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L’Italie à la recherche des touristes disparus

Ce printemps, l’Italie s’est lancée dans une « grande séduction » auprès des étrangers, une course avec d’autres pays européens pour attirer les touristes avides de vacances au soleil. Dans la région de Rome, on ne sait trop s’ils seront au rendez-vous malgré la COVID.

Un groupe de personnes près d'un bâtiment.

La guide Sophie Benezech et son groupe dans l'entrée des jardins du Vatican.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

« Avant, on entrait par là. On était accueilli par Michel-Ange, à gauche, avec son marteau de sculpteur… » La guide montre les statues au-dessus de la vaste entrée au Vatican.

Il n’y a pas foule cet après-midi, rien à voir avec les longues files de visiteurs de l’avant-COVID.

Peu importe, l’enthousiasme de Sophie Benezech est contagieux. Elle parsème sa visite des musées du Vatican d’anecdotes et de petites blagues qui font sourire son groupe de visiteurs.

Au Saint-Siège, le musée a rouvert ses portes il y a quelques semaines déjà. Le travail reprend très lentement pour Sophie Benezech. Un peu trop lentement à son goût. Guide certifiée pour Rome, elle s’explique mal l’absence de visiteurs dans une période d’ordinaire si achalandée.

Tout rouvre début juin, rappelle-t-elle. Ces jours-ci, Rome est vraiment insolente de beauté, parce que, justement, il n’y a pas de touristes. Voir la fontaine de Trévi ou la chapelle Sixtine avec seulement 10 personnes… c’est une situation rêvée.

La fontaine de Trévi de soir.

La fontaine de Trévi, pratiquement sans visiteurs.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Une situation rêvée pour les étrangers, mais une sorte de cauchemar pour ceux dont le gagne-pain dépend justement de leur présence en grand nombre. L’Italie a beau alléger ses restrictions sanitaires pour les touristes, ils se font toujours désirer.

De ce qu’on voit actuellement, ça ne reprend pas tellement, regrette-t-elle. Les Français ont peur de venir en Italie. Avec les chiffres de mortalité que nous avons eus l’année dernière en Lombardie, ça a jeté un voile noir sur l’Italie entière!

Sophie Benezech garde un mince espoir : celui que les visiteurs reviennent en septembre, passé les mois chauds plus favorables aux plages qu’aux longues visites de sites historiques.

Sophie Benezech devant une touriste.

La guide Sophie Benezech avec un rare groupe de visiteurs qu'elle accompagne au Vatican.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Même pas de prêtres dans les rues autour du Vatican

L’Italie vient de se doter d’une certificazione verde, un mécanisme par lequel les autorités promettent une entrée libre et sans quarantaine à ceux qui prouveront qu’ils sont vaccinés ou non contagieux.

Ce certificat est inspiré de ce que prépare l’Europe pour assurer la libre circulation entre les pays cet été. Un document vu par certains comme un sésame effaçant les doutes dans l’esprit des voyageurs.

L’enthousiasme que suscite ce mécanisme chez les politiciens et les fonctionnaires européens ne semble pas encore s’être matérialisé dans les rues de Rome. Du moins, pas autour du Vatican.

L'entrée du musée est vide de monde

Comme les autres sites culturels et historiques de Rome, les musées du Vatican ont connu des journées plus achalandées.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Il y a bien des visiteurs, mais ces lieux semblent déserts. D’ordinaire, les pèlerins et les touristes venus des quatre coins du monde devraient s’y côtoyer dans un mélange de piété et d’enthousiasme.

Zéro! Alessia Astrologo n’a vu aucun client de la journée. Elle partage son désespoir aux côtés de son mari, assis sur les petites marches qui mènent à leur commerce.

Je ne sais pas quoi penser. Les nouvelles sont plus positives [les nouvelles contaminations diminuent], mais le travail empire. Il n’y a pas de clients. Il n’est que 15 h 30 et il vaudrait mieux fermer pour la journée…

Ça fait 50 ans que je suis ici, je n’ai jamais vu quelque chose comme ça. Il n’y a même pas de prêtres étrangers de passage, s'exclame-t-elle, alors que son mari fixe le vide en silence.

