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Mort de Louise Lortie Séguin à Pontiac : « un décès accidentel évitable », dit la coroner

La coroner émet une recommandation à la Municipalité de Pontiac.

Une dame pose avec son mari.

Louise Lortie Séguin et son mari John Jolie avaient fondé une maison pour hommes luttant contre la toxicomanie, l'alcoolisme et la maladie mentale.

Photo : Facebook

La coroner qui s’est penchée sur la mort de Louise Lortie Séguin en est venue à la conclusion qu’il s’agit d’« un décès accidentel évitable ». La femme de 72 ans est décédée tragiquement, en avril 2019, lorsque sa voiture est tombée dans un trou causé par l'affaissement de la chaussée. La coroner émet du même coup une recommandation à la Municipalité de Pontiac.

Marie Pinault recommande à la Municipalité de s’assurer de rappeler à son personnel l’importance de suivre les procédures établies lors d’appels d’urgence concernant les infrastructures routières dans un but de préservation de la vie humaine.

Elle fait ainsi référence à plusieurs événements qui ont permis à ce malheureux accident de se produire, à commencer par la répartitrice du 911 qui ne réalise pas l’ampleur de la crevasse, malgré les explications claires d’un couple de bons samaritains qui a téléphoné au 911 , à 2 h 32. Le couple venait de constater l’affaissement de la route à la hauteur d’un ponceau du chemin Bronson-Bryant, près de la rue Clarendon, qui a cédé.

Aucun policier, pompier ou représentant des Travaux publics de la MRC des Collines ou de la Municipalité de Pontiac n’est donc mandaté pour se rendre sur les lieux.

À 3 h 24, le couple a vainement tenté par tous les moyens d’alerter Louise Lortie Séguin pour qu’elle immobilise son véhicule avant qu’il ne soit trop tard. La voiture est alors tombée à la renverse dans la crevasse. Aussitôt, le couple a alerté le 911 et les services d’urgence ont été dépêchés sur les lieux.

Un véhicule au fond d'un trou béant laissé par un ponceau qui a cédé.

Louise Lortie Séguin est morte après qu'un ponceau eut cédé à Quyon, dans la municipalité de Pontiac, en Outaouais.

Photo : Sécurité publique de la MRC des Collines-de-l'Outaouais

On peut penser qu’un véhicule de police aurait davantage dissuadé Mme Lortie Séguin de continuer sa route. Des proches diraient qu’elle ne se serait pas arrêtée en pleine nuit à la demande d’un étranger dans un endroit isolé, explique Marie Pinault.

La mairesse de Pontiac, Joanne Labadie, a mentionné vouloir s’assurer que le rapport est bien compris par tout le monde.

On croit avoir mis toutes ces étapes en place, mais les recommandations ne sont pas claires. On veut s’assurer que tout ce qu’on a fait depuis 2019 respecte le rapport du coroner, a dit celle qui parle de Mme Lortie Séguin comme d’une femme très connue, respectée et impliquée dans la communauté.

Des personnes se recueillent pendant les funérailles de Louise Lortie Séguin.

Lors des funérailles de Louise Lortie Séguin, famille, amis et concitoyens lui avaient rendu de vibrants hommages.

Photo : Radio-Canada

Des questions sans réponses

La famille de Louise Lortie Séguin a pris connaissance du rapport de la coroner. Pour son mari, John Jolie, il est encore difficile de parler de la tragédie. Il est toujours très émotif, d’autant que la coroner a confirmé que la mort de sa femme aurait pu être évitée.

Sa fille, Ann Séguin-Huska, a d’abord avoué qu’elle trouvait déraisonnable que ce rapport ait pris deux ans avant d’être publié. Toujours est-il qu’elle estime qu’il y a encore beaucoup de questions sans réponses.

Le rapport indique que le chef de division des Travaux publics a contacté ses employés, mais où étaient-ils? Est-ce qu’il y avait quelqu’un sur appel? Où était cette personne? Pourquoi ils n’ont pas compris l’ampleur de la crevasse? Pourquoi sont-ils arrivés sur les lieux une heure après l’accident? Pour moi, cette partie est encore frustrante.

