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Israël : Nétanyahou acculé, ses opposants près d'un accord de gouvernement

Benyamin Nétanyahou.

Les tractations de l'opposition et la droite radicale pourraient marquer la fin de l'ère Nétanyahou.

Photo : Getty Images / JACK GUEZ

Agence France-Presse

Israël sans Benyamin Nétanyahou? L'opposition et la droite radicale négocient lundi les termes d'une alliance pour instaurer un « gouvernement du changement » susceptible de pousser vers la sortie le premier ministre au pouvoir pendant 15 ans et prêt à tout pour y rester.

Le sort de M. Nétanyahou, qui tient le record de longévité à son poste en Israël, sera connu mercredi à 23 h 59 heure locale, délai donné par la loi au chef de l'opposition, Yaïr Lapid, pour annoncer s'il est parvenu ou non à former une équipe gouvernementale.

Après 11 jours de guerre entre Israël et le mouvement palestinien Hamas et de trêve des tractations politiques en Israël, Naftali Bennett, le chef de la droite radicale, a changé la donne dimanche en annonçant son ralliement au gouvernement d'union que tente de monter en urgence le centriste Lapid, rival de M. Nétanyahou.

Le chef de la droite radicale Naftali Bennett.

Le leader du parti israélien Yemina, Naftali Bennett, arrive à la Knesset, le Parlement israélien, pour faire une déclaration politique à Jérusalem, le 30 mai 2021.

Photo : Getty Images / YONATAN SINDEL

À la tête du parti Yesh Atid (Il y a un futur, en français), M. Lapid a été chargé par le président Reuven Rivlin au début du mois de mai de dégager une majorité de coalitions pour sortir Israël de deux ans de crise politique, la plus longue de l'histoire du pays.

M. Lapid a affirmé lundi qu'il y avait encore beaucoup d'obstacles à la mise en place d'une coalition susceptible de pousser M. Nétanyahou vers la sortie. Mais, les équipes du centriste Lapid et de la droite radicale de Naftali Bennett continuent de négocier les termes d'une périlleuse alliance pour instaurer ce qu'ils appellent un gouvernement du changement.

S'il y parvient, le chef du parti Yesh Atid aura sept jours pour répartir les différents portefeuilles et obtenir un vote de confiance du Parlement. Dans une semaine, l'État d'Israël peut se retrouver dans une nouvelle ère, a-t-il ajouté devant des membres de son parti et des journalistes au Parlement à Jérusalem.

Selon le parti Yamina de M. Bennett, les négociations reprennent lundi entre les équipes de MM. Lapid et Bennett pour tenter de formaliser leur alliance.

Et Yaïr Lapid doit s'exprimer à 14 h 30, heure locale, depuis la Knesset, le Parlement, pour faire le point sur ces rebondissements, a annoncé son parti.

Mais rien n'est encore joué.

Yair Lapid.

Yair Lapid, leader de l'opposition et président du parti israélien Yesh Atid.

Photo : Getty Images / GIL COHEN-MAGEN

Il reste à M. Lapid encore quatre députés à rallier pour atteindre le chiffre de 61 sur les 120 parlementaires requis pour former une coalition, sans compter sur de possibles manœuvres de dernière minute de M. Nétanyahou, chef du Likoud, décidé à s'accrocher au pouvoir après 12 ans de règne continu.

Rien n'est fait tant que ce n'est pas concrétisé, même s'ils [Lapid et Bennett] sont en meilleure position, Bibi [surnom de M. Nétanyahou] a toujours un tour d'avance, il n'est pas encore parti, avertit Jonathan Rynhold, professeur de sciences politiques à l'université Bar Ilan.

Après le ralliement Bennett-Lapid, M. Nétanyahou a mis en garde contre un danger pour la sécurité de l'État d'Israël et a parlé d'arnaque du siècle.

Il [Nétanyahou] ne peut plus rien faire pour ce pays, a soutenu une habitante de Tel-Aviv, qui soutenait Benyamin Nétanyahou jusqu'aux dernières élections, et qui se dit désormais très en faveur de ce gouvernement d'unité.

Le quotidien de droite Maariv parle désormais d'une rupture, avec un Benyamin Nétanyahou plus que jamais acculé. Naftali Bennett est soudainement apparu comme un premier ministre, et Benyamin Nétanyahou est devenu un chef de l'opposition, note l'éditorialiste Ben Caspit.

Le premier ministre en péril avait tenté dimanche le tout pour le tout, proposant une formule périlleuse : un bloc de droite, avec M. Bennett et Gideon Saar, chef d'un petit parti de droite, sur le principe d'une rotation à trois.

Les deux intéressés ont décliné, M. Bennett accusant M. Nétanyahou de chercher à emmener [...] tout le pays avec lui dans sa dernière bataille personnelle.

Dimanche soir, des dizaines de manifestants se sont rassemblés devant le domicile de la numéro deux du parti Yamina, Ayelet Shaked, pour protester contre cette alliance, considérée comme une trahison par les supporters les plus virulents de M. Nétanyahou.

Un porte-parole du Parlement a confirmé à l'AFP que des mesures de sécurité renforcées ont été prises pour la protection personnelle de Mme Shaked et de M. Bennett.

Yaïr Lapid a obtenu jusque-là l'appui de 57 députés, de gauche, du centre, de deux formations de droite et du parti Yamina. Il doit encore engranger quatre soutiens et compte pour cela sur les partis arabes israéliens, qui ne se sont pas encore clairement positionnés.

La gauche fait des compromis loin d'être faciles, quand elle m'octroie à moi [...] le rôle de premier ministre, a déclaré dimanche M. Bennett, proche des colons israéliens.

Selon les médias israéliens, un accord prévoit qu'il prenne la tête du gouvernement pendant les deux premières années, avant de laisser sa place à M. Lapid.

Fin de l'ère Nétanyahou?

Ce scénario marquerait la fin d'une ère politique, entamée il y a 25 ans avec l'élection de Benyamin Nétanyahou contre Shimon Peres, l'artisan des Accords d'Oslo sur l'autonomie palestinienne. M. Nétanyahou a ainsi gouverné une première fois de 1996 à 1999. Revenu au pouvoir en 2009, M. Nétanyahou ne l'a plus quitté depuis.

Jugé pour corruption dans trois affaires, il est le premier chef de gouvernement israélien à faire face à des poursuites criminelles en cours de mandat. Et celles-ci pourraient le rattraper s'il venait à perdre son immunité accordée en l'état de la loi, de par son statut de premier ministre.

Si d'ici mercredi en fin de soirée le camp anti-Nétanyahou ne parvient pas à former un gouvernement, 61 députés pourront demander au président de charger à nouveau un parlementaire pour le faire.

Ou bien, le scénario le plus redouté par les électeurs déjà appelés à voter quatre fois en moins de deux ans : un retour aux urnes.

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