Des chandails et des objets pieux sont offerts en vente

Un commerce à Rome près du Vatican

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Pour nous, c’est bizarre, mais c’est nécessaire

Il faut grimper quelques marches pour atteindre la réception de l’hôtel Canada de Rome. Au sommet du petit escalier, un tapis bleu, très collant. Sploch! fait la chaussure sur ce passage obligé. Vous entrez dans l’hôtel, vous laissez les bactéries dehors!

Silvia Pucci semble bien fière de ce tapis spécial, une des nombreuses mesures sanitaires mises en place depuis l’arrivée de la COVID-19.

Le service aux tables a remplacé le buffet, les menus se téléchargent sur les téléphones, les coussins, porteurs de germes, ont disparu des canapés.

D’ordinaire, nous avons plus de contacts avec les clients, dit-elle. Il faut réapprendre les routines, être plus hygiénique.

Elle parle au téléphone.

Silvia Pucci, employée de l’hôtel Canada. Sa famille possède l’hôtel depuis plus de 60 ans.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

De nouvelles habitudes, moins chaleureuses, s'imposent aussi, comme ce panneau de plexiglas qui protège les employés à la réception. Dans cet hôtel familial de 72 chambres, toute mesure pouvant rassurer le client est jugée nécessaire.

La jeune femme assure qu’avec cette pandémie, les clients s’intéressent de près aux mesures d’hygiènes des hôtels qu’ils peuvent fréquenter. C’est important ces temps-ci.

Des mesures qui ont demandé du temps et de l’argent. Mais cette vigilance hygiénique particulière tarde à porter ses fruits. Les réservations reprennent très lentement, dit-elle, mais on a espoir. Espoir d’un retour à la normale… l’an prochain.

D’ici là, le personnel de l’hôtel vit dans la crainte d’une autre vague de contaminations forçant encore une fermeture. J’ai un peu peur des comportements qui ne seraient pas responsables, avoue Silvia Pucci, qui fait tout son possible pour sortir de cette période infernale.

Des bateaux près du village.

Le port de Ponza à une centaine de kilomètres de Rome.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Des îles sans COVID

On sent plus d’espoir et d'enthousiasme à Ponza, une île à une centaine de kilomètres de Rome. La mer est calme; le long de la plage, quelques tables attendent les touristes.

Dans ce port, nombreux sont ceux qui déambulent sans masque. Une habitude qui va à l’encontre des consignes italiennes, mais qui souligne un fait : la plupart des 3400 habitants ont déjà été vaccinés.

Nous sommes une île sans COVID, lance Carlo Marcone, un des élus responsable de la communauté. Pas tout à fait sans COVID, mais presque : environ 70 % des habitants sont vaccinés; le double de la moyenne nationale.

Devant le petit hôtel de ville qui donne sur la mer, Carlo Marcone vante cette stratégie, pensée pour attirer les touristes et réalisée avec la bénédiction des autorités régionales.

Vue sur la baie ensoleillée de Ponza d'une table à l'ombre.

Vue sur la baie ensoleillée de Ponza d'une table à l'ombre.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

L’idée est d’abord sanitaire : il n’y a qu’une petite clinique médicale sur l’île, rappelle Carlo Marcone. S’il y a un malade gravement atteint de la COVID, ça serait très difficile, souligne-t-il : nous sommes à 40 milles des côtes, ça prend trois heures en bateau. C’est risqué.

Mais la stratégie répond aussi à un impératif économique : assurer aux visiteurs qu’ils ne rapporteront pas la COVID en souvenir. Ça permet aux touristes de prendre leurs vacances en toute sérénité.

On devrait être plus relax, plus détendus cet été, confirme Luca Mazzela, le responsable d’une coopérative de marins offrant des visites en bateau autour de Ponza. Ça fait longtemps que les gens n’ont pas pris de vraies vacances.

Entre deux clients, il confie son espoir d’un été occupé, aux antipodes de ce qu’anticipent ceux qui vivent du tourisme autour du Vatican. On est tous un peu plus tranquilles avec les vaccins, assure-t-il. Il est temps que tout le monde reprenne confiance et recommence à voyager.

Devant son commerce.

Luca Mazzela est responsable d’une coopérative de marins offrant des visites en bateau autour de Ponza.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

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