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Le recrutement d'étudiants indiens dans les collèges privés toujours en plein essor

Le nombre d'étudiants indiens obtenant un permis d'études pour le Québec a explosé depuis trois ans.

Enseigne du Collège Canada.

Le Collège Canada, situé rue Sainte-Catherine, à Montréal, fait partie des institutions qui ont accueilli le plus d'étudiants indiens ces dernières années.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il y a désormais plus d'étudiants indiens au Québec que d'étudiants français, chinois et algériens réunis, en raison d'un engouement pour les collèges privés non subventionnés.

Selon de nouvelles données fournies par le ministère de l'Immigration, de la Francisation et l'Intégration (MIFI), 12 230 Indiens ont obtenu un permis d'études pour le Québec en 2020.

Ce chiffre, malgré la pandémie, est quasi identique à l'année précédente. Pourtant, en comparaison, toutes les autres nationalités ont diminué, parfois considérablement.

Il y a par exemple eu quasiment deux fois moins de permis d'études octroyés à des Français en 2020 par rapport à 2019. Une baisse générale a aussi été constatée, puisque 42 125 étudiants étrangers ont eu un permis l'an passé, contre 56 455 en 2019.

La proportion d'Indiens a ainsi augmenté, passant de 22 % du total à 29 %.

Une voie de passage critiquée vers l'immigration au Canada

Cette hausse d'étudiants indiens (Nouvelle fenêtre) est récente au Québec. En 2017, il y en avait un peu plus de 2000, avant de soudaines augmentations les deux années suivantes.

Sans la crise sanitaire, ce chiffre aurait été encore plus important, croit le politologue Jean Bernatchez, enseignant à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), qui juge cette situation anormale et inquiétante.

Selon les données fournies à Radio-Canada par le MIFI, la plupart des demandes de ces jeunes Indiens ont été faites pour des collèges privés non subventionnés, qui, comme nous l'avions révélé l'automne passé, réalisent un recrutement intensif dans cette région asiatique.

En 2020, des milliers de certificats d'acceptation du Québec (CAQ), un document indispensable pour l'obtention du permis d'études, ont été délivrés à une poignée d'établissements privés, qui ne perçoivent aucune subvention du gouvernement.

Le Collège Canada, le Collège CDI, Matrix Collège et le Collège M du Canada sont les établissements qui accueillent le plus d'Indiens, d'après les chiffres du MIFI.

Pourquoi le Québec est-il si attrayant pour ces étudiants? La province est en réalité la seule au Canada à offrir l'accès à un permis de travail après avoir décroché, par exemple, une attestation d'études collégiales (AEC) ou un diplôme d’études professionnelles (DEP).

Il s'agit de formations courtes, qui se donnent en anglais uniquement dans de nombreux collèges privés non subventionnés, d'une durée deux ans ou moins. Les coûts demandés par ces établissements avoisinent les 25 000 $.

La ministre McCann devant un micro

La ministre Danielle McCann a lancé des enquêtes visant une dizaine de collèges privés non subventionnés. Un rapport devrait être rendu public prochainement.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le résultat des enquêtes attendu

Ce marché lucratif et les méthodes de recrutement jugées douteuses ont été dénoncés à plusieurs reprises par le gouvernement Legault. Des enquêtes ont été lancées cet automne par le ministère de l'Enseignement supérieur et un rapport devrait être rendu public dans les prochaines semaines.

Selon le professeur Jean Bernatchez, qui s'est penché sur les pratiques ayant cours dans ce milieu, faire miroiter l'immigration ne devrait pas être la mission d'une institution scolaire.

On fait miroiter plein de choses à ces jeunes, et leurs familles payent des fortunes. Les pratiques sont contestables et des personnes sans scrupules en profitent.

Une citation de :Jean Bernatchez, professeur à l'UQAR

La ministre Danielle McCann a déjà évoqué la possibilité de resserrer l'actuelle Loi sur l'enseignement privé, qui comprendrait, selon ses propres mots, plusieurs failles.

Dans un premier temps, Québec avait même suspendu temporairement, fin décembre, l'émission de CAQ pour une dizaine d'établissements, avant de faire marche arrière, à la suite d'un jugement de la Cour supérieure.

Malgré cette décision judiciaire, des centaines, voire des milliers, d'Indiens se plaignent d'être toujours sans nouvelles de leur demande de permis d'études. Des rassemblements ont également été organisés devant le Haut-Commissariat du Canada en Inde.

Comme l'ont récemment démontré Radio-Canada et Le Devoir, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) dit faire des vérifications supplémentaires, alors que Québec nie toute implication dans ce dossier.

Des contrôles et vérifications supplémentaires peuvent être nécessaires pour que les agents parviennent à une décision finale dans ces cas, ce qui peut ralentir le traitement.

Une citation de :Peter Liang, porte-parole d'IRCC

Il est grand temps, désormais, d'avoir le résultat de ces enquêtes, juge le chercheur Eric N. Duhaime. Ce dernier a publié fin avril une étude sur ce réseau.

Compte tenu de cette croissance fulgurante et des doutes, il est important d'agir rapidement pour s'assurer que l'enseignement offert soit de qualité.

Une citation de :Eric N. Duhaime, chercheur à l'Institut de recherche en économie contemporaine

La pandémie a ralenti le processus de recrutement. Il faut une intervention du gouvernement auprès de ces collèges, ajoute-t-il.

Ce dossier doit être une priorité du gouvernement, reprend Jean Bernatchez. Il faut véritablement une action dans les plus brefs délais. Il y a un risque sur la réputation de l'enseignement au Québec.

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