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Le jeune terroriste de Kingston pose un faible risque pour autrui, selon un psychiatre

L'individu, qui était mineur à l'époque, a plaidé coupable à des accusations de terrorisme.

Photo d'un jeune de dos, portant une tenue bourgogne, accompagné de deux policiers.

L'accusé avait 16 ans lorsqu'il a été arrêté par la GRC en 2019 près de Kingston.

Photo : Radio-Canada

Jean-Philippe Nadeau

Le jeune terroriste qui a été arrêté dans la région de Kingston en janvier 2019 ne représente pas une menace ou un risque élevé de récidive, selon un psychiatre-légiste qui cite notamment l'état de santé de l'individu. Le Dr Peter Collins témoigne à l'audience sur la détermination de la peine du jeune homme qui est atteint de sclérose en plaques.

Le jeune homme, qui était mineur au moment des faits, a été arrêté à l'hiver 2019 dans la région des Mille-Îles pour avoir facilité une activité terroriste en Amérique du Nord.

Il a plaidé coupable l'été dernier à quatre accusations fédérales de terrorisme. Son identité est protégée par la loi sur les jeunes contrevenants.

Le délinquant vêtu en civil a comparu mercredi devant le tribunal de Belleville par lien vidéo à partir d'un centre pour jeunes contrevenants. Il était assisté d'un interprète.

À l'ouverture des audiences le 12 mai, les procureurs de la Couronne, Tom Lemon et Tim Radcliffe, ont demandé une peine pour adulte contre le jeune qui avait 16 ans à son arrestation.

L'avocat de la défense, Sean Ellacott, a plutôt demandé une peine de trois ans pour mineur, parce qu'il croit que pareil châtiment est suffisant pour faire comprendre à son client la gravité de son geste.

Un dessin de cour d'un jeune homme.

L'adolescent au moment de son audience sur le cautionnement à l'hiver 2019 au tribunal de Kingston.

Photo : Laurie Foster-MacLeod

Les audiences ont permis de comprendre que l'individu pensait, à son arrestation, que l'Occident devait payer pour ses agressions contre des pays du Proche-Orient et que l'ONU, à laquelle le Canada appartient, était responsable de la guerre civile en Syrie et de la mort de milliers de civils.

Attestation d'un témoin-clef

Un psychiatre-légiste, le Dr Peter Collins, a déclaré mercredi que le jeune délinquant affichait un faible risque de menace après l'avoir interrogé durant deux jours le mois dernier en détention.

Il affirme que le terroriste est atteint de sclérose en plaques, qu'il est devenu adulte, qu'il est plus mature et que ses vues du monde ont changé. Le risque est en outre grandement atténué par son état de santé, dit-il.

Le médecin reconnaît néanmoins qu'il est plus difficile en milieu carcéral d'afficher des comportements violents soudains ou de partager des idées subversives avec d'autres individus du même acabit. Il n'a pas eu accès à ce que l'on m'a dit à des personnes extrémistes en prison, précise-t-il toutefois.

Photo de policiers en uniforme tactique qui sortent d'une résidence; un véhicule de la GRC est garé à proximité.

La GRC avait arrêté l'adolescent pour menace à la sécurité nationale.

Photo : CBC/Cristiano Vilela

Le Dr Collins admet que le jeune est toujours pratiquant, qu'il prie cinq fois par jour, mais qu'il ne regarde plus les autres religions avec dédain ou supériorité. Il était un acteur solitaire qui n'appartient à aucun groupe terroriste, précise-t-il en expliquant que l'expression loup solitaire est aujourd'hui inappropriée.

Le psychiatre-légiste ajoute que le jeune homme n'a toutefois eu accès à un imam dans son centre qu'une seule fois à cause de la pandémie.

Il affirme que le jeune délinquant rejette aujourd'hui ses anciennes idées radicales. Il sait qu'il a déçu ses parents au chapitre de son éducation et pour les ennuis financiers qu'il leur a causés, poursuit-il.

Le Dr Collins souligne qu'il ne croit pas avoir été dupé par le jeune homme durant l'entrevue et que ce dernier était au contraire crédible et honnête. Il ne faisait pas semblant non plus de ne plus avoir d'idées extrémistes, déclare-t-il.

Un acteur solitaire immature

Dans son contre-interrogatoire, le procureur Radcliffe a réussi à lui faire dire qu'un faible risque de menace ne signifie pas une absence totale de menace. Peu importe s'il est en détention ou non, son risque est faible, mais il devra être surveillé après avoir purgé sa peine, réplique le Dr Collins.

Le médecin a d'ailleurs écrit à ce sujet plusieurs recommandations dans son rapport d'évaluation du délinquant. Il propose notamment de ne jamais le laisser seul avec un accès à Internet, de surveiller ses allées et venues, de lui offrir un mentor avec qui il pourrait échanger et de lui trouver un guide spirituel pour l'orienter dans ses croyances religieuses.

Des mains sur un clavier d'ordinateur.

Le Dr Collins affirme que des loups solitaires peuvent être influencés par leurs rencontres sur Internet et qu'ils n'ont pas besoin d'appartenir à un groupe terroriste en particulier.

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Le Dr Collins ajoute que le délinquant lui a fait part de son intention de ne plus voir d'imam, mais la traduction de cet échange en prison ne semble pas avoir été comprise de la même façon par tous. La Couronne pense que le terroriste a plutôt fait comprendre au Dr Collins qu'il n'avait plus l'intention de fréquenter la mosquée de Kingston.

Dans le contre-interrogatoire, Me Ellacott a tenté de démontrer que son client avait fait des progrès en détention, qu'il avait mûri et qu'il avait saisi la gravité de ses actions passées au point de ne plus les approuver. Il se sent coupable de la situation dans laquelle il a plongé sa famille, lui répond le médecin.

À la juge Elaine Deluzio, le Dr Collins a répété que l'individu ne se nourrissait plus d'idéologies radicales, qu'il ne croyait plus que le Canada était responsable des guerres au Proche-Orient et que l'Occident n'a plus à être puni pour ce qui se passe dans cette partie du monde.

Il avait mis tout cela sur le compte de son immaturité, de son manque d'introspection et de sa vision erronée du monde, conclut le psychiatre-légiste.

Doutes des procureurs

La Couronne n'en est pas convaincue. Elle suggère qu'il ne fait qu'esquiver ses responsabilités par rapport à ce qu'il a tenté de faire en 2019 et qu'il a mis en danger la vie de sa famille et de leurs voisins, en manipulant des matériaux explosifs chez lui.

Selon la déclaration commune des faits de la Couronne et de la défense, l'adolescent avait communiqué sans le savoir avec un agent infiltré du FBI qui se faisait passer pour un loup solitaire qui avait besoin d'aide en Virginie.

Le jeune lui avait envoyé des instructions sur la façon de construire une bombe avec un autocuiseur et il l'avait encouragé à dissimuler l'engin dans un espace public, comme un bar, pour tuer les ennemis d'Allah.

Aucune bombe n'avait en fin de compte été dissimulée dans un lieu public, mais des perquisitions au domicile du jeune homme ont permis de saisir tout le matériel nécessaire à la fabrication d'un engin explosif.

Le terroriste a été transféré dans deux maisons d'arrêt pour jeunes délinquants depuis son retour en prison en avril 2019 après avoir enfreint les termes de sa libération sous caution. Il n'aura été en liberté que durant 4 mois.

Il a d'ailleurs plaidé coupable à une autre accusation, provinciale cette fois, pour ne pas avoir porté son bracelet électronique durant sa remise en liberté conformément à une ordonnance de la cour.

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