•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Espèce menacée : Ottawa tente de ménager le poisson et le port de Contrecœur

Le fédéral publie un arrêté pour protéger l'habitat du chevalier cuivré, deux mois après avoir donné le feu vert au projet de terminal de conteneurs.

Un dessin représentant le poisson.

Des experts craignent que le projet du port de Contrecœur ne vienne anéantir des décennies de travail à tenter de sauver le chevalier cuivré.

Photo : La Presse canadienne / Ghislain Caron

Victoire pour les écologistes : Ottawa interdit officiellement toute destruction de l'habitat essentiel du chevalier cuivré, où se situe le projet d'expansion du port de Montréal à Contrecœur. Mais des autorisations exceptionnelles pourraient encore être délivrées.

L'arrêté conjoint du ministre de l'Environnement et de la ministre des Pêches et des Océans, publié mercredi, vient légalement protéger l'habitat essentiel du chevalier cuivré, un poisson unique au monde en voie de disparition.

Publié avec plus de huit ans de retard, l'arrêté fédéral entraîne l'application de l'interdiction de détruire toute partie de l'habitat essentiel de l'espèce.

Le projet de terminal de conteneurs, estimé à plus de 750 millions de dollars, est situé à l'intérieur des limites de l'habitat essentiel du poisson, rappelle le gouvernement dans le texte.

La construction du quai, le dragage ou encore l'augmentation du trafic maritime risquent de nuire à l’habitat.

Retournement de situation?

Ottawa a déjà donné le feu vert au projet, en mars. À la suite d'une évaluation d'impact, le ministre de l'Environnement avait conclu que le projet n'est pas susceptible d'entraîner des effets environnementaux négatifs importants lorsque les mesures d'atténuation sont prises en compte.

Pour obtenir l'aval des autorités fédérales, l'Administration portuaire de Montréal s'est notamment engagée à aménager 1,8 hectare d'herbiers afin de compenser la perte de 0,9 hectare d'habitat essentiel au chevalier cuivré. Mais les experts jugent qu'il est impossible de recréer un tel habitat.

De nouvelles contraintes réglementaires pèsent maintenant sur le promoteur.

Pour mener légalement des ouvrages, entreprises ou activités qui pourraient entraîner une infraction [...], les promoteurs du projet doivent demander et obtenir une autorisation en vertu de la Loi sur les pêches et un permis en vertu de la Loi sur les espèces en péril.

Une citation de :Extrait de l'arrêté fédéral sur le chevalier cuivré

Or, la Loi sur les espèces en péril restreint considérablement la possibilité de nuire à un habitat essentiel, même avec des compensations.

Le projet du Port de Montréal doit créer 5000 emplois durant la construction et 1000 durant l'exploitation, à partir de 2023. La capacité annuelle maximale est évaluée à 1,15 million de conteneurs.

Le gouvernement du Québec avait demandé au fédéral de renoncer à cet arrêté, par crainte de générer des impacts socioéconomiques importants au Québec.

Un poisson 100 % québécois

Le chevalier cuivré n’existe nulle part ailleurs sur Terre que dans une toute petite section du fleuve Saint-Laurent et de la rivière Richelieu

C'est le seul animal vertébré 100 % québécois. Comme le béluga, il est classé espèce en voie de disparition par le gouvernement fédéral depuis 2007. Il ne resterait que quelques centaines d'individus entre Valleyfield et Sorel, 2000 tout au plus.

« Victoire décisive » pour les écologistes, le Port maintient le cap

C’est une grande victoire pour le chevalier cuivré, une victoire inconditionnelle qui remet en question la possibilité de poursuivre à Contrecœur le projet d’expansion du port de Montréal, affirme Alain Branchaud, directeur général de la SNAP Québec.

Selon nous, il n'est plus possible de faire ce projet à Contrecoeur. Le promoteur devra se trouver un autre site ou abandonner.

Une citation de :Alain Branchaud, directeur général de la SNAP Québec

Pour sa part, l’Administration portuaire de Montréal réitère sa « volonté de respecter l’ensemble de la réglementation applicable ».

La directrice des communications Mélanie Nadeau dit que le Port compte « déployer les meilleures mesures de compensations pour gérer les impacts de façon responsable ».

Avec l’aide d’experts, nous allons continuer d’améliorer plusieurs mesures d’atténuation et de compensation.

Une citation de :Mélanie Nadeau, directrice des communications de l'Administration portuaire de Montréal

Le promoteur s'expose à une amende jusqu'à un million de dollars s'il contrevient à l'arrêté.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !