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Enquête sur l'origine du coronavirus : l'OMS réclame la fin de l’ingérence politique

Deux femmes portent des habits de protection sophistiqués.

Sur cette photo datant de 2017, on voit des chercheurs dans un laboratoire de l'Institut de virologie de Wuhan.

Photo : Associated Press / Chinatopix

Radio-Canada

Pressée de toutes parts pour qu’elle lance une nouvelle enquête sur les origines de la COVID-19 et qu’elle étudie de plus près l’hypothèse d'un accident de laboratoire survenu à Wuhan, en Chine, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) demande de laisser les scientifiques travailler et réclame la fin de l’ingérence politique à ce sujet.

Publié fin mars, le rapport des experts de l’OMS sur l’origine de l’épidémie a conclu que l'hypothèse la plus probable sur les quatre qu’ils avaient envisagées est la transmission du nouveau coronavirus d'une chauve-souris à un animal intermédiaire, pas encore connu, puis à l’humain.

L’incident de laboratoire a pour sa part été qualifié d’extrêmement improbable par ces experts, qui recommandaient de poursuivre les recherches sur leur hypothèse principale, mais aussi sur d’autres scénarios.

Ce rapport avait été critiqué par de nombreux gouvernements, dont le gouvernement canadien, pour le contrôle très serré qu’a exercé Pékin sur les enquêteurs envoyés en Chine.

L’OMS n’a cependant pas poursuivi ses investigations, poussant la communauté scientifique elle-même à réclamer plus d’une fois une enquête plus approfondie.

Des marchands apprêtent de la viande dans un kiosque de ce marché.

Ce marché de Wuhan est soupçonné d'être un des premiers lieux d'éclosion du SRAS-CoV-2 et qui a laissé penser à une origine animale du coronavirus.

Photo : afp via getty images / NOEL CELIS

Au début du mois de mai, une lettre publiée dans la revue Science et signée par 18 scientifiques demandait justement une enquête appropriée et critiquait le rapport de l’OMS pour avoir rejeté si rapidement la théorie de l’accident de laboratoire.

Ont ensuite suivi les États-Unis, l'Union européenne et plusieurs autres pays cette semaine, qui ont également réclamé une nouvelle enquête.

Le président des États-Unis, Joe Biden, a aussi appelé mercredi les services de renseignement américains à redoubler d'efforts pour expliquer l'origine de la COVID-19, exigeant un rapport d'ici 90 jours.

Mais l’OMS affirme toujours examiner les recommandations du rapport publié fin mars. Les équipes techniques vont préparer une proposition sur les prochaines études à mener, a réitéré une porte-parole, Fadela Chaib; une réponse semblable à celle donnée par l'OMS fin avril.

Pourquoi rejeter si vite l’idée d’un accident de laboratoire?

La théorie de l’accident de laboratoire postule que les chercheurs de l'Institut de virologie de Wuhan, qui travaillent sur les coronavirus, auraient modifié ces virus pour mieux les comprendre, et qu'un accident de laboratoire aurait permis au virus de s'échapper.

Rapidement rejetée au début de la pandémie, elle est maintenant sérieusement reconsidérée par les scientifiques. Rien ne laisse penser qu’elle est plus probable que celle de l’origine animale du virus, mais c’est l’insistance à la mettre de côté qui laisse planer le doute.

Les deux théories n'ont pas été considérées de manière équilibrée [dans le rapport de l’OMS], ont d’ailleurs écrit les 18 scientifiques dans leur lettre à Science. Seules 4 des 313 pages du rapport et de ses annexes ont abordé la possibilité d'un accident de laboratoire.

Des gens parlent devant un édifice.

Des experts de l'Organisation mondiale de la santé ont mené une enquête à Wuhan sur les origines de l'épidémie de COVID-19 en Chine en février 2021.

Photo : Reuters / ALY SONG

C’est ce que confirme Akiko Iwasaki, professeure d'immunobiologie à la Faculté de médecine de l'Université Yale et l'une des signataires de la lettre.

Même s'il y a très peu de preuves pour l'une ou l'autre de ces possibilités, ce rapport dit essentiellement que l’accident de laboratoire est extrêmement improbable, alors que les autres possibilités sont possibles ou probables. Donc, en tant que scientifique, cela semble un peu gênant sans aucune donnée de conclure la probabilité de ces scénarios de cette manière, explique-t-elle.

Seul scientifique canadien à avoir signé la lettre, le Dr David Fisman, épidémiologiste à l'École de santé publique Dalla Lana de l'Université de Toronto, est du même avis. Il estime que l'enquête inadéquate de l'OMS a constitué une étape importante dans le changement d'attitude à l'égard de la théorie.

« L'enquête a été présentée de manière tellement déraisonnable. »

— Une citation de  Le Dr David Fisman

Publier un rapport de 300 pages sur les origines du virus qui ne peut rien conclure, si ce n'est qu'il conclut très fermement qu'il ne vient pas du laboratoire, c’est la dame qui proteste trop, lance-t-il.

Pour sa part, le Dr Peter Hotez, doyen de l'École nationale de médecine tropicale du Baylor College of Medicine, au Texas, considère que le manque de coopération de la Chine dans cette enquête permet de se poser des questions.

Au fur et à mesure que le temps passe, le fait que la Chine n'autorise aucune enquête de fond sur les origines de la maladie va naturellement conduire les gens à se demander pourquoi, estime-t-il.

Et donc, chaque fois qu'une nouvelle bribe de preuve qui semble étrange apparaît, les gens sont de plus en plus enclins à sauter à la conclusion que le virus a des origines humaines, poursuit-il.

Justement, un nouveau fait curieux en lien avec le coronavirus a été rapporté cette semaine par le Wall Street Journal. Selon le quotidien, trois chercheurs de l'Institut de virologie de Wuhan ont eu besoin de soins hospitaliers en novembre 2019, un mois avant que la Chine rapporte les premiers cas de COVID-19.

Avec les informations de Agence France-Presse, et CBC

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