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La plus vieille association canadienne pétrolière retire le « pétrole » de son nom

Des puits de pétrole au crépuscule.

La plus vieille association d'entreprises pétrolières du Canada veut maintenant être associée à l'énergie plutôt qu'au pétrole.

Photo : Reuters / Nick Oxford

Après 72 ans d’existence, l’Association des entreprises de forage pétrolier (CAODC) devient officiellement l’Association des entreprises de l’énergie (CAOEC).

Ce changement d’identité, qui vise à inclure les industries de l’hélium, de l’hydrogène et de la géothermie, est toutefois accueilli avec scepticisme par certains observateurs.

Cela ne veut pas dire que le pétrole et le gaz ne resteront pas notre pain et notre beurre encore très longtemps, précise le président-directeur général de la CAOEC, Mark A.Scholz.

Selon lui, le changement de nom permettra simplement de refléter la diversification des activités de la plupart des compagnies et d’attirer de nouveaux membres en plus de permettre à la CAOEC,de jouer un rôle dans le développement de l’industrie de capture du carbone.

Le ministre des Ressources naturelles du Canada, Seamus O’Regan, a applaudi cette transformation.

Les changements de nom semblent anodins, mais dans ce cas, c’est fondamental. Les travailleurs de cette industrie ont aidé à bâtir ce pays et, maintenant, ils bâtissent un avenir à faibles émissions de carbone, a-t-il dit.

La ministre de l'Énergie de l'Alberta, Sonya Savage, croit aussi que le nouveau nom reflète ainsi mieux les changements significatifs qui se sont produits dans le paysage énergétique ces dernières années.

La CAOEC représente un peu moins de 100 compagnies à travers le pays. Celles-ci ont voté en faveur du changement de nom, même si certaines disent l’avoir fait à contrecoeur.

Le président de l'entreprise calgarienne Performance Energy Services, Scott Darling, fait partie de ceux qui croit qu'il est dommage de changer de nom.

Il explique qu’il comprend l’importance de la transition énergétique, mais qu’il est fier de travailler dans le secteur pétrolier, et plus spécifiquement dans le nettoyage de vieux puits de pétrole et de gaz. Il ne pense pas être le seul à regretter de voir l’association se détacher de cette identité.

En secret, les gens auraient souhaité qu’on n’ait pas à faire cela, mais tout le monde sent que c’est nécessaire, dit-il.

Opération de communication ou véritable diversification?

L’annonce survient alors que plusieurs grandes pétrolières font face à des pressions accrues de la part des tribunaux et des investisseurs pour améliorer leur performance environnementale.

Une petite société d’investissement créée pour encourager ExxonMobil à investir dans les énergies renouvelables a fait élire au moins deux membres au conseil d’administration de la compagnie.

Mercredi, un tribunal néerlandais a obligé Royal Dutch Shell à s’engager à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 45 % avant 2030.

Le directeur de l’Institut des politiques énergétiques et environnementales de l’Université Queen’s, Warren Mabee, croit que le changement de nom de la CAOEC aidera son image publique.

Cela signale aux Canadiens que c’est un groupe de compagnies et de travailleurs qui sont prêts à voir plus loin que le pétrole et le gaz, et c’est un changement de mentalité important, explique-t-il.

Il ajoute que l’équipement et les personnes qui travaillent pour le pétrole peuvent certainement servir à des exploitations de géothermie, par exemple, et que cette convergence a donc du sens.

Kathryn Harrison, politologue spécialisée dans les politiques environnementales et énergétiques, remarque toutefois que l’idée de remplacer le mot pétrole par le mot énergie a déjà séduit plusieurs compagnies et associations des années dans le passé, sans que cela ne change leur fonctionnement.

Il faudra attendre de voir, selon elle, si la CAOEC se dirige vers une véritable diversification ou si elle adopte un euphémisme 15 ans après tout le monde pour détourner l'attention de l’intensité des émissions de carbone dans l’industrie fossile.

Le directeur scientifique de l’Institut de l’énergie Trottier, Normand Mousseau, croit que l’annonce de la CAOEC montre « qu’on avance dans la bonne direction », mais qu’un vrai changement de cap risque de prendre du temps.

Il souligne qu’à ce jour, les membres de l’association sont d’abord des foreurs pétroliers et gaziers et que ses actions politiques ont toujours été centrées sur cette industrie.

Il va falloir qu’ils aillent recruter des membres qui ne sont pas dans le pétrole. [...] S’ils sont sérieux pour aller chercher d’autres membres, il faut qu’ils défendent des intérêts qui dépassent l’industrie du gaz et pétrole, dit-il.

En entrevue jeudi, Mark Sholz a dit qu’il ne croit pas que l’association doit recruter beaucoup de nouveaux membres ou changer dramatiquement son message politique.

Il affirme que 50 % des compagnies déjà représentées œuvrent dans le domaine du gaz naturel et que certaines ont commencé à forer pour de la potasse ou de l’hydrogène.

Nos membres sont les compagnies de service qui sont embauchées par les producteurs. Ça n’a pas vraiment d’importance pour nous [...] si on fait du forage et du service pour un puits géothermique ou pour un puits de pétrole ou de gaz.

Avec des informations de Kyle Bakx, Meegan Read et Tony Seskus

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