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Conditions des travailleurs : Metro, IGA et la FTQ auront Demers à l'œil

Des serviettes accrochés sur le fil d'un store

Faute de rangement, les employés utilisent le fil d'un store comme corde à linge.

Photo : Radio-Canada / Natacha Lavigne

Radio-Canada

Appel au boycottage, demande de retrait des produits Demers des épiceries, annulation d'une subvention provinciale : les réactions sont nombreuses à la suite du reportage de Radio-Canada Estrie sur les conditions d'hébergement de travailleurs guatémaltèques des Productions horticoles Demers.

Un militant estrien, Claude Dallaire, a lancé un mouvement de boycottage mardi. Il demande aux épiciers et aux restaurateurs de ne plus distribuer les produits Demers tant et aussi longtemps que l'employeur ne changera pas complètement les conditions de vie de ses travailleurs étrangers.

Pour l'instant, les directions des épiceries Sobeys-IGA et Metro n'entendent pas retirer les produits Demers de leurs tablettes. Toutefois, des échanges ont eu lieu avec l'entreprise pour s'assurer que des correctifs soient apportés.

D'ailleurs, la porte-parole de Sobeys-IGA, Anne-Hélène Lavoie, a indiqué à Radio-Canada qu'un représentant se rendra sur place, à Saint-Nicéphore, pour vérifier l'évolution des travaux qui ont été réalisés jusqu'ici dans les maisons d'hébergement des travailleurs étrangers.

Sobeys-IGA demande également à Demers de fournir un plan visant à apporter les correctifs afin que les lieux respectent les normes sanitaires. La porte-parole a ajouté que Sobeys est préoccupée par cette situation, et exige de tous ses fournisseurs qu'ils assurent des conditions de travail adéquates à leurs travailleurs.

Du côté de Metro, la directrice des communications, Geneviève Grégoire, a indiqué à Radio-Canada observer la situation de près et qu'un suivi sera fait. Nous nous assurerons que les actions appropriées seront mises en place de leur côté, tel qu’ils l’ont déclaré, a-t-elle indiqué par courriel.

Sur Facebook, certaines épiceries de quartier ont indiqué avoir retiré les produits Demers de leurs tablettes. C'est le cas, notamment, de l'Intermarché Boyer, à Montréal.

Le Fonds de solidarité de la FTQ a également fait savoir qu'ils étaient préoccupés par les informations dévoilées dans le reportage et que des échanges ont eu lieu lundi avec l'entreprise. M. Demers nous a présenté les mesures déjà mises en place, et nous sommes confiants que son plan pour les prochaines semaines et les prochains mois corrigera la situation. Nous continuerons de suivre le dossier, a indiqué le conseiller principal aux relations de presse, Patrick McQuilken.

Le Fonds a également fait savoir qu'il n'entend pas retirer ses investissements des Productions horticoles Demers.

Débat à l'Assemblée nationale

La situation des travailleurs guatémaltèques s'est transportée à l'Assemblée nationale mardi après-midi. Le ministre du Travail, Jean Boulet, a été interpellé par la porte-parole de Québec solidaire en agriculture, Emilise Lessard-Therrien. Demers a reçu une aide financière de 30 millions de dollars en mars. Le ministre va-t-il suspendre ce prêt tant et aussi longtemps que les travailleurs ne seront pas hébergés dans des installations sécuritaires et salubres?

M. Boulet a voulu être rassurant sans toutefois répondre directement à la question de la députée. Il y a des rencontres qui ont lieu encore. Mon collègue du ministère de l'Agriculture a communiqué avec M. Demers qui prend les mesures qui s'imposent pour bien s'assurer des conditions de localisation de ces travailleurs-là.

Ce à quoi le porte-parole de Québec solidaire en matière d'immigration, Andrès Fontecilla a répondu : On comprend de la réponse du ministre que l'argent des contribuables peut servir à exploiter des travailleurs. La CAQ nous disait : "En prendre moins, mais en prendre soin". On comprend que pour le monde qui travaille dans les champs, c'est en prendre plus et on les abandonne.

En conférence de presse mardi après-midi, le premier ministre du Québec François Legault a indiqué qu'il trouvait inacceptables ces conditions de vie. J'espère que c'est un cas isolé. Le ministre de l'Agriculture André Lamontagne a parlé avec M. Demers, qui a dit qu'il allait corriger la situation. [...] C'est plus le gouvernement fédéral qui doit s'assurer que les conditions soient bonnes pour les travailleurs étrangers.

En entrevue à Radio-Canada, la députée solidaire de Sherbrooke Christine Labrie a quant à elle qualifié la situation d' inadmissible. Il y a des responsabilités que les employeurs doivent prendre pour traiter leurs employés décemment. Ce n’est pas acceptable de donner des fonds publics à des entreprises qui ne respectent pas les attentes minimales qu’on peut avoir comme société. Je pense que la plupart des Québécois ont été scandalisés de voir qu’ici, au Québec, des personnes étaient traitées comme ça.

Une inspection qui avait été jugée conforme

De son côté, Martin Gibouleau, président du conseil d’administration de la Fondation des entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole étrangère (FERME), soutient qu'une inspection avait été réalisée en bonne et due forme aux Productions horticoles Demers, et que les installations avaient été jugées conformes. L'organisme est mandaté par le fédéral pour réaliser ces inspections.

Ce qui s'est passé après cela, qui a entraîné la détérioration de ce logement, c'est vraiment grave. On ne cautionne pas du tout des conditions comme cela pour des travailleurs étrangers, affirme-t-il.

La dernière inspection aurait été faite en mai 2021, selon Martin Gibouleau, qui admet qu'il n'a pas lu le rapport de long en large. Cependant, il soutient avoir vu des photos de cette inspection, qui démontrent des traces de moisissure, mais jamais comme on voit dans ce qui a paru au cours des derniers jours.

Je ne comprends pas pourquoi les travailleurs n'ont pas dénoncé cela avant. Cela fait plus d'un an que la situation a été dénoncée. Je n'ai pas été mis au courant il y a un an, parce qu'on aurait pris des actions plus rapidement que cela.

Une citation de :Martin Gibouleau, président du conseil d’administration de la Fondation des entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole étrangère

Martin Gibouleau pense toutefois que la grande majorité des employeurs hébergent leurs travailleurs dans de très bonnes conditions.

De son côté, le PDG des Productions horticoles Demers, Jacques Demers, a refusé de commenter la situation davantage, mentionnant simplement qu'il s'affairait à planifier des échéanciers. Il n'a pas voulu rouvrir les portes des logements des travailleurs pour que Radio-Canada puisse vérifier si des améliorations y ont été apportées depuis avril, comme il l'a soutenu en entrevue lundi.

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