme de 20 millions de dollars pour cette prime, et que la moitié de cette somme a déjà été octroyée à des gestionnaires admissibles de l'entreprise.

Cette information n'a pas tardé à être dénoncée par le syndicat des agents de bord d’Air Canada, qui a rappelé la mise à pied en 2020 de plus de la moitié des 21 700 employés, sans subvention salariale fédérale, suivant des pertes financières de 5 milliards de dollars.

Au même moment, la compagnie faisait pression pour obtenir l'aide fédérale de 5,9 milliards de dollars; une aide finalement consentie par Ottawa en avril.

C'est une honte; c'est immoral et scandaleux. Mes membres vont s'en rappeler, d'avoir été mis à la rue sans aide, alors que les hauts dirigeants viennent de se mettre des dizaines de millions dans les poches. D'après moi, le gouvernement devrait récupérer cet argent-là.

Une citation de :Guillaume Leduc, président du syndicat des agents de bord d'Air Canada

En 2020, Air Canada a par ailleurs bénéficié de 656 millions de dollars du programme de subventions salariales d'urgence du gouvernement fédéral, le montant le plus important divulgué publiquement par une entreprise.

Avec ces primes, c’est comme si on nous rouait de coups alors que nous sommes déjà au sol, a également exprimé le président de la Composante Air Canada du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), Wesley Lesosky, déplorant que l'employeur ait empêché les membres de recevoir la bouée offerte par le gouvernement sous forme de subvention salariale.

La compagnie a mené le gouvernement fédéral en bateau; ce sont nos membres et la population canadienne qui en paient le prix.

Une citation de :Mark Hancock, président du SCFP

En effet, le plan de sauvetage fédéral, annoncé en avril, comprend des limites sur la rémunération des dirigeants à l'avenir. La limite sur les dividendes et les rachats d’actions entre en vigueur au moment où l’entente a été conclue, et ce, jusqu’à 12 mois après que le prêt eut été remboursé.

Ottawa a accordé 5,375 milliards de dollars en prêts remboursables à Air Canada, comprenant une facilité de crédit de 1,4 milliard de dollars que la compagnie aérienne peut utiliser pour rembourser les clients des vols annulés en raison de la pandémie.

En acceptant ce Crédit d'​urgence pour les grands employeurs (CUGE), Air Canada se doit donc de limiter la rémunération qu’elle verse aux membres de la haute direction à un million de dollars. Ce montant inclut le salaire de base, les primes annuelles et les attributions d'options d'achat d'actions (stock options).

Immoral et indécent

Les réactions politiques ont été vives, mardi, à la suite de cette annonce. La décision de la compagnie a été lourdement critiquée par les partis d’opposition, qui réclament notamment des réponses.

Ce n'est pas approprié d'utiliser l'argent des contribuables pour les salaires des dirigeants dans le secteur privé. On doit cibler les emplois pour les travailleurs […], et pas des bonus ou des salaires pour les dirigeants, a lancé le chef du Parti conservateur, Erin O'Toole, en Chambre des communes.

Ça n'a aucun bon sens, s'est quant à lui offusqué le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, qui a exhorté les dirigeants d'Air Canada à rembourser ces primes ignobles et indécentes.

Le gouvernement doit mettre son pied à terre. C’est avec nos impôts que vous payez vos bonus. Alors qu’on vous sauve les fesses, vous autres, vous riez de nous en pleine face. […] C’est scandaleux et complètement immoral.

Une citation de :Xavier Barsalou-Duval, député bloquiste

Le député libéral Pablo Rodriguez a également réagi à la nouvelle en demandant à la compagnie aérienne de rendre des comptes. Air Canada doit parler maintenant, qu'ils nous disent exactement ce qu'ils ont fait. En fait, mieux que ça : moi, si j'étais eux, je reviendrais sur ma décision, a-t-il déclaré.

Du côté du gouvernement Trudeau, une porte-parole du ministère des Finances a toutefois renvoyé la balle à la compagnie aérienne en rappelant que le soutien que le gouvernement fédéral a apporté à Air Canada par le biais d’un prêt CUGE indique clairement les limites à la rémunération des dirigeants.

Air Canada serait la mieux placée pour répondre aux questions sur la rémunération qu’elle a versée avant de conclure une entente avec le gouvernement du Canada.

Une citation de :Katherine Cuplinskas, attachée de Chrystia Freeland

Mais la ministre Freeland ne compte pas exiger de remboursement.

Récupérer son salaire

Le PDG Calin Rovinescu et le PDG adjoint Michael Rousseau avaient renoncé à 100 % de leur salaire en avril, en mai et en juin 2020, et à 50 % de leur salaire pour le reste de la même année. Ces réductions ont eu pour effet de diminuer les salaires de cinq dirigeants de 766 723 $ au total, dont 490 000 $ pour M. Rovinescu.

Air Canada a donc décidé d’attribuer à l’ancien PDG Calin Rovinescu et à quatre autres grands patrons des droits à la plus-value d’actions, dont le but avoué est de permettre à ceux-ci de récupérer le salaire auquel ils ont renoncé en raison de la pandémie.

Ces 10 millions de dollars de primes à la direction, dont 1,84 million de dollars pour les cinq principaux cadres, compensent en effet le programme standard de primes de rendement, qui a été abandonné en 2020. Ceux-ci auraient dû obtenir jusqu’à 45 millions de dollars en bonis, sans le contexte pandémique.

Dans une lettre adressée mardi après-midi à Radio-Canada, les services de communication d'Air Canada ont tenu à préciser leur décision.

Nous avons mis en place une "Prime de motivation – Pandémie de COVID-19" qui représente moins de 50 % du Régime d’intéressement annuel cible pour 2020. [...] La rémunération totale de presque tous les hauts dirigeants a diminué de manière substantielle, malgré les exigences extraordinaires en termes de gestion d’une crise mondiale d’une ampleur sans précédent.

Une citation de :Relations avec les médias d'Air Canada

La compagnie précise également que 10 millions de dollars ont été attribués à des gestionnaires admissibles de toute l’entreprise, et non pas uniquement à des dirigeants. Les programmes de rémunération variable sont depuis des années une forme normale de reconnaissance à l’endroit d’un groupe limité pour leurs efforts, est-il mentionné.

Le patron d'Air Canada, Calin Rovinescu

Calin Rovinescu, ex-président d'Air Canada, a été remplacé en février par Michael Rousseau.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Les recettes d'Air Canada ont chuté de 70 % en 2020, et le transporteur national a perdu des milliards de dollars en éliminant 67 % de sa capacité en sièges et en mettant à pied plus de la moitié de ses effectifs. La compagnie aérienne s'est également retirée de plusieurs aéroports régionaux et a suspendu ses liaisons avec des villes plus petites, blâmant la pandémie et les restrictions gouvernementales sur les voyages.

Avec les informations de Christian Noël

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