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Nouvel outil pour détecter les commotions cérébrales chez les tout-petits

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« L'outil en soi est un inventaire de toutes les manifestations qu'on pourrait observer après qu'un jeune enfant ait subi une commotion cérébrale », indique la neuropsychologue Miriam Beauchamp.

Photo : iStock / Iaremenko

La Presse canadienne

Un nouvel outil que sont à peaufiner des chercheurs du CHU Sainte-Justine permettrait de repérer plus facilement les commotions cérébrales chez les tout-petits et, du fait même, aider à quantifier l'ampleur du problème chez des patients qui n'ont pas toujours les mots nécessaires pour expliquer ce qu'ils ressentent.

L'outil en soi est un inventaire de toutes les manifestations qu'on pourrait observer après qu'un jeune enfant a subi une commotion cérébrale, a résumé la neuropsychologue Miriam Beauchamp. L'outil veut pallier l'absence de mesures et d'outils pour bien quantifier et qualifier les conséquences chez les jeunes enfants.

Les commotions cérébrales peuvent entraîner des symptômes cognitifs, comme des problèmes de raisonnement ou de concentration; des symptômes physiques, comme des troubles d'équilibre ou de sommeil; ou encore de symptômes comportementaux, comme de l'impulsivité, de l'irritabilité ou de l'anxiété.

Un enfant de moins de 5 ans ne disposera pas toujours du vocabulaire dont il a besoin pour décrire ce qu'il vit ou pour répondre aux questions des adultes.

La professeure Beauchamp et ses collègues ont donc collaboré avec le Service de l'urgence du CHU Sainte-Justine, avec des parents dont l'enfant a déjà subi une commotion cérébrale et avec d'autres intervenants pour compiler une liste des manifestations possibles chez des petits de cet âge.

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Le nouvel outil aidera à mesurer l’ampleur du problème chez les patients qui ne peuvent pas expliquer ce qu'ils ressentent.

Photo : Getty Images / freemixer

Quand on pense à un enfant de (0 à 6 ans), quand on parle de symptômes comme les maux de tête ou la perte d'équilibre, on peut se demander comment il va nous dire qu'il a mal à la tête, a-t-elle dit. Même à 3 ou 4 ans, le concept de la concentration ou de la confusion, ça peut être extrêmement difficile pour un enfant de rapporter à ses parents [qu'il ne se sent pas bien]. Rarement les enfants de cet âge-là vont nous dire ça aussi clairement.

Les manifestations sont illustrées avec des exemples concrets pour aider à les détecter.

Un enfant qui se tient la tête entre les mains ou qui se frotte le front pourra avoir mal à la tête. Un enfant qui abandonne un dessin ou un bricolage pourra avoir de la difficulté à se concentrer. Un enfant qui a perdu du poids ou qui refuse du dessert pourra ressentir des nausées.

Le grand défi de ce domaine de recherches et clinique-là, c'est qu'en bas âge, il y a aussi des comportements qui sont tout à fait normatifs, a souligné Mme Beauchamp. Un enfant de 2 ans qui est irritable, ça pourrait être un enfant en parfaite santé.

« Il faut être capables de départager ce qui pourrait être la conséquence de la blessure et ce qui ne l'est pas, donc l'outil va nous permettre de faire ça aussi. »

— Une citation de  Miriam Beauchamp, neuropsychologue

Certains items, poursuit Mme Beauchamp, requièrent d'avoir observé l'enfant dans son environnement. La liste de contrôle ne sera donc pas réservée au personnel soignant qui l'accueille à l'urgence, mais sera aussi destinée à ses parents ou même au personnel du service de garde qu'il fréquente.

Documenter ces symptômes-là, c'est la pierre angulaire de gérer et d'intervenir pour améliorer les conséquences des commotions cérébrales à tout âge, a-t-elle dit. Mais si on ne sait pas quels sont les symptômes chez les jeunes enfants, comment on peut faire une prise en charge efficace? On ne sait pas ce qu'ils vivent, on ne sait pas s'ils s'améliorent.

Moins dommageable pour les enfants?

On croyait traditionnellement que les traumatismes crâniens subis par des enfants aussi jeunes étaient moins dommageables, puisque la plasticité du cerveau leur permettrait de se rétablir complètement.

Ce n'est pas entièrement faux, dit Mme Beauchamp, et des enfants qui ont été victimes de blessures à la tête ont récupéré de manière presque miraculeuse, mais il n'y a aucune raison de croire qu'une blessure au cerveau en bas âge serait moins nocive chez un jeune enfant que chez un enfant d'âge scolaire ou chez un adolescent, par exemple.

Quand on vient perturber le fonctionnement du cerveau en bas âge, a-t-elle précisé, on peut aussi perturber l'apprentissage du langage, l'apprentissage de la motricité et les habiletés sociales.

Parfois, le cerveau, quand il se réorganise, il ne se réorganise pas de façon optimale, a-t-elle prévenu. On a souvent tendance à dire que la plasticité du cerveau est quelque chose de positif, mais ça peut aussi entraîner des changements qui dérogent un peu du développement normal.

Une fois mis au point, l'outil sera partagé avec des hôpitaux du Canada et des États-Unis qui, en retour, partageront leurs données avec les chercheurs du CHU Sainte-Justine.

Cela permettra de mieux quantifier la prévalence des commotions cérébrales chez les tout-petits et de mieux cerner la façon dont elles se manifestent.

Et éventuellement, on va pouvoir mieux comprendre l'impact en bas âge, a expliqué Mme Beauchamp. Est-ce qu'il est pareil que chez les enfants un peu plus vieux? Est-ce qu'il est pire? Est-ce qu'il est moins pire? Ça se pourrait aussi. Mais sans un outil comme ça, on ne peut pas vraiment venir comparer l'expérience des jeunes enfants avec celles des enfants plus vieux.

Les résultats de ces travaux sont présentés dans le journal médical Journal of Head Trauma Rehabilitation.

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