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Les éleveurs de boeuf canadiens craignent les élans protectionnistes américains

Des boeufs dans un champs.

L'industrie bovine canadienne évalue la valeur annuelle de ses exportations de bœuf et de bovins vivants vers les États-Unis entre 2,5 et 3 milliards de dollars.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

L'industrie canadienne du bœuf s'inquiète de la volonté d'éleveurs américains de réclamer à nouveau l'étiquetage obligatoire du pays d'origine du bœuf et du porc, un régime qui avait coûté cher aux éleveurs canadiens lors de sa première adoption, en 2008.

C’est l’Organisation mondiale du commerce, l’OMC, qui a mis fin à l'étiquetage obligatoire du lieu de naissance, d'élevage et d'abattage de la viande en 2015. Elle avait alors jugé que les États-Unis violaient le droit commercial international.

Malgré tout, le soutien à cette stratégie persiste chez certains éleveurs américains. Les efforts pour ressusciter la réglementation continuent également chez certains politiciens.

Même si le président américain Joe Biden a rejeté la rhétorique de l’Amérique d'abord de son prédécesseur, il promeut tout même une politique d'achat local qui l’a poussé à annoncer la poursuite des vieilles batailles devant l'OMC.

Des politiciens américains ont abordé le sujet à deux reprises lors des audiences en vue de la confirmation du nouveau secrétaire à l'agriculture, Tom Vilsack.

Tom Vilsack a été secrétaire à l'agriculture durant l'administration Obama, lorsque la mesure était en place. Lors de son audience de confirmation, en février dernier, il a dit être prêt à travailler sur une nouvelle façon de mettre en place l'étiquetage du pays d'origine.

Gros plan de Tom Vilsack

Tom Vilsack a déjà occupé le rôle de secrétaire à l'Agriculture.

Photo : Reuters / MIKE SEGAR

Ceux qui soutiennent le retour du régime d'étiquetage disent que c'est une question de transparence et de concurrence. Ils pensent que les consommateurs américains doivent avoir le choix d'acheter du bœuf produit exclusivement aux États-Unis afin de soutenir leurs agriculteurs et les éleveurs du pays.

L'étiquetage du pays d'origine pour le bœuf est une nécessité, selon Bill Bullard, le directeur général du R-CALF, une association de commerçants de bétail américaine qui représente environ 5500 agriculteurs et éleveurs dans 44 États.

Un secteur en crise aux É.-U.

M. Bullard pense que cette mesure pourrait aider ce secteur en difficulté. Selon lui, le nombre d'entreprises de l'industrie décline depuis 25 ans.

Un autre problème des éleveurs, précisent-ils, c'est qu'ils ne profitent pas de la flambée des prix du boeuf au détail, alors que le moment où l'étiquetage était en vigueur a coïncidé avec celui où les éleveurs ont été le plus cher payés pour leur boeuf dans l'histoire.

Bill Bullard avec un chapeau de cowboy sur la tête.

Bill Bullard estime que l'étiquetage du pays d'origine est nécessaire pour protéger l'industrie bovine de son pays.

Photo : R-CALF États-Unis

En attendant que cette réglementation entre de nouveau en vigueur, certaines usines de transformations de viande apposent sur leurs produits une étiquette indiquant leur viande vient des États-Unis.

Une forte opposition aux É.-U.

Le désir de voir revenir l'étiquetage de l'origine n'est pas nécessairement commun dans l'industrie bovine américaine, puisqu'il y a une forte opposition de la part des grands groupes de producteurs.

L'un des principaux opposants à la pratique est l'Association nationale des producteurs de boeuf, la plus ancienne et la plus grande association représentant les éleveurs de bovins américains.

Le directeur principal du commerce international de l'organisation, Kent Bacus, pense l'étiquetage est un problème rampant régulièrement ressuscité par de petits segments de l'industrie qui veulent plus d'intervention gouvernementale, de protectionnisme et qui sont déconnectés des réalités économiques actuelles.

La dernière chose que nous voulons, c'est entrer dans une autre guerre commerciale avec le Canada et le Mexique, dit-il.

L'Institut nord-américain de la viande, la plus grande association commerciale représentant les usines de transformations et de conditionnement de viande des États-Unis, a aussi rappelé qu'il était opposé au retour de l'étiquetage de l'origine.

Les Canadiens restent vigilants

L'industrie bovine canadienne dit exporter annuellement l'équivalent de 2,5 milliards à 3 milliards de dollars vers les États-Unis.

C'est pourquoi on doit faire attention aux développements à ce sujet, explique Carlo Dade, un expert du commerce nord-américain de la Fondation Canada West, un groupe de réflexion sur les politiques publiques de Calgary.

C'est comme pour le bois d'œuvre et d'autres problèmes récurrents avec les Américains : ça ne disparaît jamais, pense-t-il.

Avant la première entrée en vigueur d'une politique d'étiquetage de l'origine, les producteurs canadiens pouvaient exporter des animaux vivants vers 16 endroits aux États-Unis, et ce, de cinq à six jours par semaine, selon Dennis Laycraft, vice-président de l'Association canadienne des éleveurs.

Dennis Laycraft dans son bureau.

Dennis Laycraft, le vice-président de l'Association canadienne des éleveurs.

Photo : Radio-Canada / Dan McGarvey / CBC

Lorsque ces règles sont entrées en vigueur, nous sommes tombés à six endroits seulement, et cinq d'entre eux ne prenaient notre bétail qu'une journée par semaine, se rappelle-t-il.

Pendant le conflit commercial, Ottawa a estimé que les règles américaines ont coûté aux industries canadiennes du porc et du bœuf environ un milliard de dollars par an.

Selon Michel Cimpaye, un porte-parole d'Affaires mondiales Canada, l'OMC a déjà tranché. Il espère maintenant que les États-Unis continueront de respecter cette décision et leurs obligations.

Le Canada continuera de défendre l'industrie canadienne du bœuf et s'opposera fermement à toute nouvelle proposition des États-Unis visant à ressusciter l'étiquetage obligatoire du pays d'origine du bœuf et du porc, déclare-t-il.

Dennis Laycraft, se veut rassurant et rappelle que le Canada a de nombreux alliés. Cela dit, nous sommes constamment sur nos gardes, dit-il.

Avec les informations de Tony Seskus

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