« Depuis la mort de ma mère, je n’ai pas fait de deuil. Je n’ai pas pleuré, j’attendais de l’information, mais en lisant le rapport, j’ai pu commencer mon deuil. Ma frustration et ma colère sortent maintenant. »

— Une citation de  Ann Séguin-Huska, fille de Louise Lortie Séguin

Elle souhaite que la famille ait la chance de s’asseoir avec la Municipalité pour un dialogue qui lui permettrait d’obtenir des réponses à ses questions. Je vais devoir faire une demande d’accès à l’information, à moins que la Municipalité fasse preuve de transparence. J’ai besoin de savoir cela. J’ai besoin de connaître ces réponses.

Ann Séguin-Huska en entrevue à Radio-Canada dans une cour arrière.

Ann Séguin-Huska mentionne que le bilan des morts aurait pu être bien plus lourd puisque personne ne guettait l’autre côté du pont.

Photo : Radio-Canada

Estimant être correcte dans sa lecture du rapport de la coroner, la fille de la victime déplore que, si la procédure avait été suivie, si le premier appel au 911 avait davantage été pris au sérieux, ma mère serait assise avec nous, dit-elle avec un trémolo dans la voix.

Cela lui déchire le cœur de penser que sa mère n’est pas décédée sur l’impact de la chute de son véhicule dans le trou, mais bien de noyade. Depuis qu’elle avait cinq ans, ma mère avait peur de mourir d’une noyade. C’est ce qui est arrivé. Je ne peux pas m’empêcher de penser à ce qui se passait dans sa tête sur le moment..., a laissé entendre celle qui sera éternellement reconnaissante envers le couple de bons samaritains qui a tout fait pour la sauver.

John Jolie, portant une casquette, en entrevue dans une cour arrière.

Encore aujourd'hui, John Jolie peine à trouver les mots pour parler de la mort de son épouse.

Photo : Radio-Canada

Modification de la procédure

Au cours de l’été 2019 , le Service de police de la MRC des Collines a choisi de modifier sa procédure lorsqu’il s’agit d’appels faisant état de dysfonctions en lien avec les travaux publics.

Il est maintenant exigé de contacter le plus rapidement possible le responsable de la Municipalité concernée afin qu’il évalue l’urgence, et de dépêcher des policiers immédiatement jusqu’à l’arrivée des travaux publics s’il y a crainte pour la sécurité du public, détaille la coroner, qui se dit satisfaite de la modification.

Dans la mesure où les travaux publics ne répondent pas au premier appel, ils reçoivent un rappel sur leur téléphone 15 minutes plus tard.

Il est clair qu’une réponse plus rapide des travaux publics aurait probablement pu éviter ce malheureux accident, dit-elle, rappelant aussi qu’en avril 2019, la Municipalité de Pontiac était en état d’urgence et que les pluies diluviennes avaient rendu certaines chaussées dangereuses.

À cet effet, le Service de police de la MRC des Collines a précisé qu’à la suite de la tragédie, il a procédé à la mise en place d’une nouvelle procédure afin de s’assurer qu’un ou des policiers soient dépêchés sur les lieux de tout incident impliquant une problématique, afin que ceux-ci puissent aller évaluer en présentiel l’état de la situation et sécuriser les lieux en attendant l’assistance nécessaire, a fait valoir le sergent Martin Fournel dans un communiqué de presse.

Quant aux changements de la procédure, Ann Séguin-Huska ne comprend pas pourquoi il a fallu une année et demie avant que la famille en soit informée. Pourquoi attendre un an et demi avant de nous dire : ‘‘Hey, nous avons fait des changements, désolé pour la perte de votre mère. Voici ce que nous avons fait." Pourquoi attendre? Cela me rend vraiment émotive.

Avec les informations d'Estelle Côté-Sroka

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