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À qui profite l'exploitation de la forêt publique du Nouveau-Brunswick?

Les prix des matériaux de construction ont grimpé jusqu'à 300 % depuis le début de la pandémie.

Un gros plan sur la partie supérieure d'un tronc d'arbre qui est partiellement coupé par la scierie mobile.

Plusieurs propriétaires de terre des régions rurales du Nouveau-Brunswick décident de couper eux-mêmes leur bois.

Photo : Radio-Canada / Maude Montembeault

Alors que l’Institut Fraser s’attend à ce que le Nouveau-Brunswick devienne la province la plus pauvre du pays, des voix dénoncent le fait que la forêt publique ne rapporte pas plus aux contribuables. Les propriétaires de lots boisés disent recevoir de bas prix, en dépit de la flambée générée par la pandémie.

Les scieries mobiles ont la cote dans la région de Bathurst. Si je fais 20 kilomètres, je pourrais t’en montrer 5 ou 6, témoigne André Frenette. Il a acheté son jouet, comme il l’appelle, juste avant la flambée des prix des matériaux de construction.

Son intérêt initial était surtout d’aider à débroussailler la terre familiale. Il constate maintenant d’autres avantages. Au prix où est le bois, il y a des gens qui me demandent : ''pourrais-tu me couper, me scier du bois?''

Un tronc d'arbre est posé sur la scierie pendant qu'André Frenette en dépose un autre sur un tas de billots.

L'industrie forestière représente 4,5 % du PIB total du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Maude Montembeault

Le bruit de sa nouvelle acquisition retentit sur la route de campagne qu’il habite, au point d’attirer des curieux. Tu vas au magasin chercher un morceau de bois, ça n’a pas d’allure : c’est tout croche. La seule chose qu’ils nous vendent c’est de la cochonnerie. Notre bois à nous autres, il est shippé en dehors. C’est ça qui est le problème, déplore un voisin.

Un problème qui a alimenté plusieurs échanges à l’Assemblée législative. Les partis de l’opposition déplorent que les contribuables de la province ne tirent pas profit de l’augmentation des prix des matériaux de construction.

Le Nouveau-Brunswick, contrairement au Québec et à la Colombie-Britannique, n'a pas de système d'indexation automatique des redevances pour les entreprises forestières. Et la province n'a pas non plus l'intention, comme l'ont fait l'Ontario et l'Alberta, de les ajuster de façon discrétionnaire. Pourtant, les redevances ont été réduites lors de la crise économique, en 2008 et 2009, déplorent les partis de l'opposition, dont le Parti vert.

Le premier ministre, Blaine Higgs, privilégie une approche de stabilité et prévisibilité des redevances plutôt que des ajustements constants. Selon lui, les dernières années ont démontré que cette stratégie fonctionne.

Kevin Arseneau porte un masque et participe à une mêlée de presse et ajuste ses lunettes.

Kevin Arseneau, député du Parti vert du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada

Kevin Arseneau, député de Kent Nord, avance que les profits issus de l’exploitation forestière vont principalement dans les poches de l’industrie, dont un des joueurs principaux, J.D Irving.

Au niveau de la qualité du bois, le bois dit rough l'emporterait neuf fois sur dix sur les restants de toothpick qu'Irving nous réserve, après avoir fait le plein de profits en exploitant et exportant nos ressources collectives.

Une citation de :Kevin Arseneau, député de Kent Nord, Parti vert du Nouveau-Brunswick

Il souhaite que les petits joueurs indépendants des communautés rurales, comme la sienne, puissent faire certifier leur bois. Ils pourraient ainsi le vendre ou l’utiliser eux-mêmes pour leurs projets de construction.

André Frenette tient dans ses mains un gros billot de bois. Il porte des coquilles de protection auditive sur sa tête.

André Frenette est déçu de constater que la forêt publique ne crée pas davantage de richesse au Nouveau-Brunswick depuis la pandémie de COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Maude Montembeault

C’est aussi le vœu d’André Frenette, qui songe à suivre la formation nécessaire pour certifier le bois. On est dans une région rurale, on a du bois à proximité. À cause d’un système probablement dit de marché, le bois est inaccessible. Quasi inaccessible. Ça ne fait pas de sens. Je pense que la solution, c’est un circuit court.

Des gouvernements de corporations

Jean-Guy Comeau se tient debout, les mains dans les poches, devant une corde de bois.

Jean-Guy Comeau déplore que les petits producteurs reçoivent des prix moindres au Nouveau-Brunswick qu'en Nouvelle-Écosse pour une corde de bois.

Photo : Radio-Canada / Maude Montembeault

Jean-Guy Comeau est propriétaire de plus de 320 hectares de forêt. Il est aussi le vice-président de la Fédération des propriétaires de lots boisés. À 77 ans, il s’émerveille encore chaque jour de ce que la nature lui offre. Malgré cette candeur, il est critique de la façon dont la province gère ses forêts.

On n’est pas trop imbéciles, lance-t-il. Le gouvernement travaille pour les corporations. Si le gouvernement travaillait pour moi, comme il travaille pour les corporations, on ne serait pas dans les déficits que nous avons dans cette province.

Le prix qu'il reçoit pour une corde de bois, qui sert à fabriquer du 2 par 4, est moins élevé qu'il y a trois ans : 140 $ comparativement à 175 $ en 2018.

On a été crucifiés. [...] C'est des gouvernements de corporations. Regardez où ils viennent et où ils vont aller après qu’ils sortent de la politique.

Une citation de :Jean-Guy Comeau, vice-président de la Fédération des propriétaires de lots boisés
La scierie de J.D Irving de Saint-Léonard au Nouveau-Brunswick.

La scierie de J.D Irving de Saint-Léonard au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Le groupe Irving, pour qui le premier ministre Blaine Higgs a travaillé pendant 33 ans à titre d'ingénieur et de cadre supérieur, fait partie des plus gros joueurs de l'industrie forestière, explique l’expert-conseil et analyste du secteur forestier, Gaston Damecour.

Ils sont probablement plus que majoritaires dans le sens qu’ils ont probablement 50 % de toute l’activité. Ils ont suffisamment d’usines de taille. Ils ont des boisés, des terrains à eux. Ils sont les plus importants dans la province, ajoute M. Damecour.

L'entreprise n'a pas voulu accorder d'entrevue.

Les terrains comme celui de Jean-Guy Comeau représentent 30 % des terres exploitables du Nouveau-Brunswick, alors que celles de la Couronne constituent 50 %. Les industriels possèdent le reste, soit 20 %.

Un jeu d'échecs

Gaston Damecour compare la foresterie du Nouveau-Brunswick à un jeu d'échecs. Même s’il y a plusieurs personnes qui regardent la partie, il n’y aurait que deux joueurs qui jouent les coups, selon lui. On va arriver à une situation où il n’y a que deux joueurs à la table : la province et les industriels.

Gaston Damecour dans un parc, en train d'écouter une question de la journaliste.

Gaston Damecour a oeuvré toute sa carrière comme analyste et expert-conseil pour le secteur forestier.

Photo : Radio-Canada / Pierre A. Richard

Pour lui, le marché néo-brunswickois est déséquilibré. Si c’était équilibré, le propriétaire privé aurait pu monter son prix en même temps.

Indexer les redevances n’est pas l’unique solution pour l’expert-conseil. Le problème, c’est qu’on ne coupe pas assez de bois sur le privé.

Comme Jean-Guy Comeau, il croit que le gouvernement devrait avoir l’obligation de négocier avec les propriétaires de lots boisés, comme c’était le cas avant 1982.

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