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Découverte des restes de 215 enfants : un débat exploratoire se tiendra aux Communes

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Les hommages aux jeunes victimes se sont multipliés partout au pays. En Colombie-Britannique, des centaines de chaussures ont été placées sur les marches de la Vancouver Art Gallery en mémoire des disparus.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Radio-Canada

Le débat d’urgence réclamé par le chef néo-démocrate Jagmeet Singh sur la découverte des restes de 215 enfants sur le site d'un ancien pensionnat autochtone de Kamloops, en Colombie-Britannique, n’aura pas lieu. En revanche, les députés tiendront mardi soir un « débat exploratoire » sur le sujet à la suite d’une proposition du gouvernement libéral, acceptée à l’unanimité.

C’est un revirement que personne n’a encore expliqué. Plus tôt dans la journée de mardi, des représentants de tous les partis politiques, y compris le premier ministre Justin Trudeau lui-même, s'étaient pourtant dits en faveur du débat d'urgence.

M. Singh avait écrit une lettre au président de la Chambre des communes, Anthony Rota, lundi, pour lui faire part de sa position.

Tout comme les familles et les communautés discutent de cette importante question, le Parlement doit aussi le faire. Alors que le Parlement reprend ses travaux après la pause du week-end, il est impératif que les parlementaires aient l'occasion de discuter de ce génocide colonial, avait-il plaidé.

M. Singh a réitéré sa demande, le même jour, après la période de questions. Mais M. Rota lui a répondu que sa demande ne satisfaisait pas tous les critères d'un débat d'urgence.

Le député libéral Mark Gerretsen a alors proposé l'idée d'un débat exploratoire.

Le débat exploratoire

Selon le site de la Chambre des communes, un débat exploratoire donne aux députés l'occasion de débattre en détail d'une question ayant une portée nationale. Il est cependant différent d'un débat d'urgence qui, lui, ne peut attendre. Lors d’un débat exploratoire, aucune motion n’est mise aux voix. Au terme des débats, la séance est ajournée.

Plus tard dans l’après-midi, le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, qui dit être en contact avec les communautés autochtones, a indiqué qu’il fallait leur donner l’espace pour se mettre du même avis sur les protocoles à suivre pour faire honneur à ces enfants et exprimer leur douleur et leur deuil.

M. Miller a assuré aux communautés autochtones dans une entrevue à l’émission Le 15-18 d’ICI Première du soutien indéfectible du gouvernement dans leurs besoins surtout en santé mentale, où les plus jeunes peuvent être très affectés.

Concernant d’éventuelles fouilles autour des anciens pensionnats, qui étaient au nombre de 139 dans tout le pays, M. Miller a indiqué que le gouvernement était prêt à appuyer des actions avec l’accord des communautés autochtones.

Sur les recommandations de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, M. Miller a affirmé que la découverte des restes des enfants était une occasion pour réfléchir sur l’importance de procéder à une accélération en partenariat avec les communautés.

« Il faut qu’il y ait ce processus de vérité. Force est de constater que la vérité n’est pas connue dans toute son ampleur. On parle de peut-être 3000 à 4000 enfants, peut-être plus, qui ont péri. Aucune guérison sans vérité. »

— Une citation de  Marc Miller, ministre des Services aux Autochtones

De son côté, le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, s'est aussi exprimé lundi sur le sujet. C’est un moment sombre de l’histoire canadienne, a-t-il déclaré.

J’ai écrit au premier ministre pour lui demander d’agir sur-le-champ, afin d’aborder cette découverte indicible et de soutenir les communautés autochtones. Tout le pays est en deuil, a affirmé M. O’Toole lors d’un point de presse.

Dans l’esprit de la réconciliation, M. O’Toole a demandé au Parlement d’adopter le projet de loi C-15 afin de reconnaître les droits ancestraux ou issus des traités des Premières Nations, des Inuits et des Métis.

« Échec épouvantable »

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Le premier ministre Justin Trudeau s'est exprimé, lundi, sur la découverte des restes de 215 enfants retrouvés sur le terrain d'un ancien pensionnat à Kamloops la semaine dernière.

Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

Auparavant, le premier ministre Justin Trudeau a reconnu « un échec épouvantable » avec les peuples autochtones, tout en défendant l’implication politique de son gouvernement dans les dossiers qui les concernent.

Le premier ministre s’est prêté lundi à l’exercice délicat de nommer les maux de la nation dans un événement programmé pour tout autre chose : le lancement du Fonds de prêts pour l'entrepreneuriat des communautés noires.

