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Pensionnats autochtones : découverte « déchirante » des restes de 215 enfants

Édifice en briques à Kamloops.

L'ancien pensionnat autochtone à Kamloops, en Colombie-Britannique

Photo : La Presse canadienne / Andrew Snucins

Les restes de 215 enfants ont été retrouvés enterrés sur le site d'un ancien pensionnat autochtone à Kamloops, en Colombie-Britannique, une découverte qualifiée de « déchirante », mais pas surprenante pour autant.

Rosanne Casimir, la chef de la Première Nation Tk'emlups te Secwépemc, a déclaré jeudi dans un communiqué que la nature des restes avait été confirmée la fin de semaine dernière avec l'aide d'un spécialiste en radars pénétrants.

Mme Casimir a qualifié cette découverte de perte impensable dont on a parlé, mais qui n'a jamais été documentée au pensionnat autochtone de Kamloops.

Un archiviste du musée local travaille avec le Musée royal de la Colombie-Britannique pour tenter de trouver des archives sur les décès, a-t-elle précisé.

Certains des enfants n'avaient que 3 ans.

Une validation de la vérité prononcée par les survivants

J’ai réagi avec des larmes, a dit la présidente de la Commission de vérité et réconciliation (CVR) du Canada sur les pensionnats autochtones, Mary Wilson.

« On ne connaît pas encore tout [...] puis j’ai pensé aussi aux familles qui sont les descendants, les parents de ces enfants-là, qui ont tellement voulu savoir où, c’était quoi la fin de leurs enfants, leurs cousins, leurs grands-parents et donc [j’ai vécu] toute une rangée d’émotion aujourd’hui. »

À se poser la question : "On est dans quel pays en fait?". On entend des nouvelles comme ça, des enterrements en masse de plusieurs personnes, même sans parler d’enfants, et on se croit ailleurs, mais on est là, au Canada.

Une citation de :Mary Wilson, présidente, CVR du Canada sur les pensionnats autochtones

La présidente de la Commission espère que les Canadiens profiteront du moment pour examiner de près ce qu’a été le Canada, ce que n’a pas été le Canada et quel travail il reste à faire pour créer le pays qu’ils désirent.

Mary Wilson ajoute que cette découverte choquante vient confirmer les témoignages éprouvants faits par les membres des Premières Nations lors de la Commission.

On a aussi constaté à quel point il y a eu la vérité qui a été prononcée par les survivants. Ça sert de validation de tout ce qu’on nous a dit et un appel à la continuation du grand travail qu’il reste devant nous tous, note-t-elle.

Il faut qu’il y ait non seulement tous les efforts pour remettre les noms et les liens à ces enfants-là, [mais aussi pour] ne plus en parler comme statistique, mais comme les petites âmes qu’ils sont.

Madame Wilson rappelle les efforts et l’argent investi pour trouver la cause de la mort des femmes tuées sur la ferme du tueur en série Robert Pickton.

« J’espère qu’on va être assez courageux pour investir l’argent les ressources qu’il va falloir pour comprendre c’est quoi la cause de la mort dans ces cas-là aussi, pour qu’on soit très honnête. »

Choquant et déchirant

Selon Michèle Audette, une ancienne commissaire de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, la nouvelle de cette découverte est accablante.

Je cherche encore mon souffle, a-t-elle dit au micro de Tout un matin.

Le chiffre est choquant, mais peut-être qu’il est la pointe de l’iceberg, a ajouté Mme Audette.

Elle a dit qu'elle espérait que cette découverte macabre, qui pourrait offrir des réponses à certaines familles, puisse les aider dans leur processus de guérison.

Le ministre fédéral des Services aux Autochtones, Marc Miller, affirme que le dossier des pensionnats autochtones « demeure une honte nationale. Ce qui est encore plus honteux, c'est qu'il y a beaucoup de gens qui ne connaissent pas cette réalité. »

Il dit avoir discuté avec Rosanne Casimir de cette nouvelle déchirante, et lui avoir offert l’appui indéfectible de Services aux Autochtones Canada pendant que la communauté et les communautés environnantes endeuillées honorent la mémoire de ces enfants.

Une ligne téléphonique d'aide aux anciens résidents des pensionnats autochtones et aux personnes qui sont touchées par les pensionnats a été mise en place à l'échelle du pays pour offrir un appui émotionnel et fournir des références pour l'obtention de services d'aide. Elle est offerte 24 heures sur 24, au 1 866 925-4419.

La Colombie-Britannique propose également une ligne d'aide, la ligne téléphonique KUU-US, quiest offerte à tous les membres des Premières Nations en tout temps par téléphone, au 1 800 588-8717, ou en ligne, au www.kuu-uscrisisline.com  (Nouvelle fenêtre)(en anglais seulement).

Selon le chef de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, cette découverte douloureuse n’est cependant pas une surprise.

Même si ce n’est pas nouveau de trouver des sépultures dans les anciens pensionnats, c’est toujours dévastateur d’exposer les blessures de ce chapitre de l’histoire, écrit-il dans un gazouillis.

Le pensionnat le plus important du pays

L'école était autrefois la plus grande du système des pensionnats autochtones du Canada.

Compte tenu de la taille de l'école, avec jusqu'à 500 élèves inscrits et la fréquentant à tout moment, nous comprenons que cette perte confirmée touche les communautés des Premières Nations de la Colombie-Britannique et d'ailleurs, a déclaré Mme Casimir par communiqué.

Le travail d'identification du site a été dirigé par le département des langues et de la culture de la Première Nation et les gardiens du savoir cérémoniels, qui se sont assurés que le travail était conforme aux protocoles culturels, ajoute-t-elle.

L'accès aux dernières technologies permet un véritable décompte des enfants disparus et, espérons-le, apportera un peu de paix à ces vies perdues, a-t-elle affirmé.

Le pensionnat de Kamloops, en 1970.

215 victimes oubliées des pensionnats autochtones

Photo : Radio-Canada / Bibliothèque et Archives Canada

Mme Casimir explique que les travaux ont été financés par une subvention du gouvernement provincial.

Elle ajoute que les responsables de la Première Nation informent actuellement les membres de la communauté et des communautés environnantes dont des enfants fréquentaient l'école.

C'est le début, mais, étant donné la nature de cette nouvelle, nous avons estimé qu'il était important de la communiquer immédiatement, précise-t-elle.

L’enquête pourrait se terminer dans les prochaines semaines, indique le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, dans un communiqué.

Il dit par ailleurs avoir eu le cœur brisé en apprenant la nouvelle, et en être horrifié.

Chaque enfant a été enlevé pour toujours de la famille et de la communauté qui les aimaient, déplore-t-il. C’est une tragédie d’une dimension inimaginable.

En activité de 1890 à 1969

La régie de santé des Premières Nations de la Colombie-Britannique qualifie la découverte des enfants d'extrêmement douloureuse.

Son PDG, Richard Jock, laisse entendre que la situation pourrait affecter les membres des Premières Nations de la Colombie-Britannique et de tout le pays.

Le fait que cette situation existe n'est malheureusement pas une surprise et illustre les effets néfastes et durables que le système des pensionnats autochtones continue d'avoir sur les membres des Premières Nations, leurs familles et leurs communautés, a écrit M. Jock dans un article publié en ligne.

L'école de Kamloops était en activité entre 1890 et 1969. Le gouvernement fédéral a repris l'établissement de l'Église catholique, et il a été utilisé comme école de jour jusqu'à sa fermeture, en 1978.

La Commission de vérité et réconciliation a publié son rapport final sur les pensionnats autochtones il y a plus de cinq ans. Le document de près de 4000 pages détaille les mauvais traitements graves infligés aux enfants autochtones dans les établissements, où au moins 3200 enfants sont morts en raison de mauvais traitements et de négligence.

Nombreuses réactions politiques

C’est une découverte déchirante, écrit dans un gazouillis le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole. Mes pensées vont aux familles survivantes et aux communautés qui apprennent aujourd'hui cette terrible nouvelle.

À la Chambre des communes, vendredi, la députée conservatrice de la circonscription de Kamloops-Cariboo-Thomson, Cathy McLeod, a dit avoir le coeur brisé.

Aujourd’hui, notre communauté est en deuil à cause de cette horrible perte. Nous sommes solidaires de tous les survivants des pensionnats autochtones qui ont été forcés de revivre leur traumatisme en entendant cette nouvelle, a-t-elle déclaré.

La députée bloquiste de la circonscription de Manicouagan, Marilène Gill, se dit bouleversée et avec le coeur en miettes.

Comme Blanche, j’ai honte. Comme mère, j’ai mal, j’ai physiquement mal, explique-t-elle. Nous avons la responsabilité sacrée de nous souvenir.

Le chef du Nouveau Parti démocratique fédéral, Jagmeet Singh, a offert ses condoléances à la communauté.

Ce sont des enfants dont la mort n’a pas été répertoriée, a-t-il dit. Les familles n’ont jamais su ce qui était arrivé à leurs enfants.

La Chambre des communes a observé une minute de silence à leur mémoire.

Avec des informations de la Presse canadienne

Aide et soutien

  • Une ligne téléphonique bilingue d'aide aux anciens des pensionnats autochtones et aux personnes touchées par les pensionnats offre un soutien psychologique et fournit des références pour l'obtention d'aides. Elle est disponible 24 heures sur 24, au 1 866 925-4419.
  • La Ligne d'écoute d'espoir pour le mieux-être (Nouvelle fenêtre) apporte une aide immédiate à tous les membres des peuples autochtones, avec des conseillers sensibilisés aux réalités culturelles au téléphone (1 855 242-3310) ou par clavardage. De l'aide est également disponible sur demande en cri, ojibwé ou inuktitut.
  • La Colombie-Britannique propose également deux services de soutien, en anglais. La ligne téléphonique KUU-US est offerte aux membres des Premières Nations, en tout temps, par téléphone au 1 800 588-8717, ou sur le web au kuu-uscrisisline.com (Nouvelle fenêtre). La Indian Residential School Survivors Society, en Colombie-Britannique, offre également une ligne de crise au 1-866-925-4419.

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