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Avion détourné : Loukachenko se dit dans la légalité et s'en prend à l'Occident

Alexandre Loukachenko.

Le président du Bélarus Alexandre Loukachenko s'adresse au Parlement, à Minsk.

Photo : Associated Press / Sergei Shelega

Agence France-Presse

Droit dans ses bottes, le président bélarusse Alexandre Loukachenko a proclamé mercredi que le déroutage d'un avion de ligne puis l'arrestation d'un opposant à bord étaient légaux, avant d'accuser l'Occident de vouloir « étrangler » son pays.

J'ai agi légalement en protégeant mes gens, a lancé le dirigeant bélarusse, s'exprimant devant un parterre de dignitaires du régime qu'il contrôle depuis 1994.

C'est un mensonge absolu [de dire] que l'avion a été forcé d'atterrir par un MiG-29, a-t-il martelé, la mission de l'avion de chasse était d'établir la communication, d'accompagner l'atterrissage de l'avion de passagers en cas de situation d'urgence.

Une citation de :Alexandre Loukachenko, président du Bélarus

Nous n'avons pas pris la décision. Selon les règles, les instructions, la décision est prise par le commandant de bord, a-t-il ajouté, avant d'affirmer qu'excepté Minsk, personne n'a voulu accueillir l'avion, citant les prétendus refus des aéroports ukrainiens de Lviv et Kiev, ainsi que Vilnius et Varsovie.

Il s'agissait de la première prise de parole du président bélarusse depuis l'interception dimanche par un avion de chasse MiG-29 d'un vol Athènes-Vilnius de la compagnie Ryanair, sous prétexte d'une alerte à la bombe qui s'est révélée fausse.

Deux passagers du vol, le journaliste d'opposition Roman Protassevitch et sa compagne russe Sofia Sapega, ont été arrêtés à Minsk avant que l'avion ne reparte, suscitant une avalanche de condamnations occidentales et des sanctions de l'UE.

Pour les autorités bélarusses, la présence à bord de ce détracteur du régime, et donc son arrestation, relève du hasard.

Selon l'Union européenne (UE), les États-Unis et l'opposition bélarusse, l'alerte à la bombe était un subterfuge pour arrêter l'opposant.

L'UE a adopté lundi soir de premières sanctions contre le Bélarus, fermant son espace aérien à ses avions et recommandant à toutes les compagnies d'éviter les cieux bélarusses. Un appel très suivi.

L'Agence européenne de sécurité aérienne (EASA) a, à son tour, recommandé aux vols civils d'éviter l'espace aérien du Bélarus.

Le Conseil de sécurité de l'ONU tient, lui, mercredi une réunion informelle d'urgence à huis clos sur le sujet.

Les autorités bélarusses accusent l'opposant arrêté d'avoir organisé des troubles massifs dans cette ex-république soviétique, secouée en 2020 par des manifestations contre la réélection de M. Loukachenko.

Roman Protassevitch est assis sur un banc de bois entouré de gens.

Roman Protassevitch a déjà été accusé d'avoir participé à une manifestation non autorisée. On le voit ici au palais de justice de Minsk le 10 avril 2017.

Photo : Reuters

Contestation durement réprimée

Vivant en exil, Roman Protassevitch, 26 ans, est l'ancien rédacteur en chef d'une chaîne d'opposition, Nexta, qui avait joué un rôle clé dans la coordination du mouvement de contestation, réprimé sans pitié par Minsk.

Le dissident et sa compagne sont apparus dans des vidéos tournées en prison où ils confessent leurs crimes. Les autorités bélarusses ont l'habitude de diffuser des aveux obtenus sous la contrainte.

Face au tollé international suscité par ces arrestations, M. Loukachenko s'en est pris à ses adversaires de l'étranger et à l'intérieur du pays, dénonçant leurs méthodes qui dépassent les limites de l'entendement et de la morale humaine.

Ils sont passés de l'organisation d'émeutes à l'étape de la strangulation, a-t-il assuré, dans une référence apparente au mouvement de contestation de 2020 qu'il attribue à une opposition pilotée par l'Occident.

Il a évoqué une guerre hybride moderne contre son pays, qui est un théâtre d'expérimentation pour ensuite aller vers l'Est. M. Loukachenko accuse régulièrement Américains et Européens de vouloir le renverser pour ensuite s'attaquer à la Russie de Vladimir Poutine, son principal allié.

Les deux hommes doivent d'ailleurs se rencontrer vendredi.

Des explications jugées pas crédibles

En début de semaine, Minsk s'était déjà défendu, affirmant avoir dérouté légalement le vol après une alerte à la bombe reçue dans un courriel se réclamant de l'organisation palestinienne Hamas.

La chancelière allemande Angela Merkel a jugé ces explications pas crédibles.

La transcription de l'échange entre les contrôleurs et le pilote, publiée mardi par Minsk, montre que les autorités ont insisté pour que l'appareil se pose au Bélarus et non pas dans des pays voisins.

Exilée en Lituanie, l'ex-candidate à la présidentielle Svetlana Tikhanovskaïa a appelé Washington et l'UE à adopter toujours plus de sanctions pour isoler le régime de Loukachenko.

Moscou, de son côté, n'a pas rejoint les critiques occidentales envers Minsk.

Après le discours de M. Loukachenko, le Kremlin a dit ne pas avoir de raisons de ne pas croire les déclarations des dirigeants bélarusses.

Une répression, des sanctions

Le régime d'Alexandre Loukachenko, qui pendant près de trois décennies a habilement louvoyé entre l'UE et Moscou en usant de leurs rivalités géopolitiques, est déjà ciblé par de multiples sanctions occidentales à cause de la répression sans merci de la contestation de 2020.

Les dirigeants de ce mouvement ont été emprisonnés ou contraints à l'exil. Un opposant mort en prison la semaine dernière, Vitold Achourok, officiellement d'un arrêt cardiaque, a lui été enterré mercredi dans l'ouest du pays.

Moscou n'a de son côté pas appuyé les critiques occidentales envers Minsk, mais son discours reste mesuré.

La diplomatie russe a jugé raisonnables les promesses de transparence du Bélarus face aux critiques. Et le Kremlin a regretté la recommandation européenne d'éviter l'espace aérien bélarusse, estimant que cela en coûterait aux passagers.

Cette absence de condamnation vaut caution, s'est emporté le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, sur la chaîne publique France 2.

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