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Analyse

Il faut repenser nos transports, c'est urgent!

Les émissions de gaz à effet de serre dues au transport routier augmentent davantage au Québec que dans cinq pays dont la croissance démographique et économique est comparable.

Des voitures et camions sur la route.

La part du transport routier dans les émissions de gaz à effet de serre du Québec est en augmentation.

Photo : Radio-Canada / Simon-Marc Charron

Pour atteindre nos objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), on ne doit plus investir dans des projets qui entraîneront une hausse de ces émissions. Et il est impératif de s’inspirer des meilleurs exemples du monde pour réduire l’empreinte carbone de notre secteur des transports.

Le commissaire au développement durable du Québec a publié jeudi un rapport qui compare le Québec avec cinq pays qui ont réduit de façon significative leurs émissions de gaz à effet de serre. Étant donné que la cible de réduction n’a pas été atteinte en 2020, le commissaire Paul Lanoie écrit que le Québec n’est pas placé dans une trajectoire optimale pour atteindre sa cible de 2030.

De 1990 à 2018, les émissions de gaz à effet de serre au Québec n’ont baissé que de 6 % alors qu’elles ont chuté de 14 à 42 % au Danemark, en France, au Royaume-Uni, en Suède et en Suisse. Les pays retenus, est-il écrit dans le rapport, ont comme dénominateurs communs, pour la période 1990-2018, un taux de réduction des émissions de GES largement supérieur à celui du Québec, ainsi qu’une croissance démographique et économique comparable ou supérieure à celle de la province.

Le problème le plus important du Québec par rapport aux cinq pays mentionnés, c’est la gestion de ses transports. La part du transport routier dans les émissions de GES totales du Québec, indique le commissaire, est passée de 21,1 % en 1990 à 35,6 % en 2018, soit sa contribution la plus importante depuis 1990.  

Les émissions de gaz à effet de serre provenant du transport routier ont augmenté de 59 % au Québec de 1990 à 2018, comparativement à 31 % au Danemark, et de 2 à 8 % en France, en Suisse et au Royaume-Uni. Les émissions du secteur ont baissé de 13 % en Suède.

Au Québec, en 2018, les émissions de GES générées par les automobiles et les camions légers représentaient plus de 63 % des émissions provenant du transport routier, et celles générées par les véhicules lourds, un peu plus de 36 %, selon le rapport.

Deux explications. Les cinq pays de comparaison ont adopté des systèmes de bonus-malus, ce que le Québec n’ose pas faire. Le bonus, c’est d’encourager l’achat de véhicules électriques. Nous le faisons. Mais, le malus, c’est une taxe à l’achat d’un véhicule polluant. Nous ne le faisons pas, contrairement à la France ou à la Suède.

Par ailleurs, contrairement à ce que certains peuvent penser, nous ne payons pas cher notre essence. En janvier 2020, écrit le commissaire au développement durable, les prix de l’essence et du diesel au Québec étaient beaucoup moins élevés que dans les cinq pays faisant l’objet de notre comparaison. De plus, la charge fiscale était passablement moindre. Ainsi, le prix moyen de l’essence dans les cinq pays était de 2,34 dollars/litre, contre 1,20 dollar/litre au Québec, et la charge fiscale variait de 53 % à 63 % pour les cinq pays, comparativement à 42 % pour le Québec. Les tendances étaient similaires pour le diesel.

De la rhétorique à l’action

Par ailleurs, dans un rapport de 224 pages, comprenant 400 propositions touchant tous les secteurs et les technologies, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dit qu’il faut passer d’un monde dominé par les énergies fossiles à une planète alimentée par les énergies renouvelables. Ça presse!

Ce n’est pas dans le pétrole, le charbon et le gaz qu’il faut investir, dit-elle, mais dans les énergies solaire et éolienne notamment. Au-delà des projets déjà engagés en 2021, il n’y a pas de nouveaux projets d’exploitation gazière et pétrolière dans notre plan de match, et il n’y a pas de nouvelles mines ou d’agrandissements de mines de charbon, écrit Fatih Birol, le directeur de l’organisme, dans cette étude publiée le 17 mai.

Nous approchons, dit-il, d’un moment décisif dans les efforts internationaux à fournir dans la lutte contre les changements climatiques. [...] L’écart entre la rhétorique et l’action a besoin d’être réduit si on veut avoir une chance d’atteindre la cible d’émission nette zéro en 2050 et limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 degré Celcius. Cela demande rien de moins qu’une transformation complète de nos systèmes énergétiques à la base de nos économies. Nous sommes dans une année critique, au début d’une décennie cruciale, dans le déploiement de ces efforts.

Dans son scénario, l’AIE estime que la demande pour le gaz naturel va baisser de 55 % à 1750 milliards de mètres cubes en 2050 et que la demande pour le pétrole va chuter davantage, de 75 % à 24 millions de barils par jour dans une trentaine d’années. Nous étions à 90 millions de barils par jour environ en 2020.

Notre route exige beaucoup d’investissements, d’innovation, le déploiement de politiques intelligentes et bien construites, des technologies, des infrastructures, une coopération internationale et beaucoup d’autres efforts écrit Fatih Birol.

Le Québec, en avance?

Le Québec est très exactement au bon endroit avec Hydro-Québec et l’exceptionnelle énergie hydroélectrique qu’on produit depuis des décennies, et dont les Américains ont tellement besoin. Les projets de Boston et de New York sont des illustrations spectaculaires de la mine d’or hydroélectrique du Québec, une énergie renouvelable et durable.

Mais le Québec pourrait perdre de son avance s’il devait approuver le projet de GNL Québec. Le gouvernement de François Legault a démontré de l’ouverture pour ce projet de gaz naturel liquéfié, un projet qui cadre mal dans le nouveau positionnement de l’AIE.

Ce même gouvernement vient aussi de proposer un projet qui pourrait coûter 10 milliards de dollars pour développer un troisième lien routier à Québec. Le BAPE devra se prononcer et on espère qu’il y aura une évaluation complète des émissions de gaz à effet de serre qui seront engendrées par l’ajout du tunnel Québec-Lévis. Le premier ministre a déjà indiqué que le projet irait de l’avant, peu importe les recommandations du BAPE. On peut se demander si ce projet ne retrouvera pas également en contradiction avec l’urgence évoquée par l’AIE?

Les projets d’Hydro-Québec aux États-Unis font partie de la solution climatique. Mais, la cimenterie McInnis, que les gouvernements Marois et Couillard ont choisi de mettre en œuvre, et les projets du tunnel Québec-Lévis et de GNL Québec, que promeut le gouvernement Legault, pourraient nous ramener à la case départ alors que le Québec a du mal à réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

Quelle planète voulons-nous laisser à nos enfants et aux prochaines générations? Les choix qui sont faits aujourd’hui auront des répercussions pendant des décennies. C’est à cet éveil que nous invite l’Agence internationale de l’énergie, qui a longtemps été proche des producteurs d’énergie fossile, et qui, aujourd’hui, choisit de faire partie du camp de la solution climatique.

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