•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Pensionnats autochtones : des appels à étudier d'autres emplacements

Un femme tient une bougie lors d'une veillée à Calgary.

Une veillée s'est tenue à Calgary à la mémoire des 215 enfants autochtones dont les restes ont été retrouvés à Kamloops.

Photo : CBC/Terri Trembath

Radio-Canada

Des voix s’élèvent pour que les anciens pensionnats autochtones soient passés au peigne fin, dans le but d’identifier d’éventuels lieux contenant des restes d’enfants enterrés.

Après la découverte de 215 restes d’enfants sur le site d’un ancien pensionnat de Kamloops, des Autochtones de la Colombie-Britannique, de l’Alberta et de la Saskatchewan demandent que les lieux d'anciens pensionnats soient étudiés pour déterminer si d'autres restes d’enfants internés de force sont présents dans le sol.

Mary Ellen Turpel-Lafond, directrice du Centre d'histoire et de dialogue sur les pensionnats autochtones de l'Université de la Colombie-Britannique (UBC), pense que les sites des pensionnats devraient être protégés. Nous devons nous assurer qu'ils sont contrôlés et protégés afin que des enquêtes approfondies puissent être menées.

En point de presse lundi, le premier ministre Justin Trudeau a parlé de « l'héritage tragique des pensionnats » et promis des actions concrètes pour appuyer les survivants, leurs familles et les peuples autochtones, sans toutefois en préciser la nature.

Le gouvernement ontarien s'est quant à lui engagé à fouiller les anciens sites de pensionnats autochtones sur son territoire.

Des milliers de morts

Selon la Commission de vérité et réconciliation du Canada, il est difficile de donner le nombre exact du nombre de pensionnats autochtones ayant été en activité entre les années 1870 et 1990. On sait en revanche que plus de 150 000 enfants des Premières Nations, Métis ou Inuit ont été placés dans de tels établissements pendant ces années.

Au moins 4100 élèves sont morts dans ces établissements, soit plus de 1 sur 50, même si la Commission de vérité et réconciliation (CVR) estime que ce nombre pourrait atteindre au moins 6000.

Linc Kesler, directeur de la Maison d’apprentissage des Premières Nations de l'UBC, dit que ce n'est qu'une question de temps avant que le type de technologie radar utilisée par la Première Nation Tk'emlúps te Secwépemc ne révèle plus de preuves physiques des horreurs des pensionnats autochtones à travers le Canada.

Ce n'est absolument pas un incident isolé, dit M. Kesler.

La Convention de règlement relative aux pensionnats autochtones (Nouvelle fenêtre) estime pour sa part que plus de 100 pensionnats autochtones ont existé au Canada. Ce nombre exclut cependant les écoles qui fonctionnaient sans soutien financier du gouvernement fédéral et d'autres qui ont été déplacées ou renommées.

Utiliser la technologie des radars de pénétration du sol

Kisha Supernant, une Métisse descendante de la Première Nation Papaschase et professeure d'anthropologie à l’Université de l’Alberta, déplore qu’il soit très difficile d’estimer le nombre de sépultures d’enfants non marquées.

Son équipe et elle ont l’habitude d’utiliser des radars de pénétration du sol pour aider les communautés autochtones à trouver de telles sépultures. Mme Supernant estime que ce genre de méthode est essentielle pour ne pas abîmer les lieux étudiés.

La communauté scientifique peut apporter des preuves. Cela ne devrait pas être nécessaire, on devrait avant tout écouter les communautés, mais je suis heureuse de pouvoir les aider de cette façon, affirme la professeure.

Elle précise aussi que ce type de processus requiert la participation des communautés et exige d’être attentif à leurs sensibilités.

Kisha Supernant, dont des ancêtres ont été élèves dans des pensionnats autochtones, ajoute sa voix à celles des défenseurs et des leaders autochtones qui demandent au gouvernement fédéral de financer la tenue de telles recherches.

Terry Teegee, un chef régional de l'Assemblée des Premières Nations de la Colombie-Britannique, demande lui aussi que les sites soient protégés, mais dit que les démarches administratives compliquent cette tâche.

M. Teegee dit que la Première Nation de Tk'emlúps te Secwépemc a commencé le processus de recherche des corps il y a 20 ans. Selon lui, il faudrait que tous les ordres de gouvernement se réunissent pour éliminer les obstacles et fournir les ressources nécessaires pour identifier et commémorer la mémoire de tous les enfants qui ont disparu dans les pensionnats autochtones.

Linda Many Guns, vice-présidente agrégée de l’autochtonisation et la décolonisation à l’Université Mount Royal et descendante de survivants du système des pensionnats autochtones, affirme que le gouvernement a caché la vérité à de nombreux parents sur le sort de leurs enfants. Elle pense qu’il faudra donc entreprendre de nombreuses recherches pour découvrir leurs histoires.

Du financement fédéral refusé en 2009

Selon un rapport de la CVR, l’ancien ministère des Affaires indiennes s’opposait généralement à la restitution des corps d’enfants morts dans les pensionnats, à cause des coûts que cela engendrerait. On estime donc qu’il y a de nombreux restes humains enterrés dans ces lieux à cause des décès qui y ont été enregistrés, mais très peu de sépultures sont marquées, encore moins entretenues.

Le même rapport avait demandé au gouvernement fédéral de créer un registre en ligne des lieux de sépulture des pensionnats autochtones et de travailler avec les communautés concernées pour élaborer un plan d’identification, de documentation, de maintenance et de commémoration de ces lieux.

La CVR avait également demandé 1,5 million de dollars pour rechercher ces lieux en 2009. Ce financement avait été refusé.

Jackie Bromley, une survivante du pensionnat St Mary, installé sur la réserve Blood, dans le sud de l’Alberta, avait entendu de la bouche de ses camarades que des enfants avaient été enterrés dans la cour arrière, même si elle ne se rappelle pas avoir vu de pierres tombales.

Elle pense que le fait de pouvoir leur rendre hommage pourrait aider à la guérison. J’aimerais voir la liste des noms. Une vraie liste, ajoute-t-elle.

Avec les informations de Terri Trembath Briar Stewart, Joel Ballard et La Presse canadienne

Aide et soutien

  • Une ligne téléphonique bilingue d'aide aux anciens des pensionnats autochtones et aux personnes touchées par les pensionnats offre un soutien psychologique et fournit des références pour l'obtention d'aides. Elle est disponible 24 heures sur 24, au 1 866 925-4419.
  • La Ligne d'écoute d'espoir pour le mieux-être (Nouvelle fenêtre) apporte une aide immédiate à tous les membres des peuples autochtones, avec des conseillers sensibilisés aux réalités culturelles au téléphone (1 855 242-3310) ou par clavardage. De l'aide est également disponible sur demande au téléphone en cri, ojibwé et inuktitut.
  • La Colombie-Britannique propose également deux services de soutien, en anglais. La ligne téléphonique KUU-US est offerte aux membres des Premières Nations, en tout temps, par téléphone au 1 800 588-8717, ou sur le web au kuu-uscrisisline.com (Nouvelle fenêtre). La Indian Residential School Survivors Society, en Colombie-Britannique, offre également un service de crise au 1-866-925-4419.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !