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Les parents devraient-ils avoir le choix de faire redoubler leur enfant?

Un enfant suit une classe en ligne, alors que les écoles sont fermées.

Pour certains parents, les acquisitions de cette année inédite sont insuffisants pour que leurs enfants passe à la classe supérieure lors de la prochaine rentrée.

Photo : CBC/Evan Mitsui

Radio-Canada

Certains parents et experts estiment qu'il est peut-être temps de reconsidérer l'option, qui a été largement abandonnée.

Après une année de basculement entre l'apprentissage en personne et l'apprentissage à distance, Nicholas Madott n'est pas prêt à passer de la maternelle à la première année cet automne, selon ses parents.

Actuellement à la maison, l’élève de Collingwood en Ontario passe environ 30 minutes en ligne chaque jour avec son enseignante et ses camarades de classe. Le reste du temps est consacré à l’apprentissage hors ligne guidé par ses parents.

La mère de Nicholas, Carita Valentini, croit que cette année n’a pas du tout été optimale pour sa capacité à lire, sa reconnaissance des mots et son développement. Son enfant de cinq ans est le plus jeune de sa classe en raison de son anniversaire, à la fin décembre.

Carita Valentini et son mari, Paul Madott, ont demandé à ce que Nicholas demeure à la maternelle cet automne, mais ils n’ont pas encore convaincu les responsables de l’école que c’était la bonne décision.

Des parents aux enseignants, en passant par les spécialistes du développement de l'enfant et les chercheurs en éducation... Ils sont plusieurs à avoir exprimé leurs craintes quant à la perturbation de l’école pendant la pandémie de COVID-19. Maintenant, certains suggèrent aux éducateurs de reconsidérer une option qui a été largement abandonnée : faire redoubler une année à certains élèves.

Ils reçoivent la moitié d’une éducation , dit une consultante

La réticence à laquelle est confrontée le couple n'est pas nouvelle. Les parents l'ont rencontrée avec leur fille Victoria, âgée de sept ans, également née fin décembre, avant que la famille ne déménage dans leur maison actuelle.

À l'école précédente de Victoria, ils étaient au moins ouverts au dialogue et à l'évaluation de Victoria. Cette fois-ci, on se fait dire : eh bien, on ne fait pas ça ici, dit Carita Valentini.

Une famille composée d'un père d'une mère et de deux enfants assis sur un porche.

Paul Madott et Carita Valentini avec leurs enfants Victoria, 7 ans, et Nicholas, 5 ans.

Photo : CBC/Keith Whelan

Monika Ferenczy, une consultante en éducation basée à Ottawa qui aide Valentini et Madott avec leur demande pour Nicholas, révèle avoir entendu de nombreux parents craindre que le système scolaire ne réponde pas aux besoins de leurs enfants pendant la pandémie et que les élèves soient laissés pour compte.

Ils reçoivent la moitié d'une éducation… Ce n’est certainement pas la même qualité d'expérience et d'apprentissage. Pourtant, les jeunes enfants en ont particulièrement besoin de la maternelle jusqu’aux trois premières années du primaire, car ce sont les années critiques pour établir une bonne relation et un amour pour l’école , dit-elle.

Si nous avons un jeune enfant qui n'aime pas aller à l'école à la maternelle, il est déjà à risque.

Une citation de :Carita Valentini, parent de deux élèves

Elle explique qu’en réponse à la pandémie, de nombreuses écoles et conseils scolaires ont dû adopter une foule de changements dans un délai relativement court, notamment en consultant les familles sur l'école virtuelle, en fournissant des appareils technologiques et des services Internet aux élèves qui en avaient besoin et, dans certains cas, en modifiant complètement la manière dont l’éducation est donnée.

Monica Ferenczy croit que ces changements auront des répercussions et donc que les familles devraient être consultées sur la façon dont les étudiants progresseront.

Tout comme on leur a demandé si leur enfant retournait à l'apprentissage en personne ou en mode virtuel pour l'année prochaine, cela devrait faire partie du même type de choix et de conversation , croit-elle. La consultante suggère que la question suivante soit aussi posée et souligne sa simplicité : Souhaitez-vous que votre enfant continue dans la même année pendant un certain temps ou aimeriez-vous qu'il passe à la classe suivante?

Les parents peuvent toujours exprimer leurs préoccupations, pandémie ou non

Une gamme de résultats scolaires a toujours existé au sein d'une classe ou d'un niveau scolaire, donc la stratégie est de rencontrer chaque élève là où il se trouve et de le faire progresser , estime Laurie French, présidente de l'Association canadienne des commissions/conseils scolaires, un organisme national représentant les conseils scolaires partout au pays.

Laurie French debout sur une estrade

Laurie French, la présidente de l'Association canadienne des commissions/conseils scolaires.

Photo : Photo fournie para Laurie French

Tous les parents qui s'inquiètent de la réussite de leur enfant sont toujours en mesure de parler aux enseignants et au système… pandémie ou non.

Laurie French signale que certains élèves ont très bien réussi pendant la pandémie. Elle ne voit donc pas la logique d'avoir des classes ou des cohortes entières qui redoublent leur année.

Elle estime cependant que le milieu de l’éducation doit reconnaître que pour d’autres enfants l'écart d'apprentissage s'est élargi, et indiquer clairement les investissements nécessaires pour y remédier.

Nous devons nous fier à des preuves. Nous devons nous fier à nos éducateurs pour élaborer des stratégies. Cela va nous prendre du temps pour vraiment bien comprendre les impacts , déclare celle qui est basée à Kingston et agit également à titre de commissaire d'école pour le conseil scolaire du district de Limestone qui représente Greater Napanee.

Pas idéal, mais peut-être l’option la moins mauvaise

Selon la professeure en éducation et développement mondial à l’Université Western, située à London en Ontario, Prachi Srivastava, l’éducation au Canada est un système linéaire avec des cohortes basées sur l'âge : ce qui est appris à chaque année est lié à ce qui suit. Dans ce type de système, si un étudiant est séparé de sa cohorte, il peut y avoir des effets négatifs liés au développement social, à la stigmatisation et à l'apprentissage.

La professeure souligne d’ailleurs qu’au fil des ans, la pratique a été de fournir un soutien ciblé à tous les enfants qui ont besoin de mesures supplémentaires, qu'il s'agisse d'un élève ayant des difficultés d'apprentissage ou d'un élève qui apprend plus vite que le groupe.

Prachi Srivastava.

Prachi Srivastava.

Photo : NEO Image Creations/Western University

Le simple fait de redoubler une année sans avoir les interventions ciblées et le soutien nécessaire ne suffit pas pour s'assurer que cet enfant ou cet élève est capable de maîtriser le programme et les compétences dont il a besoin , dit-elle.

Cela dit, les périodes de pandémie ne sont pas des périodes normales. Prachi Srivastava pense que le système canadien doit prendre plusieurs mesures pour remédier aux troubles d'apprentissage auxquels les étudiants canadiens sont confrontés depuis mars 2020.

Selon elle, le scénario idéal serait que les ministères provinciaux de l'Éducation mènent une réforme générale des programmes et mettent en œuvre des cours de rattrapage pour tous les élèves de la maternelle à la 12e année. L’objectif serait de renforcer les compétences de base et d'encourager le développement des autres. La professeure souligne notamment l’importance de mettre l’accent sur les capacités d'adaptation et sur la sensibilisation à la santé mentale, notamment en périodes de crise ou d'urgence.

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Les écoles ont connu plusieurs périodes de fermeture depuis le début de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle

Prachi Srivastava espère également des interventions ciblées et un soutien didactique pour les ménages, les écoles et les communautés gravement affectées par la COVID-19.

Elle estime qu’un plan de relance de ce type nécessite une collecte de données, un financement adéquat et une large collaboration. Le plan devrait être mis en place pour les deux prochaines années scolaires au minimum. Selon elle, si le milieu de l’éducation ne reçoit pas un coup de pouce financier et que des réformes cruciales des programmes ne sont pas introduites, le système devra peut-être se demander si le fait de faire redoubler des groupes d'élèves est l’option la moins mauvaise .

Les conséquences éducatives et socio-économiques de la pandémie ne s'arrêtent pas lorsque tout le monde est vacciné ou lorsqu'une bonne proportion de la population est vaccinée... Ces conséquences survivent à la pandémie et c'est ce que nous devons prévoir.

Avec les informations de CBC

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