Son allocution a surtout témoigné de la sidération collective des Canadiens à l’annonce de la découverte de restes d’enfants sur le site d’un ancien pensionnat autochtone, en Colombie-Britannique.

On ne peut pas imaginer 215 enfants enlevés à leurs familles, a-t-il commenté dans un discours empreint de commisération. Et s’ils revenaient, ils revenaient souvent avec des blessures profondes visibles et invisibles, mais beaucoup ne revenaient pas.

Selon M. Trudeau, ces derniers jours ont conduit à un éveil chez les Canadiens non autochtones qui ne savaient pas à quel point c’était horrible.

Il a réaffirmé à maintes reprises son engagement à découvrir la vérité dans un effort de réconciliation avec les peuples autochtones avec qui, selon ses termes, nous avons la garde partagée de ce territoire.

« En tant que gouvernement, nous nous sommes engagés à être présents pour la vérité et la réconciliation. »

— Une citation de  Justin Trudeau, premier ministre

Face à l’horreur de la situation, deux questions principales ont tourné en boucle entre les journalistes présents à la conférence de presse : quels gestes concrets Ottawa fera-t-il? Et quand?

En réponse, Justin Trudeau a évoqué la tenue d’une réunion plus tard dans l'après-midi, avec les ministres [Carolyn] Bennett, [Marc] Miller et [Dan] Vandal, ainsi qu'avec tous les ministres, au sujet des autres prochaines mesures que nous devons prendre pour soutenir les survivants et la communauté.

En mettant en avant les diverses initiatives engagées par son gouvernement – un budget spécifiquement destiné aux cimetières des pensionnats, en 2019, notamment – il a reconnu qu’il restait encore beaucoup à faire pour réduire le fossé économique, pour de meilleures écoles, pour mieux aider les familles et les enfants, les survivants des pensionnats, a-t-il énuméré.

Le premier ministre n’a pas précisé d’échéances ni de plan d’action, assurant vouloir travailler de concert avec les provinces et les territoires.

Vous ne pouvez pas aller de l’avant dans la réconciliation, sauf si c’est fait en partenariat avec les Autochtones, a-t-il insisté.

L'opposition réclame une enquête

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Gerry Shingoose a joué du tambour et chanté pour les 215 enfants de Kamloops, dont les décès ne sont pas documentés.

Photo : Facebook/Viv Ketchum

Pour le chef néo-démocrate Jagmeet Singh, cette macabre découverte est un triste rappel des actions génocidaires du Canada contre les peuples autochtones, dénonce-t-il.

À son avis, il n'est pas suffisant de pleurer la perte de ces enfants, il faut entreprendre des actions concrètes pour mettre en lumière ce qui s'est réellement passé.

« Ce n'est pas suffisant pour le gouvernement fédéral de faire des gestes symboliques; on demande des actions concrètes pour régler cette injustice. »

— Une citation de  Jagmeet Singh, chef néo-démocrate

M. Singh demande notamment qu'une enquête complète soit menée pour révéler les circonstances entourant la mort de ces enfants, et enquêter sur les autres sites des anciens pensionnats autochtones pour voir s'il y a d'autres cimetières non identifiés.

M. Singh demande également que le gouvernement fédéral laisse tomber toute poursuite contre les survivants des pensionnats autochtones.

Questionné sur le message qu'il aurait à transmettre aux familles de ces jeunes victimes, dont certaines étaient âgées de trois ans au moment de leur mort, le chef néo-démocrate a laissé tomber, la gorge serrée, après un long silence : Nous allons nous battre pour vous, pour obtenir justice.

Aide et soutien

Une ligne téléphonique bilingue d'aide aux anciens des pensionnats autochtones et aux personnes touchées par les pensionnats offre un soutien psychologique et fournit des références pour l'obtention d'aides. Elle est disponible 24 heures sur 24, au 1 866 925-4419.

La Ligne d'écoute d'espoir pour le mieux-être (Nouvelle fenêtre) apporte une aide immédiate à tous les membres des peuples autochtones, avec des conseillers sensibilisés aux réalités culturelles au téléphone (1 855 242-3310) ou par clavardage. De l'aide est également disponible sur demande en cri, en ojibwé ou en inuktitut.

La Colombie-Britannique propose également deux services de soutien, en anglais. La ligne téléphonique KUU-US est offerte aux membres des Premières Nations, en tout temps, par téléphone au 1 800 588-8717, ou sur le web au kuu-uscrisisline.com (Nouvelle fenêtre). L'Indian Residential School Survivors Society, en Colombie-Britannique, offre également une ligne de crise au 1 866 925-4419.

Avec les informations de La Presse canadienne

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