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Nouvelle piste intrigante pour traiter l'alzheimer

Représentation du cerveau montrant la progression de la maladie d'Alzheimer.

La maladie d'Alzheimer commence dans l'hippocampe pour se propager ensuite aux lobes temporaux.

Photo : Radio-Canada

La Presse canadienne

Des molécules développées pour traiter le diabète et l'obésité, mais qui n'ont pas montré l'efficacité attendue, pourraient en revanche se révéler utiles dans le traitement de la maladie d'Alzheimer, pensent des chercheurs de l'Université Laval.

Le Pr Frédéric Calon et ses collègues étudient depuis longtemps le lien qui pourrait exister entre l'alzheimer et le déficit de thermorégulation des personnes âgées, qui se plaignent souvent d'avoir froid.

On s'est posé la question, est-ce que ce problème de thermorégulation est associé d'une certaine façon à ce qui pourrait déclencher la maladie d'Alzheimer?, a-t-il expliqué. Ça nous a amenés à nous intéresser au tissu adipeux brun, qui est responsable de la thermogénèse.

Les chercheurs se sont donc penchés sur les travaux de collègues qui, eux, tentaient de combattre le diabète et l'obésité en stimulant la thermogenèse, notamment avec une molécule appelée CL-316,243.

Ils ont administré chaque jour pendant un mois une dose de cette molécule à des souris qui avaient été génétiquement modifiées pour développer les mêmes marqueurs pathologiques que ceux qu'on retrouve dans le cerveau des patients atteints de la maladie d'Alzheimer.

La molécule a fait diminuer la masse corporelle des souris et elle a facilité la réponse au glucose, mais c'est son impact sur la mémoire des souris qui a intéressé M. Calon et ses collègues.

Une souris à qui on présente deux objets, un nouveau et un ancien, examinera avec plus d'intérêt le nouvel objet, puisqu'elle ne le reconnaît pas.

C'est un peu comme quand on voit un nouveau iPhone : on va le regarder plus que le vieux, a illustré M. Calon, qui est professeur à la Faculté de pharmacie et chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec, associé à l'Université Laval. Normalement, une souris jeune et en santé va passer plus de temps sur le nouvel objet.

Chez les souris vieillissantes, et encore plus chez celles qui ont été modifiées génétiquement pour reproduire des caractéristiques de la maladie d'Alzheimer, cette curiosité naturelle disparaît et l'animal ne réalise pas qu'il est en présence d'un nouvel objet, puisque sa mémoire commence à flancher.

Mais au bout d'un mois, les chercheurs ont constaté que les scores obtenus aux tests de mémoire avaient augmenté de 19 %. De plus, ils ont observé une baisse de 27 % dans la concentration d'un marqueur moléculaire qui reflète le risque de formation de plaques amyloïdes, une caractéristique de la maladie d'Alzheimer.

M. Calon admet toutefois qu'on ne comprend pas vraiment l'origine de cet effet bénéfique.

On travaille depuis plusieurs années sur le lien entre la thermorégulation, la thermogenèse et l'alzheimer, a-t-il dit. C'est compliqué de trouver un mécanisme unificateur. C'est comme un chat dans le noir : des fois on pense qu'on l'a attrapé, mais ensuite, on l'échappe.

On sait toutefois que l'adoption de saines habitudes de vie contribue à réduire le risque de maladies neurodégénératives, poursuit-il.

Il se pourrait donc que la molécule ait un effet comparable, par exemple, à celui du maintien d'un poids santé.

Je pense que, globalement, ces produits-là qui ont un effet un peu plus en périphérie, sur le métabolisme, sur le diabète, sur l'obésité, on pense que ça a des effets indirects sur le cerveau, a dit M. Calon.

Quand on dit qu'un corps sain amène un cerveau plus sain, c'est peut-être un peu plus de cette manière-là qu'on peut voir la chose. Ça va un peu dans le sens que maintenir une bonne santé globale, y compris une bonne santé métabolique, ultimement c'est bon pour le cerveau et ça peut peut-être être utile contre l'alzheimer.

Les compagnies pharmaceutiques ont dans leurs arsenaux des médicaments comparables au CL-316,243, dont un, par exemple, qui est utilisé pour traiter certains types d'hyperactivités de la vessie.

Comme ces médicaments sont déjà approuvés pour une utilisation humaine, on pourrait envisager l'organisation d'essais cliniques pour voir s'ils pourraient être utiles face à l'alzheimer.

Peut-être que ça ne guérira pas tout le monde, mais si ça peut prévenir une portion des cas, on pourrait déjà faire un bout de chemin, a dit M. Calon.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal médical Alzheimer's Research and Therapy.

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