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Volcan Nyiragongo : risque de catastrophe majeure, exode pour fuir Goma

Un groupe de personnes marchent dans la rue avec des sacs à leurs mains.

Des dizaines de milliers de personnes sont en fuite en raison de l'ordre d'évacuation de la région de Goma.

Photo : Getty Images / GUERCHOM NDEBO

Agence France-Presse

Dans un soudain exode, des dizaines de milliers de personnes ont fui Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), après un ordre d'évacuation de la ville lancé jeudi à l'aube par les autorités face aux risques d'une nouvelle éruption, de coulées de lave en ville, voire dans les profondeurs du lac Kivu.

Des embouteillages sur des kilomètres bloquaient jeudi à la mi-journée la route quittant Goma par l'ouest, principal axe de sortie de la ville.

Dans la cohue, l'énervement et la poussière, des files de voitures, camions, minibus surchargés tentaient d'avancer péniblement sur cette route reliant sur plus de 25 km Goma à la localité de Sake, dans la région montagneuse du Masisi.

Des milliers de piétons, des familles, des enfants, des vieillards, portant valises et balluchons, marchaient sur le bas-côté, tandis que quelques militaires et policiers tentaient, souvent impuissants, de fluidifier ce flot ininterrompu de véhicules.

Il y a beaucoup de tremblements, il y a beaucoup de gens qui vont mourir, c'est pourquoi on dit aux gens de quitter la ville de Goma, s'expliquait Chadrack Bahati, presque incrédule, tandis que des grappes d'hommes à pied tentaient de s'accrocher au petit bonheur la chance aux 4X4 et autres gros véhicules ralentis.

La localité de Sake était elle-même submergée de déplacés, bivouaquant ou s'installant ici et là, cherchant un abri pour la nuit à venir, a-t-on constaté. Beaucoup ont trouvé refuge dans des églises et des écoles, posés sur une natte ou un pagne, au hasard de leur exode, pour ceux qui n'ont pas où aller.

Des dizaines de personnes se massent sur un bateau, sur lequel des gens continuent d'embarquer.

Des résidents de Goma s'entassent sur un bateau afin de quitter la ville.

Photo : afp via getty images / GUERCHOM NDEBO

Je vais à Sake à pied. Je fuis le volcan. J'ai cinq enfants. Je souffre, je ne sais pas ce que nous mangerons là-bas. Je n'arrive pas à trouver mon mari depuis la dernière éruption. Que le gouvernement nous aide!, se lamente Madeleine, qui circule à pied avec ses enfants à la main.

C'est désolant, les autorités n'ont donné aucun véhicule, fustige Rachel Mapendo, grand-mère livrée à elle-même avec son petit fils sur le bord de la route.

Évacuation obligatoire

L'ordre d'évacuer, obligatoire, a été donné à l'aube par le gouverneur militaire du Nord-Kivu, le général Constant Ndima, prenant la population par surprise et qui s'est alors précipitée aux sorties de la ville.

Les données actuelles de la sismicité et de la déformation du sol indiquent la présence de magma sous la zone urbaine de Goma, avec une extension sous le lac Kivu, a expliqué le général Ndima, évoquant la possibilité d'une éruption à terre ou sous le lac (Kivu) sous très peu, voire sans aucun signe précurseur.

En ordonnant l'évacuation préventive de 10 des 18 quartiers de Goma, le gouvernement a voulu préserver les populations vivant sur le parcours des (possibles) coulées de lave, a justifié depuis Kinshasa dans l'après-midi le porte-parole du gouvernement Patrick M. Muyaya.

Leur retour ne pourra être envisagé que lorsque la menace sera totalement écartée, a-t-il dit. Il a annoncé qu'une équipe d'experts se trouvait depuis ce matin au sommet du volcan, sur les bords du cratère, pour évaluer les risques et les mesures à prendre.

Des dizaines de personnes marchent dans une rue bondée de véhicules.

Plus de 600 000 habitants ont été sommés d'évacuer la ville de Goma.

Photo : afp via getty images / GUERCHOM NDEBO

Comme depuis cinq jours, les tremblements de terre se sont poursuivis jeudi, l'un atteignant à la mi-journée 4,9 de magnitude, selon les observations du Rwanda voisin.

Près de 400 séismes ont été ressentis depuis dimanche, une situation inédite alors que l'éruption de samedi dernier n'a donné aucun signe avant-coureur, selon M. Muyaya, qui a notamment pointé le risque d'une éruption volcanique secondaire, partant des fissures créées par les mouvements sismiques.

Et surtout le scénario catastrophe d'une explosion d'une poche de gaz sous le lac Kivu, du fait d'un contact avec le magma.

Dans son allocution le matin, le gouverneur avait déjà souligné ce risque d'éruption limnique, un risque clairement identifié depuis longtemps pour le lac Kivu, dont les profondeurs contiennent beaucoup de gaz méthane.

L'armée et la police en renfort

L'évacuation s'est faite sur trois axes routiers : la route de Sake, la frontière rwandaise, et la route du nord-est, vers Rutshuru, réhabilitée dans l'urgence ces dernières 48 heures après avoir été coupée par la lave.

Nous voyons que Sake est saturé et nous avons un problème d'eau, est intervenu dans l'après-midi le gouverneur, pour conseiller de prendre la route du nord, où il y a un bon espace, de l'eau et des hôpitaux, et où les gens seront plus à l'aise.

La police et l'armée ont été déployées pour sécuriser Goma et ses environs, selon le gouvernement, qui affirme qu'un dispositif d'accompagnement a été mis en place pour orienter les déplacés vers des lieux plus sécurisés.

Plusieurs personnes marchent dans la rue, autour d'un homme à vélo qui transporte des bagages.

Un homme transporte des bagages sur une bicyclette en bois dans les rues de Goma, visée par un ordre d'évacuation face aux risques d'éruption du volcan Nyiragongo.

Photo : afp via getty images / GUERCHOM NDEBO

Parmi les dizaines de milliers de personnes en fuite, beaucoup se plaignaient cependant de l'absence complète de ces moyens.

On est étonnés. On ne voit pas ces moyens pour quitter Goma, il y a trop d'embouteillages, les prix des taxis-motos explosent, a déploré une autre fuyarde, Agnès Kahindo, sur la route de Sake. Le litre de carburant a triplé, passant à plus de trois dollars en quelques heures.

Au port de Goma, c'était également la cohue. La foule s'est pressée dès l'aube pour monter à bord de bateaux en direction de Bukavu, au sud du Kivu, avant que les autorités n'interdisent la navigation sur le lac pour éviter tout chavirage.

Goma compte plus de 600 000 habitants, pour une agglomération de 2 millions de personnes. À ce jour, le bilan est de 32 morts depuis l'éruption de samedi.

La précédente éruption majeure du Nyiragongo, le 17 janvier 2002, avait fait une centaine de morts. L'éruption la plus meurtrière du Nyiragongo avait fait plus de 600 morts en 1977.

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