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Conditions des travailleurs : Demers se dit attristé, mais respectueux des règles

Des serres avec des légumes.

Même s'il admet qu'il y a du travail à faire, Jacques Demers soutient que les normes sont respectées.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Radio-Canada

Le pdg des Productions horticoles Demers, Jacques Demers, soutient « être attristé » par les conditions de vie de ses travailleurs étrangers, basés à Drummondville, et assure que « cela ne correspond pas à [ses] valeurs d'entreprise ».

Alors qu'il avait refusé une première entrevue avant la diffusion du reportage sur les conditions de vie des travailleurs étrangers à son emploi, Jacques Demers s'est exprimé sur la question, lundi. Il soutient que des améliorations ont été apportées aux logements depuis le passage de Radio-Canada, en avril dernier, et que les installations sont visitées régulièrement.

On a fait de la rénovation dans les salles de bain. Il y a une réparation dans un toit qui a été faite aussi. On a mis un lien de communication avec nos travailleurs, parce qu'on sentait qu'il y avait probablement une problématique de communication, souligne-t-il.

Il soutient également qu'ils ont rétabli des ponts avec le syndicat, pour que la communication soit améliorée, et que les dortoirs devraient être aérés pour que les employés aient davantage de place.

Je ne vous dis pas que c'est impossible. Mais je peux vous dire qu'on a déjà fait du nettoyage, de la peinture et je m'engage personnellement à aller voir [les installations] dans les prochains jours.

Une citation de :Jacques Demers, pdg des Productions horticoles Demers
Le pdg des Productions horticoles Demers, Jacques Demers.

Le pdg des Productions horticoles Demers, Jacques Demers

Photo : Radio-Canada

Même s'il admet que du travail reste à faire, Jacques Demers affirme que les installations ont l'aval d'Ottawa et que toutes les normes sont respectées.

On a des responsabilités comme entreprise, et ces responsabilités-là nous sont dictées par les normes mises en place par le gouvernement fédéral, explique-t-il. Ces chambres-là étaient autorisées, ces ratios de logement étaient permis et convenables selon les normes qu'on doit respecter.

De plus, il note que les mêmes travailleurs sont au rendez-vous, chaque année. Ce que je constate, dans l'ensemble de nos travailleurs, on a un taux de rétention de plus de 95 %. Les gens, particulièrement à Drummondville, reviennent année après année.

Il martèle que les images diffusées par le reportage ne correspondent pas du tout aux valeurs de Demers. Selon lui, la pandémie a aussi amené de nombreux problèmes de logistique, ce qui peut notamment expliquer les difficultés vécues l'an dernier. On ne peut pas exister sous ces bases-là de présomption, de non-respect, et on fait des actions.

On va corriger les choses, et on va faire des changements très rapidement.

Une citation de :Jacques Demers, pdg des Productions horticoles Demers
Des serres avec des légumes.

Stupéfaction et déception des élus

Plusieurs élus ont dit être estomaqués par les dénonciations faites par les travailleurs guatémaltèques.

La ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire Marie-Claude Bibeau déplore cette situation, et la juge inacceptable.

C'est grâce à eux que nos fermes peuvent bien fonctionner et notre sécurité alimentaire dépend de leur présence, affirme-t-elle. On accueille à peu près 60 000 travailleurs étrangers chaque année. On compte sur nos employeurs pour être exemplaires.

Elle est convaincue que la majorité des employeurs sont irréprochables, mais qu'il y a des délinquants, comme dans n'importe quelle activité.

Depuis le début de la pandémie, la ministre soutient que le gouvernement a augmenté les ressources pour la logistique, l'aide de première ligne et a procédé à davantage d'inspections. Elle admet cependant que les mesures doivent être resserrées davantage.

Avec la COVID, cela a permis de ressortir certaines histoires d'horreur [...] On veut revoir les normes de logement des travailleurs étrangers. Beaucoup de choses se font, mais des cas tombent à travers les mailles du filet.

Une citation de :Marie-Claude Bibeau, ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire

De son côté, le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec André Lamontagne se dit très préoccupé et très déçu, parce que les travailleurs étrangers temporaires [...] sont essentiels.

Le ministre croit, à l'instar de Marie-Claude Bibeau, que le cas des Productions horticoles Demers est un cas d'exception, puisque le discours qu'il entend, de la part des agriculteurs, est que le bien-être des travailleurs est primordial. Il rappelle d'ailleurs que les entreprises doivent offrir des conditions de vie décentes.

L'entreprise a besoin de prendre action, devant les faits avérés. Au moment où on se parle, l'entreprise doit sûrement être en train de prendre action, affirme-t-il.

Les entreprises ont l'obligation et l'intérêt de s'assurer de bien traiter leurs employés, de les traiter avec respect et dans la dignité.

Une citation de :André Lamontagne, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec

Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice ne comprend pas qu'en 2021, on puisse traiter des travailleurs et des travailleuses de cette façon-là. Il soutient que son parti fera pression pour que les normes soient respectées.

Si on est une société qui est véritablement progressiste et respectueuse des travailleurs et des travailleuses, on ne va pas exploiter des gens comme ça. On va leur donner de bonnes conditions de travail, de bonnes conditions de logement [...] Des choses de base que l'on considère nous autres comme acquises, fustige-t-il.

J'avais l'impression de lire un truc d'Émile Zola qui parlait des travailleurs du 19e siècle.

Une citation de :Alexandre Boulerice, député néo-démocrate dans Rosemont–La Petite-Patrie

Même s'il estime lui aussi qu'il s'agit d'un cas isolé, le président de l'Union des producteurs agricoles (UPA) Marcel Groleau se dit surpris et choqué par les photos qu'il a vues.

Ce ne sont pas dans ces conditions-là qu'on s'attend à ce que les travailleurs soient logés lorsqu'ils viennent au Québec.

Marcel Groleau souligne qu'il y a un mécanisme confidentiel, dans la province, qui permet aux travailleurs de porter plainte dans leur langue s'ils vivent une situation similaire. On a justement établi ce mécanisme pour s'assurer qu'ils puissent nous avertir. Ça me surprendrait qu'il y en ait beaucoup d'autres [situations similaires].

Pour nous, c'est une bonne chose que cette information-là soit sortie. Que cette information-là soit publique, pour que les choses soient corrigées.

Une citation de :Marcel Groleau, président de l'UPA

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