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Victimes des pensionnats autochtones : commémoration et consternation au Manitoba

Un chandail orange est suspendu  à côté d'un bouquet de tulipes elles aussi orange.

Ce chandail a été suspendu à l'extérieur de l'église catholique St. Mary's, au centre-ville de Winnipeg. Comme d'autres Manitobains, Vivian Ketchum voulait ainsi honorer la mémoire des 215 enfants enterrés dans un charnier, sur le site d'un ancien pensionnat autochtone à Kamloops, en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Travis Golby

Camille Kasisi-Monet

Les témoignages de sympathie déferlent dans les lieux publics, au Manitoba comme ailleurs au pays, afin de saluer la mémoire des 215 enfants autochtones dont la mort n'est pas documentée.

À Winnipeg, la patrouille du Bear Clan a aligné des chaussures au cercle Oodena de La Fourche, lieu emblématique de Winnipeg. Ces souliers représentent le travail consistant à marcher côte à côte sur le chemin de la réconciliation, qui mènera à la guérison du traumatisme lié à l'héritage des pensionnats autochtones au Canada, selon le groupe.

Dans la ville voisine de Selkirk, des résidents ont également installé une ligne de chaussures à l'extérieur du Centre d’amitié.

Des chaussures sont disposées par terre.

La patrouille du Bear Clan à Winnipeg a déposé des chaussures d'enfants au cercle Oodena de La Fourche à la mémoire des 215 enfants dont les restes ont été découverts à Kamloops la semaine dernière.

Photo : Radio-Canada / Travis Golby

De plus, des centaines de rubans orange ont été noués devant une église catholique du centre-ville de Winnipeg, samedi, par des survivants des pensionnats. Plusieurs d'entre eux disent que la découverte des restes des enfants a rouvert leurs blessures.

Journée chandail orange dans les écoles

Plusieurs divisions scolaires du Manitoba ont organisé une Journée du chandail orange le lundi 31 mai, à la suite de l'annonce de la macabre découverte.

La Division scolaire franco-manitobaine (DSFM) fait partie de celles qui ont mis leurs drapeaux en berne.

C’est un acte de solidarité avec nos frères et nos sœurs. Dans la communauté francophone et franco-métisse, on a une connexion spéciale avec les peuples des Premières Nations, ce sont nos alliés. On devrait avoir une journée nationale pour ce deuil, puisque c’est une tragédie nationale.

Une citation de :Robert Loiselle, enseignant de l’École Précieux-Sang

Par ailleurs, la DSFM a mis en place une équipe de conseillers qui pourra aborder la situation auprès des jeunes, afin de les aider à mieux vivre cette découverte traumatisante. Certains élèves et membres du personnel sont touchés de façon importante, a déclaré Robert Loiselle.

De son côté, le directeur de la DSFM, Alain Laberge a affirmé : Il faut qu’on puisse se souvenir de tout ce qui s’est passé et apprendre pour construire un meilleur futur. C’est pourquoi il invite les élèves et les membres du personnel à porter un chandail orange lundi.

La réaction tardive de Brian Pallister dénoncée

Alors que le premier ministre Brian Pallister a écrit dans un communiqué de presse, dimanche, qu'il était profondément attristé par la nouvelle, le grand chef de l’Assemblé des chefs du Manitoba, Arlen Dumas, qualifie d’inadéquate la réponse du gouvernement provincial à la découverte du charnier de 215 enfants.

Il a fallu plus de deux jours, après une avalanche de réactions dans les médias sociaux concernant son silence pour que Brian Pallister envoie une déclaration, qui ne comportait que quatre phrases, dit-il.

Selon Arlen Dumas, le contenu du communiqué était creux. Le silence du gouvernement provincial et le manque d’émotion de sa part ne font qu'intensifier la tristesse et la consternation ressenties par les peuples des Premières Nations, s’indigne le grand chef, qui a lui aussi invité les Manitobains à porter un chandail orange lundi.

Enquêtes réclamées au Manitoba

La porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière de justice et porte-parole des femmes, des filles et des personnes bispirituelles autochtones disparues et assassinées, Nahanni Fontaine, a demandé au gouvernement provincial d'effectuer des recherches dans tous les anciens pensionnats du Manitoba afin d'enquêter sur la présence de fosses communes.

Nahanni Fontaine est photographiée en gros plan à l'intérieur du Palais législatif du Manitoba.

La députée autochtone Nahanni Fontaine est la porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière de justice. Elle est aussi porte-parole des femmes, des filles et des personnes bispirituelles autochtones disparues et assassinées.

Photo : Radio-Canada / Thomas Asselin

Il y a 14 anciens pensionnats au Manitoba. Il est impossible de connaître le nombre exact d'enfants qui y sont morts car, selon un rapport de la Commission de vérité et réconciliation (CRV), les documents ont été détruits, perdus et rendus inaccessibles par les églises, les écoles et les ministères, déclare Mme Fontaine.

La députée rappelle qu'en 2015 Katherine Nichols, une étudiante diplômée de l'Université du Manitoba, a travaillé en collaboration avec la Nation Dakota de Sioux Valley, l'Université de Brandon, l'Église unie du Canada et la Gendarmerie royale du Canada pour enquêter sur les décès survenus dans un ancien pensionnat de Brandon.

Bien que seulement 11 enfants aient été répertoriés comme morts, les chercheurs ont découvert les noms de 70 enfants, dont beaucoup sont enterrés dans des tombes non marquées sur le site, grâce à des entrevues, des recherches dans les archives et des méthodes archéologiques.

Le ministre des pensionnats indiens pour la Fédération métisse du Manitoba, André Carrière, réclame lui aussi des enquêtes. Cette découverte met en lumière la tragédie et la vérité du système des pensionnats autochtones, qui ont été conçus pour enlever l'esprit des peuples autochtones du Canada, a-t-il rappelé.

Nahanni Fontaine ajoute qu’un rapport de la Commission de vérité et réconciliation recommande des stratégies gouvernementales pour documenter et commémorer les cimetières et les tombes non marquées des anciens pensionnats.

Avec des informations de CBC, de Laïssa Pamou et d'Abdoulaye Cissoko


Un soutien est offert à toute personne touchée par les effets persistants des pensionnats autochtones et à ceux déclenchés par les récentes découvertes. L'Indian Residential School Survivors Society peut être contactée sans frais, au 1 800 721-0066.

Une ligne de crise nationale pour les pensionnats autochtones a été mise en place pour fournir du soutien aux anciens élèves et aux personnes touchées. On peut accéder aux services de soutien psychologiques de crise en appelant la ligne de crise nationale 24 heures sur 24, au 1 866 925-4419.

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