•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Dossiers d’immigration en attente : « la pandémie n’est plus une excuse »

Des personnes dont on ne voit pas le visage sont assises et tiennent dans leurs mains un petit drapeau canadien.

Des candidats à l'immigration permanente au Canada dénoncent le manque de transparence d'IRCC.

Photo : Reuters / Mark Blinch

Il n’y a pas que les travailleurs sélectionnés par le Québec qui sont dans l’attente d'obtenir leur résidence permanente. Beaucoup d’autres candidats à l’immigration économique, dont des candidats des provinces, sont dans le flou et une attente interminable.

Certains rêvent de s’installer dans l’est, d’autres dans l’ouest du Canada.

Parmi eux, il y a Hamza Hamali, cadre chez Pfizer au Maroc. Depuis 2016, il nourrit avec sa famille le projet d’immigrer dans les Prairies et d’aller vivre à Winnipeg. Leur demande de résidence permanente est en traitement depuis janvier 2019.

En janvier 2020, toutes les étapes du dossier, incluant la visite médicale, étaient franchies.

Depuis, aucune nouvelle de la part d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).

J'ai fait de nombreux suivis et j'ai seulement eu des réponses automatiques. Le gouvernement fédéral répète que c’est à cause de la pandémie. Il ne faut pas se cacher derrière la pandémie. La pandémie, elle est là, mais qu’est ce qu’ils font pour gérer la situation?

Une citation de :Hamza Hamali, candidat des provinces, sélectionné par le Manitoba
Un homme tient avec fierté le drapeau du Canada.

Hamza et sa famille sont venus visiter Winnipeg en septembre 2018.

Photo : Image fournie par Hamza Hamali

L’employé de Pfizer demande une chose simple : débloquer les dossiers et donner des informations claires et précises. Qu’ils nous disent ce qui se passe dans nos dossiers. Une fois qu’ils seront approuvés, on n’a aucun problème à attendre la levée des restrictions pour pouvoir venir au Canada, déclare Hamza Hamali.

Mêmes revendications pour Asmae Afkir, qui vit aussi au Maroc, Wassila Cherif, qui habite à Oran, en Algérie, ou encore Zied Sayeh, qui vit en Tunisie. Les demandes de résidence permanente de ces immigrants francophones sont hors délais, parfois même depuis avant la pandémie.

Le 2 septembre 2019, je suis parvenue à mes délais de traitement, qui étaient à l’époque de 18 mois. Soit mon dossier traîne dans un tiroir, soit on doit me répondre convenablement. La pandémie n'est plus une excuse.

Une citation de :Wassila Cherif, candidate des provinces, avec sa famille, sélectionnée par le Nouveau-Brunswick

Des délais allongés

De façon générale, les délais se sont allongés pour à peu près toutes les demandes de résidence permanente, atteste de son côté l’avocate en immigration montréalaise Caroline Turcotte-Brûlé.

Depuis mars 2020, le ministère fédéral de l’Immigration indique ne pas pouvoir fournir de délais de traitement précis pour la plupart des demandes.

Les délais actuels estimés pour les dossiers papier des candidats des provinces sont de 21 mois.

Pourquoi le ministère de l’Immigration nous traite ainsi? Quand il nous écrit, on a normalement 30 jours pour répondre et fournir nos informations. Nous faisons tout pour nous conformer aux délais imposés par le ministère alors que de son côté, il ne respecte même pas ses propres délais, souligne Wassila.

Découragée par le manque d’information au sujet de leur dossier, Wassila Cherif a créé avec d’autres, pendant la pandémie, des groupes de soutien et d’échange sur Facebook.

L’un d’entre eux, Les Outland du Canada, regroupe environ 650 personnes.

Mme Cherif a aussi décidé, avec d'autres candidats, d'envoyer des correspondances au cabinet du premier ministre Justin Trudeau, au ministre fédéral de l'Immigration, Marco Mendicino, ainsi qu’à un grand nombre de députés de différents partis dans l’espoir que les choses bougent, sans succès.

Extrait d'un courriel.

Une lettre ouverte signée par des dizaines de candidats à l'immigration vivant à l'étranger, dont des candidats des provinces, des travailleurs du programme Entrée express et des travailleurs sélectionnés par le Québec a été envoyée au gouvernement du Canada au cours de l'été 2020.

Photo : Image fournie par Wassila Cherif

À travers les témoignages, nous avons remarqué que des dossiers en traitement à Sydney, en Nouvelle-Écosse, sont au point mort, alors que d’autres bureaux de traitement, comme le bureau des visas à Paris, ont délivré, même pendant la pandémie, la confirmation de résidence permanente à des candidats, signale Wassila Cherif.

Certains, dont les dossiers ont été soumis après le sien, ont même pu venir s’installer au Canada durant la crise sanitaire, selon Asmae Afkir.

Une femme, souriant, est accroupie dans l'herbe près de l'université de Saint-Boniface, à Winnipeg.

Asmae Afkir, son mari et leur petite fille de 4 mois ont fait leur visite exploratoire du Manitoba en juin 2018.

Photo : Image fournie par Asmae Afkir

Fin 2019, vers ce que nous pensions être la fin de notre dossier, mon mari et moi avons vendu notre maison, notre voiture, raconte Asmae Afkir, sélectionnée par le Manitoba.

Nous étions excités à l’idée de partir bientôt pour le Canada avec notre petite fille. Aujourd’hui, nous louons un appartement, dans l’attente et l’incertitude totale. J’ai l’impression que ce cauchemar ne va jamais se finir.

Une priorité aux candidats déjà au Canada

IRCC a décliné nos demandes d’entrevue.

Par écrit, le ministère fédéral de l’Immigration dit accorder la priorité au traitement des demandes des candidats qui sont au Canada.

Pour ceux qui sont à l’étranger, le ministère indique que les personnes qui ont reçu leur confirmation de résidence permanente après le 18 mars 2020 et qui sont exemptées des restrictions de voyage en tant que membres de la famille immédiate d’un citoyen canadien ou d’un résident permanent sont autorisées à se rendre au Canada, en respectant les restrictions sanitaires en place à leur arrivée.

IRCC garantit que les nouveaux résidents permanents dont la demande a été approuvée après le 18 mars pourront venir au Canada une fois les restrictions de voyage levées.

Faut-il encore approuver les demandes, note Wassila Cherif.

On est fatigués, dégoûtés. On est des futurs canadiens, nos enfants seront des futurs canadiens. Comment peut-on venir dans un pays qui nous a traités ainsi?

Une citation de :Wassila Cherif, candidate des provinces, sélectionnée par le Nouveau-Brunswick

On ne peut pas vivre entre deux rêves. On ne peut pas vivre avec notre cœur dans un pays et notre corps ici. L’engagement et la motivation qui sont nécessaires pour un tel projet de vie, on les a perdus, témoigne Hamza Hamali.

Cette semaine, la commissaire à l'information du Canada Caroline Maynard a par ailleurs incité Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada à remettre en cause le statu quo en ce qui concerne son traitement des demandes d'accès à l'information.

Beaucoup des problèmes liés à l'accès à l'information à IRCC peuvent être réglés en adoptant une nouvelle approche pour fournir aux Canadiens, comme aux éventuels nouveaux Canadiens, l'information qu'ils recherchent , a déclaré la commissaire Caroline Maynard.

En 2019-2020, IRCC a reçu près de trois fois plus de demandes d'accès que toutes les autres institutions fédérales combinées.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !