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Ce n'était pas la « première guerre » de l'histoire

Photographie d’archive illustrant une tombe double avec l’indication par les crayons de la position des artéfacts lithiques associés.

Photographie d’archive illustrant la tombe double des individus JS 20 et JS 21 avec l’indication par les crayons de la position des artéfacts lithiques associés.

Photo : Fond d’Archives Wendorf du British Museum

Radio-Canada

Les nombreux restes humains découverts dans les années 1960 dans la vallée du Nil, au Soudan, ne sont pas la preuve d’une guerre préhistorique, mais plutôt celle d’une succession d’épisodes violents, sans doute exacerbés par des changements climatiques, affirment des scientifiques français.

Le cimetière de Jebel Sahaba est aujourd’hui englouti par le lac Assouan. Des milliers d’ossements et une centaine de pièces de pierre y ont été mis au jour. Depuis sa découverte, il était devenu l’emblème du concept de guerre organisée durant la Préhistoire, notent les scientifiques dans un communiqué publié par l’Université Toulouse - Jean Jaurès.

Cette interprétation restait toutefois controversée.

De 2013 à 2019, les anthropologues Marie-Hélène Dias-Meirinho et Isabelle Crevecoeur et leurs collègues préhistoriens et géochimistes ont analysé de nouveau les ossements de 61 individus conservés au British Museum de Londres afin de mieux définir le contexte archéologique de l’événement… ou plutôt des événements.

Trace d’impact de projectile avec éclat lithique sur un os.

Trace d’impact de projectile avec éclat lithique à la surface postérieure de l’os coxal gauche de l’individu JS 21.

Photo : Isabelle Crevecoeur/Marie-Hélène Dias-Meirinho

Ce travail, parfois mené au microscope, a permis de distinguer les traces de blessures de guerre de celles produites après l’enfouissement. Une centaine de nouvelles lésions, cicatrisées ou non, ont pu être identifiées, certaines présentant des éclats lithiques non reconnus précédemment et encore fichés dans les os, expliquent les auteurs de ces travaux, dont le détail est publié dans les Scientific Reports (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Les ossements de nombreux individus inhumés à Jebel Sahaba (environ la moitié) portent des lésions produites par des projectiles, dont des pointes.

Nouvelle interprétation

Outre les 20 déjà identifiés, 21 autres squelettes présentent des lésions, presque toutes évocatrices de violences interpersonnelles, comme des traces d’impacts de projectiles ou des fractures.

Les chercheurs ont aussi établi que les restes de 16 individus portent à la fois des lésions cicatrisées et non cicatrisées, ce qui laisse à penser à des épisodes de violence répétés à l’échelle de la vie d’une personne et non d’un conflit unique.

Les chercheuses Marie-Hélène Dias-Meirinho et Isabelle Crevecoeur étudient des restes humains de Jebel Sahaba.

Marie-Hélène Dias-Meirinho (gauche) et Isabelle Crevecoeur (droite) étudient des restes humains de Jebel Sahaba.

Photo : Marie-Hélène Dias-Meirinho

De plus, certains squelettes semblent avoir été perturbés par des inhumations plus tardives. De manière étonnante, hommes, femmes et enfants semblent avoir été traités de manière indifférenciée en termes de nombre et de type de lésions ou encore de la direction dont provenaient les projectiles.

Ces nouvelles connaissances révèlent également que de nombreuses lésions ont été produites par des projectiles composites, des armes de jet (flèches ou lances) composées de plusieurs pièces lithiques tranchantes, dont certaines sont emmanchées latéralement.

Selon les chercheurs, la présence de pointes diversement taillées, avec des variations dans l’orientation du tranchant, laisse à penser que l’objectif recherché était de lacérer et faire saigner la victime.

Une série d’événements

Ces travaux permettent, selon leurs auteurs, de rejeter l'hypothèse d’un cimetière de catastrophe lié à une guerre unique. Le site témoigne plutôt d’une succession de raids ou d’embuscades plus limités envers ces chasseurs-pêcheurs-cueilleurs, à une époque de variations climatiques majeures qui correspond à la fin de la dernière période glaciaire et au début de la période humide africaine.

Il faut savoir qu’il existe de nombreux sites archéologiques de cultures différentes dans cette zone restreinte de la vallée du Nil à la même époque. Cette réalité laisse à penser que cette région devait constituer une zone refuge pour les populations humaines soumises à ces fluctuations climatiques.

La compétition pour l’accès aux ressources est probablement l’une des causes des conflits dont témoigne le cimetière de Jebel Sahaba. Cette analyse, qui modifie l’histoire de la violence à la Préhistoire, invite à reconsidérer d’autres sites de la même époque, concluent les scientifiques.

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