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Nicolas Michon, un acteur qui veut s’éloigner des clichés

« À l'inverse de cette peur de déranger, il y a aussi la peur que ça ne change pas. Entre ces deux peurs, je choisis la deuxième. » – Nicolas Michon

L'homme est à l'extérieur. Il sourit et tient sa main contre son oreille.

Le comédien et auteur Nicolas Michon

Photo : Benjamin Maître

Cecile Gladel

Depuis sa sortie de l’école de théâtre il y a 14 ans, le comédien Nicolas Michon a pu découvrir les aléas de son métier, notamment les propositions d’auditions pour des rôles trop stéréotypés, qu’il refuse. Il s’explique et parle aussi de la diversité à la télévision, qu’il estime importante et nécessaire.

S’il a parfois peur de déranger, il considère qu’il est important de parler de la situation pour que les choses évoluent.

Il y a des jours où je n’ai pas envie d’en parler. À l'inverse de cette peur de déranger, il y a aussi la peur que ça ne change pas. Entre ces deux peurs, je choisis la deuxième. Ce n’est pas en demeurant silencieux qu’on va changer quoi que ce soit. Le changement dérange tout le temps quelqu’un.

Une citation de :Nicolas Michon

D’origine coréenne, il a été adopté lorsqu’il était bébé par un couple du Québec. Il tient à affirmer cette appartenance québécoise alors que certaines personnes le voient comme un Asiatique.

Nicolas Michon a fait de l’impro dès le début de sa carrière. Il explique que ça lui a appris beaucoup de choses. C’est un endroit où l'on peut jouer ce qu’on veut. On crée nos textes, nos costumes; on invente par l’imagination. C’est un terrain où je peux jouer des personnages pour lesquels on ne m'appellerait jamais pour auditionner.

Refuser de faire semblant

Ses origines l'ont déjà amené à se faire demander s’il pouvait parler vietnamien ou apprendre quelques mots de mandarin ou de coréen pour une audition. Je refuse de tels rôles. Ma première langue est le français, je dirais même le québécois. Je parle très bien anglais et un peu espagnol, mais pas vietnamien du tout. [...] Et ce n’est pas ma grande force d’imiter des accents que je ne maîtrise pas.

Il souligne qu’il est arrivé que des amalgames soient faits lors d'auditions suggérant qu’un Asiatique en vaut un autre. Je n’ai pas envie de faire semblant de parler une langue et d’appartenir à une ethnicité dont je ne fais pas réellement partie. Parfois, j’ai presque trouvé ce type de demande insultante : apprendre, même sommairement, une langue dont tu n’as aucune notion, c’est pratiquement de l’appropriation culturelle.

Nicolas Michon dit n’avoir aucun bagage culturel ou souvenirs de son pays d’origine, puisqu’il a été adopté à 8 mois. Je ne parle pas la langue et je ne cuisine pas coréen. Je suis tellement Québécois, mon repas préféré est le pâté chinois.

Selon lui, de moins en moins d’argent est octroyé pour les auditions, ce qui engendre un manque de diversité, et ce sont ainsi souvent les mêmes personnes qui sont engagées. On a cette image que les gens ont envie de voir toujours les mêmes comédiens préférés. Et puis, on cherche moins, donc on trouve moins.

Un rôle stéréotypé dans M’entends-tu?

Aussi auteur, le comédien a collaboré au scénario de la première saison de M’entends-tu? avec Florence Longpré et Pascale Renaud-Hébert, deux amies qu’il connaît depuis le cégep. Le trio a d’ailleurs gagné un Gémeaux pour cette première saison.

Certaines personnes ont trouvé que le rôle de Marcel, qu’il tient dans la série, était un peu trop stéréotypé, car il est un commis de dépanneur. Toutefois, Nicolas Michon voulait justement se moquer gentiment de ces stéréotypes et donner une autre dimension à son personnage, amoureux silencieux d’Ada, jouée par Florence Longpré.

La femme porte un casque de vélo d'enfant et l'homme est assis devant elle. Les deux sourient.

Florence Longpré et Nicolas Michon dans une scène de la troisième saison de « M'entends-tu?»

Photo : Télé-Québec

C’est son métier, mais ce n’est pas l’essence du personnage. Il y a une nuance entre les deux. Marcel est beaucoup plus qu’un simple dude de dépanneur de télévision. On joue avec l’idée du stéréotype. On s’amuse avec ça en tant que créateurs, se défend celui qui en était à ses premières expériences en tant que scénariste.

Il a beaucoup aimé cette expérience, car il a l’impression que M’entends-tu? a eu un réel effet positif. Ça a amené un bon vent de fraîcheur dans l’espace télévisuel. On montre d’autres voix, d’autres personnages, d’autres histoires ou classes sociales et économiques, souligne Nicolas Michon.

En tant que créateur, il veut écrire des histoires différentes.

Mais il faut y aller doucement. Quand on a des opinions, parfois de crier debout sur une chaise n’est pas le meilleur moyen de se faire entendre. En empruntant certains codes qui existent déjà et en leur donnant de la chair, une âme et une personnalité, on s’ouvre tranquillement à amener une diversité de manière sensible, émotive et aussi narrativement intéressante.

Une citation de :Nicolas Michon
L'homme est assis devant la façade du dépanneur Chez Bert avec une tuque sur la tête. Il regarde sur le côté.

Nicolas Michon dans son rôle de Marcel, dans la série « M'entends-tu? »

Photo : Télé-Québec

Un cercle vicieux

Par ailleurs, le manque de diversité à la télévision décourage les jeunes comédiennes et comédiens. On ne les incite pas à étudier dans les écoles de théâtre, car il n’y a pas de rôles pour elles et eux. C’est un serpent qui se mord la queue.

Cependant, le comédien constate un début de changement. Il pense qu’une partie de la solution repose sur les autrices et les auteurs pour que des rôles soient écrits pour les comédiennes et comédiens issus de la diversité, mais pas seulement.

Les gens qui s’occupent de la distribution des rôles doivent aussi se diversifier. On dirait que si ce n’est pas précisé dans le détail du scénario que le personnage peut provenir d’une communauté culturelle ou peut être d’une autre ethnie, les gens ne vont pas penser naturellement à quelqu’un de noir, d’origine magrébine ou asiatique.

S’il conçoit que son profil lui donne accès à des rôles pour lesquels il y a une rareté, il aimerait toutefois qu’on lui propose moins de rôles qui se ressemblent.

Pour lui, il est évident que le privilège blanc existe, car sinon on ne parlerait pas du manque de diversité à la télévision québécoise. Il souligne qu’il y a quelque chose de frustrant à ne pas avoir accès aux mêmes auditions.

C’est ma job d'interprète de faire que mes personnages soient différents. Quand je joue, je ne joue pas mon ethnicité, je joue le rôle, la scène. Je ne suis pas à l’aise de jouer les clichés au nom de clichés.

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