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Circonscription Camille-Laurin : pas au gouvernement de décider, selon le DGEQ

Simon Jolin-Barrette parle debout à l'Assemblée nationale.

Le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, a déposé le projet de loi qui a « surpris » le DGE. (Archives)

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

La décision du gouvernement de rebaptiser la circonscription de Bourget étonne le directeur général des élections du Québec. Le projet de loi 96, déposé le 13 mai dernier par le ministre responsable de la Langue française, prévoit en effet de renommer la circonscription du nom du père de la loi 101, Camille Laurin.

J'ai été surpris, vraiment surpris..., indique Pierre Reid d'entrée de jeu, dans une rare entrevue.

L'idée, vous comprendrez, ce n'est pas de savoir si le nom de Camille Laurin est approprié ou non, là n'est pas la question; la question qui se pose, c'est le respect du processus que les parlementaires eux-mêmes ont établi depuis 1979 et qui, à ce jour, a toujours bien fonctionné, plaide celui qui occupe à la fois la fonction de directeur général des élections et de président de la Commission de la représentation électorale.

Depuis maintenant plus de 40 ans, c'est à cette commission que revient le rôle de délimiter les circonscriptions électorales et de leur attribuer un nom.

Or, le gouvernement a plutôt choisi d'agir par lui-même et de prévoir le changement de nom à même le projet de loi sur la langue française qu'il a soumis à l'Assemblée nationale. L'étude de ce projet de loi est prévue cet automne.

Ce n'est jamais arrivé dans le passé. Ce serait un précédent que le législateur dénommerait ainsi une circonscription électorale. Dans le passé, il y a eu des projets de loi privés, mais ils n'ont jamais connu de suite, fait valoir M. Reid.

Même s'il convient que tel changement ne porte pas à grande conséquence, il est d'avis que les articles concernés devraient être retirés du projet de loi afin que l'opportunité d'un changement de nom soit débattue lors du prochain exercice de refonte de la carte électorale.

Une révision bientôt prévue

De fait, le directeur entreprendra après les prochaines élections un processus de révision de la carte, comme cela se fait toutes les deux élections générales. Ce processus de révision comporte plusieurs étapes, dont de nombreuses consultations auprès des électeurs et des parlementaires.

C'est quand même important! Quand on parle du nom d'une circonscription, c'est un peu un sentiment d'appartenance auquel peuvent s'attacher les gens de la circonscription. C'est pour ça que la consultation est très importante pour nous. On analyse toutes les demandes, insiste Pierre Reid.

Il rappelle d'ailleurs que c'est à la suite d'un pareil processus que la circonscription de Crémazie avait été renommée Maurice-Richard en 2018.

La Commission de la représentation électorale tient compte de nombreux facteurs dans son analyse, comme la stabilité de la nomenclature, le lien entre le nom choisi et la circonscription désignée, sans oublier la pertinence des références géographiques ou historiques évoquées.

Pourquoi ne pas respecter le processus et la consultation, l'avis des électeurs et électrices?, s'interroge le président de la Commission. Je ne vois pas la raison, malgré le fait qu'on veut rendre hommage à M. Laurin, je ne vois pas de raison qui précipiterait la désignation d'une circonscription électorale.

Qu'on respecte [...] les compétences qui ont été attribuées à la Commission de la représentation électorale par les parlementaires, et ce, depuis plus de 40 ans. Jusqu'à présent, on n'y a jamais dérogé, d'ajouter M. Reid.

Une méthode légitime et légale, selon le gouvernement

Sollicité pour réagir aux déclarations du directeur général des élections, le cabinet du ministre responsable de la Langue française a fait valoir dans une déclaration écrite que l'Assemblée nationale peut modifier le nom d'une circonscription. La méthode que nous proposons pour donner le nom de Camille Laurin à la circonscription de Bourget est tout à fait légitime et légale, écrit-on.

Le cabinet rappelle l'héritage important que Camille Laurin a légué au Québec. En donnant son nom à une circonscription, le gouvernement du Québec souhaite lui rendre un hommage entièrement mérité.

On rappelle par ailleurs que des consultations parlementaires auront lieu avant que le projet de loi 96 ne soit adopté.

L'Église catholique donne sa bénédiction

L'Église catholique, pour sa part, ne s'inquiète pas du changement de nom inscrit dans le projet de loi. L'Assemblée des évêques catholiques du Québec nous a invités à nous adresser au diocèse de Montréal, évoquant une question locale.

Dans une déclaration écrite, l'Archevêché de Montréal estime que le changement de nom de la circonscription électorale de Bourget est un hommage mérité pour Camille Laurin, qui l’a représentée à l’Assemblée nationale pendant de nombreuses années et a contribué de façon remarquable à la vie politique et sociale du Québec.

On fait valoir que l'héritage de Mgr Ignace Bourget continue de se perpétuer et on rappelle qu'une statue est érigée devant la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, qui est un lieu historique national à cause de Mgr Bourget.

La circonscription de Bourget évoque la mémoire de monseigneur Ignace Bourget, qui fut évêque de Montréal pendant 36 ans, au XIXe siècle. Selon la Commission de toponymie, il érigea 75 paroisses, fonda des établissements d'enseignement, notamment des collèges classiques, des hospices, des hôpitaux, et introduisit plusieurs communautés religieuses françaises dans son diocèse.

Psychiatre de formation, Camille Laurin présida son association professionnelle avant d'être élu député de la circonscription de Bourget à quatre reprises, en 1970, 1976, 1981 et 1994. Ministre d'État au Développement culturel dans le gouvernement Lévesque, il fit adopter la Charte de la langue française en 1977 et créa l'Office de la langue française. Il fut par la suite ministre de l'Éducation, puis ministre des Affaires sociales.

Où est Bourget?

Une carte électorale.

La carte de la circonscription de Bourget

Photo : Directeur général des élections du Québec

La circonscription de Bourget est située sur l'île de Montréal, et englobe une partie de l'arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Elle est bordée au nord par la limite de cet arrondissement et à l'ouest par l'arrondissement d'Anjou, jusqu'à l'autoroute 25, où la rue Sherbrooke devient la limite de la circonscription. À l'est se trouve le fleuve Saint-Laurent, tandis que la circonscription se termine au sud par la voie de chemin de fer du Canadien National.

Elle est actuellement représentée par le député caquiste Richard Campeau.

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